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AboUn moindre recours au brut dès 2027?
Le déclin du pétrole arrive plus vite que prévu

Cette installation canadienne, dans l’Alberta, exploite des sables bitumineux, une source de pétrole «non conventionnelle».
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Depuis longtemps oublié, le concept de «pic» pétrolier, revient en force. Mais, sous une forme totalement différente du «peak» défendu par les géologues Jean Laherrère et Colin Campbell, qui avaient défrayé la chronique au début des années 2000.

Les prévisions d’une lente mais inexorable décrue des fantastiques besoins en hydrocarbures des pays occidentaux n’ont plus rien à voir avec la pétrophysique. Il s’agit d’économie. Dernier en date à s’adonner à l’exercice, le bureau Oxford Economics a fait savoir il y a quelques jours qu’il avançait à 2027 son estimation de l’arrivée du «pic de la demande de pétrole». Alors que, jusque-là, il tablait sur le milieu des années 30.

«Principale raison de ce changement? L’augmentation du parc de véhicules électriques», avance Kiran Ahmed, un de ses économistes.

Le plein de super, premier visé

Mercredi, l’association des constructeurs ACEA a annoncé que, au niveau européen, les ventes de voitures électriques ont dépassé celles des diesels, longtemps la motorisation de choix du Vieux-Continent.

Cette révolution industrielle – imposée au secteur par les autorités européennes afin de lutter contre le réchauffement climatique – est présentée comme le premier pan à tomber. L’essence, qui représentait environ le quart des achats de produits pétroliers en 2019 au niveau mondial, verra son utilisation réduite à 7% au milieu du siècle, lorsque les deux tiers des voitures sur dix en circulation seront électriques, avance Oxford Economics.

«Nous avons avancé notre prévision de pic de la demande mondiale de pétrole à 2027.»

Kiran Ahmed, Oxford Economics

Selon ces derniers, le diesel sera plus lent à disparaître en raison des «difficultés technologiques au niveau [ndlr: du changement] de la motorisation des poids lourds». Même constat sur l’aérien dans lequel le coût du carburant «vert» – le «SAF» dans le jargon – le conduit à être mélangé «en faibles proportions» au kérosène.

Et pourtant, ils pompent

Ces conclusions s’appuient sur un récent verdict rendu par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui voit la hausse continue des besoins en hydrocarbures de la planète – «encore soutenue par la forte demande de la pétrochimie et de l’aviation» – plafonner, en 2028, à 105 millions de barils brûlés au quotidien, suite aux restrictions environnementales mises en place d’un point à l’autre du globe.

Evolution des besoins pétroliers selon les pays entre 2019 et 2050

Aux yeux de l’organisation qui conseille les pays industrialisés sur la scène énergétique, l’usage des carburants est appelé à «décliner à partir de 2026». Un mouvement initié par l’essence dont la croissance «s’inverse» dès cette année.

Un «pic» pétrolier qui reste cependant loin de celui brandi par le passé, à voir l’accent mis par une «major» comme Shell sur son métier historique, qui a causé le départ de son directeur des énergies renouvelables fin juin. De son côté, l’AIE annonce l’entrée en fonction de nouvelles «capacités de production» aux États-Unis, mais également au Brésil et au Guyana. Et pour cause. Au niveau mondial, l’utilisation du pétrole aura été réduite de moins de 20% en 2050, selon Oxford Economics. Tout reste donc relatif.

Le choc du schiste

Reflet des mesures prises pour lutter contre le réchauffement climatique, ce «peak oil» là n’a rien à voir avec le plateau de la production américaine des années 70, qu’avait prédit dès 1956 King Hubbert, un géophysicien de la Shell.

Ni avec celui esquissé par Colin Campbell et Jean Laherrère – un ancien directeur de l’exploration de Total – à la fin des années 90. «Notre analyse de la découverte puis de l’exploitation de [ndlr: milliers de] champs pétroliers autour du globe montre qu’à partir de la prochaine décennie la fourniture de pétrole conventionnel sera incapable de suivre la demande», écrivent-ils en 1998.

«À partir de la prochaine décennie, le pétrole sera incapable de suivre la demande.»

Colin Campbell et Jean Laherrère en 1998

Économique tout autant que géologique, leur raisonnement annonce non pas la fin de l’or noir mais celle du «pétrole bon marché», nuance. Ils cherchent alors à estimer l’année à partir de laquelle les hydrocarbures ne pourront plus redevenir meilleur marché, en raison de leur inexorable raréfaction. Ce qui, à leurs yeux, forcerait à une limitation drastique de leur usage. Aujourd’hui, au contraire, cet abandon est imposé par une législation environnementale destinée à répondre à l’urgence climatique.

Les mises en garde de Jean Laherrère et de feu son comparse, disparu l’an dernier, ont depuis longtemps été balayées par le boom du pétrole de schiste connu par les États-Unis au cours de la décennie 2010. Fait piquant, ces figures du secteur avaient pourtant conscience, dès 1998, du potentiel de sables bitumineux et de formations rocheuses du Canada – ils n’évoquaient alors pas le centre des États-Unis – à même «d’étancher la soif de la planète en carburants». Les deux vétérans des puits pétroliers estimaient alors, un peu naïvement, que «les États pourraient restreindre cette exploitation, en raison de son impact sur l’environnement».

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