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CICRLe Covid-19 entrave aussi le travail des humanitaires

Contraints par les mesures sanitaires, les employés du CICR éprouvent plus de difficultés à se déployer sur le terrain alors que leurs actions s’annoncent plus nécessaires que jamais.

Dominik Stillhart, directeur des opérations au Comité international de la Croix-Rouge.
Dominik Stillhart, directeur des opérations au Comité international de la Croix-Rouge.
icrc.org

L’impact du Covid 19 sur le fonctionnement des organisations humanitaires a été et est toujours considérable. C’est ce que confirme Dominik Stillhart, le directeur des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). En mai dernier, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui réunit le CICR et la fédération des 192 sociétés nationales, a lancé un appel d’urgence conjoint pour réunir 3,1 milliards de francs. Pour faire face aux défis posés par cette crise, les organisations telles que le CICR vont avoir besoin d’argent. Les restrictions en matière de déplacement et les contraintes sanitaires ont compliqué l’action des humanitaires sur le terrain.

«Depuis le début de l’année nous avons à faire face à une crise globale d’une ampleur inédite», rappelle Dominik Stillhart. On sait aujourd’hui qu’elle sera aussi inédite dans sa durée. Préparé à tous les scénarios, le CICR avait dans ses cartons un plan d’urgence en cas de pandémie. «Il comprenait trois volets: la continuité opérationnelle, la réponse à la pandémie et la protection de notre personnel», détaille le directeur des opérations du CICR. Il a été enclenché le 25 janvier 2020. Mais personne n’avait imaginé qu’une pandémie puisse avoir un impact jusque sur le fonctionnement du siège, où le télétravail a dû, comme partout ailleurs, devenir la règle.

«Les restrictions dans le secteur du transport ont affecté les rotations de personnel et freiné le remplissage des stocks d’aide.»

Dominik Stillhart, le directeur des opérations du CICR

Tout le dispositif logistique pourtant rompu aux situations de crise s’est également retrouvé sous tension. «Au cours des six premiers mois de l’année, les restrictions dans le secteur du transport ont affecté les rotations de personnel et freiné le remplissage des stocks d’aide», poursuit Dominik Stillhart. En avril et mai, presque la moitié des employés de terrain ont dû se résoudre à travailler depuis leur logement. Beaucoup d’humanitaires ont vécu cette situation avec frustration. «Nous avons l’habitude de réagir rapidement, mais là nous étions dans une crise où nous-mêmes pouvions être infectés. Ce qui nous a contraints à prendre des mesures dans les 105 pays où nous sommes présents», explique le directeur des opérations du CICR. Les employés de l’organisation ont été contraints à des «quarantaines» à chacune de leur mutation.

Un défi supplémentaire

Lucien Christen, qui a pris ses fonctions au Soudan du Sud en pleine pandémie, a dû patienter plusieurs jours enfermé dans sa chambre avant de pouvoir se rendre sur le terrain. «Le Covid-19 a rendu encore plus difficile l’accès aux communautés déplacées, en particulier à celles vivant dans la brousse», témoigne-t-il. Le Soudan du Sud fait partie de ces régions où le virus impacte les conditions de vie de milliers de personnes déjà menacées de faim et de maladie à la suite daffrontements et dinondations. La pandémie mondiale de Covid-19 fait peser un nouveau danger mortel sur une population déjà usée par dautres épreuves. Toutes les zones de conflit sont concernées.

Le directeur général du CICR, Robert Mardini, vient d’achever une visite en Afghanistan, une région qui cumule les difficultés après quarante années de guerre. Alors que se profile la tenue à Genève les 23 et 24 novembre prochains d’une nouvelle conférence des donateurs pour lAfghanistan, les besoins en financement se font plus nécessaires que jamais. Le CICR s’inquiète de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent les hôpitaux du pays. Depuis le début de la pandémie, les humanitaires nourrissent aussi des craintes sur ce qui peut se passer aux quatre coins de la planète dans les prisons les plus reculées. Avec le Covid, les visites ont été parfois suspendues ou espacées. Pour le CICR qui a aussi le mandat de veiller au bien être physique et moral des détenus, poursuivre cette mission malgré les obstacles sanitaires a constitué un défi supplémentaire.

Ancrage sur le terrain

L’ancrage de l’organisation a souvent permis de trouver des solutions. Au Mali, le CICR a pu intervenir auprès de la direction de la maison centrale darrêt de Bamako, la plus grande prison du Mali, pour aider le centre de couture de la maison darrêt à fabriquer des masques de protection pour les détenus. Ce sont ces petites actions de terrain très concrètes dont les délégués du CICR sont parfois les plus fiers. «Avec le Covid-19, notre environnement opérationnel s’est davantage compliqué, mais nous n’avons jamais renoncé», assure Dominik Stillhart. De retour d’un déplacement au Niger et au Burkina Faso, le directeur des opérations du CICR dit redouter, désormais, les conséquences économiques de cette crise sanitaire sur les pays et les populations qui sont déjà en proie à la pauvreté.

Les effets du Covid viennent s’ajouter à ceux du changement climatique et souvent des guerres, ce qui conduit lorganisation à exhorter la communauté internationale à ne surtout pas sacrifier les budgets de l’aide humanitaire et de l’aide au développement. «Ce n’est pas le moment», prévient Dominik Stillhart. Le budget de fonctionnement du CICR, lui, est déjà impacté par la crise de Covid-19. En septembre dernier, Robert Mardini a annoncé qu’en raison du Covid-19 et de la baisse des contributions, le Comité international de la Croix-Rouge allait procéder à la suppression de 95 postes au siège et à quelque 60 licenciements. À l’heure actuelle, 78 postes au siège sont concernés par l’exercice en cours. Ce chiffre n’inclut pas les départs planifiés ou les fins de contrat. «Les personnes dont le poste est supprimé bénéficient de mesures d’accompagnement diverses, comme, par exemple, un départ avancé à la retraite anticipée dès 56 ans pour atténuer les conséquences du licenciement. D’autres mesures, pour limiter le nombre de licenciements, ont été mises en place, par exemple le reclassement interne des personnes concernées», précise le CICR. Certaines mesures du plan social pouvant être acceptées ou rejetées par les intéressés, le chiffre de 78 postes pourrait légèrement évoluer «dans un avenir proche, à la hausse ou à la baisse».

1 commentaire
    Catherine I

    CICR doit donc devrait rester ' la maison et aider les pauvres de Suisse.