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L’éditorialLe confinement, comme le beau temps, menace

Sur le graphique en rouge des peuples confinés, c’est une petite tache verte et blanche. Qui finira bien par ressembler aux autres. Aux dernières nouvelles, le canton de Vaud n’est pas en quête d’une improbable immunité collective comme la Suède. Pas plus qu’un irréductible village de Gaulois résistant à l’empire covidien.

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On pourrait coller aux Vaudois cette citation de Charles Ferdinand Ramuz dans un «Et si le soleil ne revenait pas» de circonstance: «Ils écoutent encore, il ny a rien que ce bruit au-dedans de vous qui va mourant et laisse venir à sa suite limmense silence qui est sur le monde comme si le monde nétait plus; comme si on nétait plus au monde, comme si on était suspendu bien au-dessus de la terre dans le grand désert où les astres en tournant sont silencieux

Au Château Saint-Maire, on prend donc son temps plus qu’à Genève ou Neuchâtel, qu’en France ou en Europe. On peut se demander pourquoi repousser l’inexorable à mercredi. Ou pourquoi pas? Il n’y a plus tant de bonnes réponses ces derniers mois que le délicat et périlleux exercice d’essayer de concilier les inconciliables.

Il y a pourtant autant de cas graves au CHUV qu’au bout du Léman et l’appel de Mauro Poggia à ses collègues ministres vaudois ne pouvait pas être plus clair. On voit mal quelle potion miraculeuse le Conseil d’État pourrait concocter dans les 48 heures alors que bien des épidémiologistes disent que chaque heure compte.


Désormais écumante
, la seconde vague n’est et ne sera sans doute pas comme la première. D’abord, parce qu’on sera plus dans un quart de confinement que dans un semi. Cette fois-ci, on veut maintenir ouvertes nos écoles, laisser vivre notre démocratie directe et ne pas fermer nos maisons de retraite au monde.

«La lassitude prend parfois le pas sur les certitudes et les incertitudes»

En pays de «Liberté et Patrie», on déguste ainsi pour quelques heures encore nos derniers morceaux de terrasse, de magasinage, de culture en présentiel, qui sont d’autant plus précieux parce que fragiles et menacés. La perspective de les retrouver bientôt est comme le prochain déconfinement: un rendez-vous incontournable dont la date n’est pas encore fixée. Même si la lassitude prend parfois le pas sur les certitudes et les incertitudes.

12 commentaires
    Jacques Gaillard

    Cher Monsieur, vous avez bien raison, il faut de temps à autres savoir s'abstraire de la contingence immédiate, préoccupation que les rares commentateurs ici semblent n'avoir pas remarquée. Arriver à joindre C.-F. Ramuz et Victor Hugo dans un même édito, chapeau! Laissons-nous subjuguer par le style, le virus, on y reviendra hélas dans trois minutes. Merci donc pour ce moment d'évasion.