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L’invitéLe Covid-19 menace-t-il aussi le fédéralisme?

Marc-Olivier Buffat regrette que les Cantons aient passé la main face à la deuxième vague de la pandémie.

Une chose paraît déjà certaine parmi tout ce qui a été écrit sur les conséquences sociales, économiques et politiques de la pandémie: leffet catalyseur du Covid-19; nous nous rapprochons de notre futur à une vitesse accélérée.

«Tout ne sera pas comme avant.» De toute manière, rien naurait été comme avant, mais sans doute avec un temps plus long. Faute d’anticipation, cet effet catalyseur entraînera des chocs considérables: la montée en puissance du numérique dans notre vie, plus intrusive et hyperrapide. La crise sanitaire met également en péril des modèles économiques déjà fragiles tels que des vols low-cost, le petit commerce, une offre événementielle très généreuse.

«Chaque canton a joué sa partition jusqu’à créer un désordre incompréhensible pour la population»

Sur le plan institutionnel, la crise met en évidence les limites et la difficulté du fédéralisme. Les cantons, qui en sont le fondement, disposent dune grande souveraineté en matière sanitaire. Face à la première, puis à la seconde vague, ceux-ci sont partis divisés en fonction de leur localisation géographique, de leur caractère plus ou moins urbain; la solidarité confédérale se fissure comme si la Sarine ou les Alpes pouvaient avoir un effet sur lévolution de la pandémie. Activant les normes légales qui lui confèrent (presque) les pleins pouvoirs, le Conseil fédéral a géré la crise dans lurgence ce printemps; les gouvernements cantonaux ont logiquement repris la main durant l’été et on eût pu imaginer quils la gardent face à une seconde vague prévisible à lautomne.

Malheureusement, les choses se répètent. Malgré les conférences communes, chaque canton a joué sa partition jusquà créer un désordre incompréhensible pour la population avec les conséquences pandémiques que lon sait. Il est consternant que face à lévolution très rapidement défavorable de la situation, les cantons aient, en majorité, sollicité laide et larbitrage de la Confédération. Pourtant, sil est une tâche qui doit relever prioritairement de léchelon cantonal, ce sont bien les soins à la population, l’organisation sanitaire et la prise en charge des malades.

Faut-il y voir un manque de courage politique face aux critiques que peuvent susciter des mesures drastiques? Ou, plus égoïstement, le souci den faire supporter les coûts financiers à dame Helvétie: qui commande paie?

On a attendu longtemps un ukase de Berne. Il est tombé, ne satisfait personne et il est sans doute déjà dépassé. Que de temps perdu!

Abandon de souveraineté

La démission des cantons est préoccupante et fait suite à une longue liste de domaines échappant désormais à leur souveraineté; liste qu’il serait vain de reprendre ici et à laquelle se superpose encore le droit européen. Cerise sur le gâteau: les procureurs cantonaux proposent d’uniformiser sur le plan suisse le montant des amendes pour infractions-Covid, alors qu’il s’agit de simples contraventions associées à des mesures de police.

Les cantons seraient-ils devenus des entités économiques et politiques à taille critique insuffisante? Ou faut-il considérer que le désir de liberté cède désormais le pas aux besoins de protection et à des impératifs collectifs?

L’effet Covid-19 risque bien dêtre plus durable et définitif qu’imaginé

3 commentaires
    H. Giot

    les politiciens n'ont pas les bons instruments pour mesurer la situation et prendre les bonnes décisions , alors ils tâtonnent de semaine en semaine , mais ils auraient quand même dû anticiper la deuxième vague attendue tout l'été , au lieu de chanter les louanges de swisscovid ! Et ils se trouvent fort dépourvus depuis que les feuilles mortes se ramassent à la pelle !

    D'un autre côté, penser que des mesures délimitées par les frontières cantonales sont adéquates me rappelle ceux qui racontait que le nuage radioactif s'arrêtait à la frontière ...