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Des classiques increvablesLe diable n’a pas encore emporté Dumas en enfer

Au 150e anniversaire de sa mort, le fieffé écrivain n’a pas perdu sa vigoureuse prestance. À vérifier dans «Le comte de Monte-Cristo», somptueusement réédité, et «Une fille du Régent», sorti de l’oubli.

Alexandre Dumas, père.
Alexandre Dumas, père.
DR

En préface d’«Une fille du Régent», le cinéaste Bertrand Tavernier piaffe avec l’enthousiasme de d’Artagnan. Lui qui célébra la fille du mousquetaire en 1994, dans un film de cape et d’épée éperonné par Sophie Marceau, se souvient avoir rêvé de réaliser l’adaptation de ce roman oublié depuis. Et de raconter le volumineux scénario qui attendait sur un coin de table, coécrit avec Jean Aurenche, approuvé par Jean-Luc Godard. Cet ambitieux et onéreux projet n’aboutit pas, repoussé ad vitam aeternam et éclipsé par ce qui devint son premier film, «L’horloger de Saint-Paul».

Dans «La fille de d’Artagnan» en 1994, le cinéaste Bertrand Tavernier relit Alexandre Dumas avec Sophie Marceau.
Dans «La fille de d’Artagnan» en 1994, le cinéaste Bertrand Tavernier relit Alexandre Dumas avec Sophie Marceau.
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Au-delà, en critique acéré, le passionné dissèque avec une érudition séduisante cette intrigante «Fille du Régent». Dans la chronologie de l’œuvre, le texte s’inscrit entre «Les trois mousquetaires» et «Le comte de Monte-Cristo» et sombra d’ailleurs dans l’ombre de ces monuments. Son défenseur lui trouve encore un panache increvable. Déjà par son intrigue des plus classiques sur l’échiquier d’Alexandre Dumas. Ici, les amours clandestines et les complots machiavéliques se bousculent alors que le royaume vit des heures troubles après la mort de Louis XIV. Philippe d’Orléans, nommé Régent, et son âme damnée Dubois, tyrannise le peuple et provoque la colère de la noblesse. La fille illégitime du despote, juste sortie du couvent, l’innocente Hélène, tombe amoureuse de Gaston, chevalier de Bretagne, un des conspirateurs bien sûr. Après le fameux Gascon, encore un beau gosse de province rebelle…

«Une cocasserie digne d’Eugène Labiche, des quiproquos sentimentaux comme les organise Woody Allen.»

Bertrand Tavernier, cinéaste

Ça se bécote et s’empoigne avec rythme, les péripéties s’enchaînent à bout de souffle. Une cocasserie digne d’Eugène Labiche, des quiproquos sentimentaux comme les organise Woody Allen, ce style «léger comme une crème fouettée» que définissait Robert Louis Stevenson: même si Tavernier détecte ici et là des faiblesses – sans doute la faute à Auguste Maquet, le nègre d’Alexandre Dumas, dit-il!, le réalisateur ne peut qu’imaginer le film qu’il aurait tiré de cet épisode.

Inventeur du roman-feuilleton

Alexandre Dumas, scénariste avant l’heure, se prête volontiers aux images, lui qui a inspiré des dizaines de cinéastes, graveurs et autres illustrateurs. Pour son 150e anniversaire, les Éditions Omnibus rééditent «Le comte de Monte-Cristo» avec les 173 gravures d’Edouard Riou (1833-1900). Si les illustrations de 1887, peuvent paraître datées, l’écrivain s’y vérifie précurseur, inventant le feuilleton et fusionnant les répertoires romanesques avec allégresse.

«Le comte de Monte Cristo», une magnifique réédition en coffret illustré par Edouard Riou.
«Le comte de Monte Cristo», une magnifique réédition en coffret illustré par Edouard Riou.
DR

Ne s’embarrassant plus de distinguer les genres, le récit vengeur d’Edmond Dantès les embrasse tous, à la fois populaire, historique, contemporain, policier. Tout aussi élogieux dans sa préface que Tavernier, Claude Aziza va même jusqu’à voir dans le héros un alter ego de l’auteur. Et de raconter combien une visite au château d’If fâcha Dumas, quand un geôlier lui indiqua la cellule de Dantès avec aplomb. De quoi se vexer d’être rattrapé par son propre imaginaire. Ou s’enorgueillir d’avoir si bien tout inventé.

Alexandre Dumas «Le comte de Monte-Cristo», Éd. Omnibus, 895 p., y inclus le dictionnaire de Monte-Cristo, de Claude Aziza, également en poche Folio; «Une fille du Régent», Éd. Cherche-Midi, 400 p.

3 commentaires
    jean

    Dumas, une imagination a la mesure de son ego.