Passer au contenu principal

ÉditorialLe déconfinement politique de Macron

25159. C’est le nombre de Havrais qui ont peut-être fait basculer le destin de la future présidentielle française. Ceux qui ont voté en faveur d’un retour d’Édouard Philippe comme maire dans un pays où un premier ministre pourtant populaire n’hésite pas à se présenter aux municipales d’une ville portuaire normande. C’est l’un des nombreux charmes de la politique hexagonale. Peut-être qu’un jour on verra Emmanuel Macron partir à l’assaut du Touquet après avoir dirigé la septième puissance mondiale.

Les municipales, dont le chef de l’État avait pourtant dit et répété qu’elles ne serviraient pas à jauger la puissance électorale de La République en marche!, bouleversent pourtant la donne. D’abord parce qu’Édouard Philippe est la quatrième grosse prise après Gérard Collomb, François Bayrou et Nicolas Hulot à quitter le navire gouvernemental. Ce boxeur amateur a compris qu’il y avait déjà un uppercut à jouer pour 2022. Ancien socialiste et rocardien, ancien UMP et juppéiste, ce petit-fils de syndicaliste docker aura beau jeu, depuis son fief du Havre où il ne risque politiquement pas grand-chose, de se poser en homme providentiel le moment venu, fort d’un bilan plus qu’honorable. Avec les sondages qui vont avec.

«Jean Castex, cet obscur objet non d’un désir, mais d’une utilité»

Pour Emmanuel Macron également, il était temps de reprendre ses distances avec celui qui était aussi auteur de thrillers, le bien mal nommé «dans l’ombre», qui ne lui en faisait que trop. Les divergences de posture sur le déconfinement que le président aurait voulu plus rapide ont parachevé les envies de séparation. La vague verte est venue submerger le reste puisque Édouard Philippe, un ancien de la multinationale nucléaire Areva, qui n’a rien a priori contre les centrales à charbon, ne porte pas forcément la cause écologiste en bandoulière.

Place à Jean Castex donc. Cet obscur objet non d’un désir, mais d’une utilité. Héros discret, récent délégué interministériel du déconfinement, et destiné a priori à exécuter strictement les ordres jupitériens d’un président qui veut remettre les mains dans le cambouis pour tenter le pari de sa réélection. L’ambitieuse garde rapprochée devra ravaler ses ambitions. Mais méfions-nous des seconds couteaux apparents. Emmanuel Macron fut celui d’un certain François Hollande. Avant de le lui planter dans le dos.