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ÉditorialLe climat, un moteur à trois temps

Il en est du climat comme de toutes les autres révolutions. Ceux qui les incarnent n’endossent pas forcément ensuite la responsabilité politique du changement nécessaire. La guérilla Verte n’a pas tout à fait démarré hier. Avec son lot de personnages historiques, qui ont essayé de faire bouger les lignes. L’«Ushuaïste» Nicolas Hulot a tenté l’entrisme politique en se frottant à l’exercice du pouvoir, assez vainement. Franz Weber, qui fut peut-être ce qui ressemble le plus en Suisse au précurseur de la désobéissance civile, a fini par gagner certains combats dans les urnes.


À
Lausanne, les activistes du climat ont durci le ton et leurs actions. Ils poussent leurs relais parlementaires écologistes à encore accélérer le pas. Ils veulent leur propre assemblée citoyenne tirée au sort et la disruption du processus démocratique local, trop lent pour eux. Cette pression d’une frange plus déterminée de la société est indubitablement nécessaire. Mais elle se fait aussi avec un risque de dérive. La dérive d’actions toujours plus spectaculaires puisqu’il faut maintenir constant l’intérêt médiatique; et l’huilage des pistes de l’aérodrome de la Blécherette en est le dernier exemple en date. Et le risque de se faire encore dépasser par plus extrémiste que soi, comme lorsquun groupuscule végano-anarchiste revendique plus ou moins l’attaque au chalumeau d’un pylône à haute tension à Gland. Ce cercle est plus vicieux que vertueux.

Le risque de se faire encore dépasser par plus extrémiste que soi

Au temps de cette impatience sur fond d’urgence répond donc le temps plus long de l’action politique. Auquel le temps du vivre ensemble vient s’ajouter. À ce jeu-là, il est donc normal que la justice et la police entrent dans la danse. C’est un enjeu dans une démocratie qui fonctionne de savoir si, au nom d’une cause, aussi juste soit-elle, on peut ou on doit réagir dans l’illégalité. Et si cette illégalité persiste, se répète, se durcit, de savoir si nos forces de sécurité peuvent et doivent se montrer tolérantes et jusqu’à quand elles doivent continuer à l’être. À Lausanne, certains disent qu’il existe une ligne rouge. L’avenir de l’activisme Vert dépendra aussi de sa faculté à lire cette réalité pour se réinventer et continuer à peser.