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Rare rééditionLe dernier rendez-vous d’Hugo Pratt avec les mers du Sud

Le récit de l’ultime voyage du maître de Grandvaux a droit à une très belle réédition, vingt-cinq ans après sa mort.

«Fita-Fita à Apia» (1994) à gauche et «Soldats des îles Fidji» (1989) à droite.
«Fita-Fita à Apia» (1994) à gauche et «Soldats des îles Fidji» (1989) à droite.
Le Tripode

Les voyages sont l’essence même d’Hugo Pratt et de son double dessiné, Corto Maltese. Ils ont coloré de multiples couleurs l’arbre généalogique de l’artiste né à Rimini en 1927 et mort à Grandvaux en 1995. Ils ont façonné sa vie passée entre Italie, Argentine, Londres, Paris ou la Suisse. Ils ont éclairé son œuvre à l’aquarelle vive comme les paysages du Sud qu’il aimait tant.

En 1992, le dessinateur fait un dernier et long voyage dans le Pacifique, qui lui inspire ce que certains considèrent comme son testament, «J’avais un rendez-vous», où il raconte ses passions pour les aventures, les bateaux, les personnages hors norme, entre de superbes planches réalisées pour l’occasion ou des travaux datant de sa période comics. L’album ne se trouvait plus que chez des bouquinistes éclairés. «Je suis venu dans le Pacifique à la recherche d’un rêve, ou plutôt à sa poursuite», commence-t-il. Le rêve que le gamin de Venise vivait en se nourrissant des images Liebig trouvées à l’épicerie en bas de chez lui.

Corto Maltese devant son voilier rêvé, le «Yankee».
Corto Maltese devant son voilier rêvé, le «Yankee».
Le Tripode
«Au nord du dernier rêve», à gauche et quelques indigènes des îles Salomon.
«Au nord du dernier rêve», à gauche et quelques indigènes des îles Salomon.
Le Tripode
«La Ballade de la mer salée», premier volet des aventures de Corto Maltese, paru en 1967.
«La Ballade de la mer salée», premier volet des aventures de Corto Maltese, paru en 1967.
Le Tripode
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Le Tripode Éditions le rééditent dès le 20 octobre, enrichi d’une postface et de photos de Patrizia Zanotti, sa curatrice et fidèle compagne de voyage, ainsi que d’une chronologie inédite. L’occasion de se replonger dans les racines de l’œuvre, dans sa fascination pour les petites et grandes histoires de l’histoire. De retrouver l’épave du «Yankee», ce voilier découvert en 1957 dans les pages du «National Geographic Magazine». De s’extasier sur le destin hors norme d’Emma Coe, née à Apia, dans les îles Samoa, amoureuse multiple, reine richissime dans son îlot de Gunantambu avant de finir sa vie à Monte-Carlo en 1913. De frissonner devant les méfaits de Bully Hayes, pirate moderne, amateur de bons vins, de bonne chère et de belles femmes. De partir sur les traces de Robert Louis Stevenson mort dans sa maison sur les hauteurs de Vailima.

Entre album, carnet de voyage et rétrospective, «J’avais un rendez-vous» permet surtout d’admirer le talent du dessinateur, qui s’épure au fil des années pour ne garder que l’essentiel et concentrer le regard.

«J’avais un rendez-vous», Hugo Pratt, Le Tripode Éd., 224 p.