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Monde caritatifLe Covid complique le processus d’intégration des migrants

En situation de crise sanitaire, les structures d’aide aux personnes en situation d’exil doivent trouver des alternatives pour garantir une forme de soutien à certains individus particulièrement précaires.

Quelques responsables du Lieu-dit, ici de g. à dr. Marine Jeangros, Anastase Démétriadès et Aurélie Hegetschweiler, ont dû s’adapter pour poursuivre leur mission auprès des migrants.
Quelques responsables du Lieu-dit, ici de g. à dr. Marine Jeangros, Anastase Démétriadès et Aurélie Hegetschweiler, ont dû s’adapter pour poursuivre leur mission auprès des migrants.
Patrick Martin

À «La Vie-Là», siège de l’association Le lieu-dit, on dispense depuis 2016 des cours de français à des personnes en situation d’exil, notamment des mères avec des enfants en bas âge, qui bénéficient, eux, d’un service de garderie. «D’une petite centaine de bénéficiaires hebdomadaires, on a chuté à une vingtaine», précise Aurélie Hegetschweiler, membre du comité. Pas épargnée par la récente limitation des rassemblements à cinq personnes, l’association a dû réduire sensiblement son offre. Avec pour conséquence un double impact: pour les parents, la raréfaction des cours où ils avaient leurs habitudes, et pour les enfants, l’absence d’une première approche communautaire avant d’entrer à l’école.

Aux yeux de l’association, créée en 2016, et qui propose habituellement une programmation variée d’événements ciblés sur l’intégration, c’est tout un pan de son activité qui a été mise en veille. D’autant plus que les bénévoles sont largement constitués de retraités, souvent classées comme des personnes à risque. «Notre principal obstacle c’est au niveau organisationnel, afin de jongler entre les possibilités de chacun», relate Aurélie Hegetschweiler.

Et si, lors de la première vague, les gens avaient le temps, la plupart sont désormais retournés à la vie active et manquent à nouveau de disponibilités. «On a eu la chance que notre réseau actuel de bénévoles soit très engagé. C’est un peu fait de bric et de broc, mais chacun a donné ce qu’il pouvait.» Tandis que le maintien des cours en présentiel et la réactivation des coups de pouce aux devoirs figurent parmi les objectifs de l’association, la demande en termes d’aide est en ce moment ajustée en fonction des besoins individuels.

Une semaine après l’autre

«En temps normal, on fait des projets sur plusieurs mois, voire plus. Mais là, on a l’impression de travailler semaine après semaine. C’est du très court terme, face à des situations de plus en plus critiques», explique Christiane Piazzini, déléguée à l’intégration de la Ville de Nyon. Le service communal s’adapte pour poursuivre sa mission de soutien aux migrants, et cela malgré les nouvelles mesures contre le virus. «Après la première vague, c’était à peu près reparti normalement, mais là on doit faire face à des restrictions fortes», regrette la déléguée communale.

Si la plupart des manifestations habituelles n’ont pas pu se dérouler, d’autres initiatives ponctuelles ont dû rapidement se mettre en place, afin d’assurer un soutien aux plus vulnérables. Parmi elles, une action citoyenne visant à distribuer des denrées de première nécessité commencée en début de crise, ainsi que la traduction de nombreux textes informatifs, souvent trop denses pour être compréhensibles des populations allophones. Au cœur des difficultés que comporte la crise sanitaire, le manque d’accès à l’information est d’autant plus sournois qu’il isole et complique la vie quotidienne des migrants. «Nos bénéficiaires reçoivent les directives liées à la crise sanitaire au compte-gouttes, souffrent de la barrière de la langue et du manque de réseau», s’alarme Aurélie Hegetschweiler, de l’association Le Lieu-dit.

Dans ce cas de figure, les populations immigrées ont comme principales sources d’information des médias de leur pays d’origine qui vivent une réalité très différente et qui sont donc «à la fois source d’aide et de confusion». Mireille Reymond Dollfus, pasteure auprès des migrants sur la région de La Côte, préconise ainsi le développement et la mise en valeur de vidéos informatives, ainsi qu’un travail de traduction mieux ciblé. «Il faudrait réussir à dire les choses pour que ce soit facilement audible et que cela puisse être pris avec confiance par les populations en situation de précarité, mais qui ont généralement accès à internet ou à un téléphone.»

Mireille Reymond Dollfus est en charge d’un ministère auprès des migrants pour la région de La Côte.
Mireille Reymond Dollfus est en charge d’un ministère auprès des migrants pour la région de La Côte.
Patrick Martin