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Récit d’un succès inattenduLe confinement a replongé Lucas Vuilleumier dans l’humour

Le journaliste lausannois est retourné chez sa mère, à Lutry, et y a réalisé une quarantaine de vidéos où il incarne son franc-parler. Depuis, il signe une chronique dans la «Matinale» du samedi, sur la Première, et prépare son premier seul en scène.

Lucas Vuilleumier, journaliste culturel indépendant, se frotte désormais à l’humour radiophonique dans «Un été avec maman».
Lucas Vuilleumier, journaliste culturel indépendant, se frotte désormais à l’humour radiophonique dans «Un été avec maman».
PATRICK MARTIN

À le voir imiter sa mère qu’il admire tant, on se laisse d’emblée surprendre par quelques belles qualités de jeu. Lucas Vuilleumier, journaliste culturel indépendant, prêtant notamment sa plume au «Matin Dimanche» et à «Protestinfo», a d’abord un sens aigu de la digression en cours de récit, ouvrant la porte à tous les possibles quand il incarne ce personnage sans filtre.

«Une ex-enseignante de 59 ans qui sait exactement ce qu’elle veut ou ne veut pas, une femme brute de décoffrage, boursoufflée de vie, légèrement bourgeoise par la force des choses et vivant à Lutry (VD) avec un mari comptable», décrit le Lausannois de 28 ans, assis à une terrasse de café, la clope au bec, tout de noir vêtu et parfumé de la fraîche et discrète Eau d’Issey pour homme. Aussi la part de réalisme quand il joue une «maman» sans prénom, par souci d’anonymat; cette manière qu’elle a de croiser les bras, de se mettre en retrait pour marquer son désaccord, de tenir le téléphone portable avec trois doigts en appelant sa propre mère, avant de le déposer sur la table pour éviter l’insupportable monologue – tout en se gardant bien d’activer le haut-parleur.

Personnage haut en couleur

Elle est drôle, un peu snob, mais pleine de bon sens aussi quand il s’agit d’analyser les mauvaises habitudes de son fumeur de fils. «Dans la vie, elle porte la culotte, elle ne laissera jamais mon père conduire. Comme une artiste qui a beaucoup de cordes à son arc, ma mère a du répondant dans tous les domaines, c’est une sacrée femme.»

«Ma maman est rentrée du supermarché en me décrivant l’absurde attitude des clients, et j’ai su qu’il fallait en faire quelque chose»

Lucas Vuilleumier, journaliste culturel indépendant et humoriste en herbe

Ce caractère haut en couleur, on a pu le suivre sur les réseaux sociaux, dans une série de 40 vidéos amorcée au début de la pandémie, «Un confinement avec maman», qui s’est ensuite mué en «(dé)confinement avec…» Les capsules ont déjà remporté un franc succès, comptabilisant parfois des milliers de vues en ligne, aussi commentées ou likées par des personnalités comme la comédienne genevoise Claude-Inga Barbey qu’il admire ou encore la municipale Natacha Litzistorf.

Pourtant, en acceptant l’invitation de celle qui lui a proposé de revenir à la maison le temps du repli, Lucas Vuilleumier n’avait ni prévu de la filmer, ni vu cette opportunité de se plonger quotidiennement dans l’univers du rire. «Ma maman est rentrée du supermarché en me décrivant l’absurde attitude des clients, et j’ai su qu’il fallait en faire quelque chose.»

Aujourd’hui l’exercice ne s’arrête pas là pour l’humoriste en herbe. Repéré par des producteurs de la RTS, il anime depuis le début du mois une chronique dans la «Matinale» du samedi, sur la Première, «Un été avec maman», pour faire revivre son héroïne à travers, dans ce cas, le filtre de l’actualité. Il y commente ce drôle d’été, sans festivals, mais aussi le départ de Darius Rochebin et ses hypothétiques prétentions salariales en France, toujours bercé par l’humour décapant de sa génitrice. Dans ce format, ça marche aussi.

Pas juste le fruit du hasard

Le rire lui est-il soudain tombé dessus, un matin de début de crise? Pas vraiment. Lucas Vuilleumier imite en privé son entourage depuis de nombreuses années et se laisse volontiers fasciner par l’excellente humoriste suisse Zouc, qu’il considère comme un précieux modèle. Il cite aussi le Français Alex Lutz qui, dans un de ses sketchs, se transforme en vendeuse écervelée et acerbe avec ses clients. «Le stand-up ne m’intéresse pas, je veux entrer dans la peau de personnages. D’ailleurs, on me colle l’étiquette d’humoriste, mais je ne me mets dans aucunes cases. Je ne fais pas non plus de plan de carrière, il y a de la place pour tout le monde, même s’il y a profusion de nouveaux talents à l’heure actuelle.»

«On me colle l’étiquette d’humoriste, mais je ne me mets dans aucunes cases.»

Lucas Vuilleumier, journaliste culturel indépendant et humoriste en herbe

Une chose est sûre: Lucas Vuilleumier ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Aujourd’hui, il souhaite poursuivre sa route sur scène, «un rêve de gosse». Plutôt timide à la ville malgré les apparences filmées, celui dont «les études de lettres sont plus tournées vers la presse que l’étude» écrit depuis trois ans un seul en scène qu’il compte bien concrétiser grâce à cette nouvelle notoriété, idéalement l’année prochaine. Avec cette fois toutes les femmes qui l’ont accompagné depuis sa tendre enfance, à commencer par sa très excentrique grand-mère Imelda, sous la forme d’un kaléidoscope de personnalités aussi attachantes que déjantées. Des producteurs de la région l’ont déjà en ligne de mire. Affaire à suivre, donc.