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Auteur britannique Controversé et révéré, le dramaturge Edward Bond s’est tu

L’auteur dramatique Edward Bond en 2007, lors d’un atelier avec des adolescents.
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Anne Bisang, Eric Salama, Maya Bösch, Carlo Brandt ou François Rochaix, tous l’ont porté sur les scènes genevoises. Tous ont sans aucun doute la gorge nouée depuis l’annonce, ce jour, du décès de l’homme de théâtre anglais Edward Bond, parti le dimanche 3 mars à l’âge de 89 ans. Au-delà, c’est la scène internationale qui pleure une langue aux saillies tant populaires que lyriques, et une conscience suraiguë des violences engendrées par la société.

Ce fils d’une famille ouvrière amené à devenir dramaturge, metteur en scène, théoricien et traducteur naît en 1934 dans le nord de Londres, où il rompt avec sa scolarité dès ses 15 ans. Trop tard, pourrait-on dire: le fait d’avoir connu les bombardements durant son enfance l’a déjà rendu irréversiblement réceptif à Shakespeare, dont il découvre le «Macbeth» par l’école.

Scandaleuse violence

La friction entre l’innocence de l’individu et la brutalité du pouvoir ne cessera d’irriguer son œuvre autodidacte, entamée dans les années 50. Si sa deuxième pièce «Saved» («Sauvés»), créée en 1965, se voit censurée à cause d’une séquence de bébé lapidé, le scandale lui assure également une publicité que viendront renchérir plus de quarante titres ultérieurs – «Lear», «La Mer», «Le Fou», ou la trilogie postapocalyptique des «Pièces de guerre», tous publiés aux Éditions de L’Arche, pour ne citer qu’eux. Politique par essence, son théâtre est le lieu d’une prise de conscience qui débouche sur le changement.

Nourri aux tragédies grecques et à Shakespeare, le radical Bond rencontre dans les années 70 un vif succès en France, où le montent en cascade Claude Régy, Patrice Chéreau, suivis d’Alain Françon, qui, de 1992 à 2016, enchaînera onze mises en scène de ses textes. Sur ses terres, Bond s’éloigne en revanche de la scène institutionnelle, afin de privilégier un travail d’atelier, notamment auprès d’adolescents ou de prisonniers.

L’auteur dramatique n’en laisse pas moins une abondante littérature qui excède les limites du théâtre. On lui doit par exemple le mémorable scénario du «Blow-Up» de Michelangelo Antonioni (en 1966 déjà), des livrets d’opéra et de ballet, des pièces radiophoniques ou télévisées, des essais théoriques, ainsi que de la poésie. De part en part, la parole de Bond se fait le creuset de dilemmes douloureux causés par un monde foncièrement injuste. Pour épitaphe, on lui adjugerait bien cette citation de son devancier Bertolt Brecht: «On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.»

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