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La rédactionLe fédéralisme, champion du yo-yo

Se donne-t-on tous les moyens, sur le plan politique, d’éviter une troisième vague? Notre chroniqueuse en doute.

Comme un air de déjà-vu. Mercredi soir, au moment de boucler mon article sur les assouplissements proposés par le Conseil fédéral, j’ai été prise d’un sentiment de ridicule. L’impression d’écrire à répétition depuis février 2020 et l’arrivée de ce satané virus en Suisse.

Cet effet yo-yo est sans doute la source d’usure psychologique la plus tenace dans cette crise. Et elle est encore plus toxique pour toutes les personnes dont l’activité est directement concernée par les annonces répétitives de fermetures, puis d’ouvertures.

Est-ce possible de l’éviter? Il n’y a pas de recette miracle sur le plan sanitaire. La critique est facile, la prise de décisions plus délicate. Mais au niveau des moyens politiques que l’on se donne pour contenir le virus, une chose me frappe. Chaque annonce de déconfinement s’est accompagnée d’un plan pour éviter une prochaine vague. Et à chaque fois, la réalisation concrète de ce plan a été empoisonnée par le fédéralisme.

«Dans l’esprit du responsable politique en Suisse, le fédéralisme ne se négocie pas. Chacun sa tâche. Les cantons testent et tracent, et si certains n’y arrivent pas, eh bien, ils n’y arrivent pas!»

Exercice pratique. En avril dernier, alors que le Conseil fédéral s’apprêtait à tout rouvrir, il soulignait: «Pour contenir durablement lépidémie, la Confédération a élaboré un plan pour cette phase dendiguement.» Le plan? Il se résumait en trois verbes: tester, tracer, isoler. Sur le papier, cela a du sens. Concrètement, qui est chargé du traçage? Les Cantons. Ont-ils les moyens de le faire? Oui, certes, mais pour une centaine de cas par jour, voire plusieurs centaines pour les grands cantons. Au-delà, c’est mission impossible, faute de moyens. Les chaînes de transmission se perdent. Le contrôle de l’épidémie aussi. On repart de zéro. On referme. C’est ce qui s’est passé après l’été.

C’était prévisible en quelque sorte. Cependant, dans l’esprit du responsable politique en Suisse, le fédéralisme ne se discute pas. À chacun sa tâche. Les Cantons testent et tracent, et si certains n’y arrivent pas, eh bien, ils n’y arrivent pas! Comme si nos vies pouvaient changer, mais pas les règles du fédéralisme. Pire en novembre, avec la reprise en mains de la gestion de la pandémie par des cantons qui se sont retrouvés en concurrence, plutôt que d’être des partenaires.

Tester et vacciner

Et aujourd’hui? Le Conseil fédéral a présenté son plan pour éviter une troisième vague. Il faudra «tester, tester, tester», répète Guy Parmelin, le président de la Confédération. Et se laisser vacciner. Qui est donc chargé de tester? Qui organise les plans de vaccination? Les Cantons. La Confédération offre un soutien logistique en matière de vaccins, elle a aussi mis en place des conditions-cadres, notamment financières, permettant des tests de dépistage massif. Mais ça s’arrête là. «Il faut absolument tester, mais on ne peut pas pousser plus», justifie Alain Berset.

Le fédéralisme est devenu le règne de l’absurde. Au fond, ce n’est pas forcément les règles du jeu qui empêchent une action cohérente, mais la manière de les appréhender. Bousculer les vieilles habitudes politiques permettrait un gain d’efficacité et de cohérence.

7 commentaires
    CMCC

    « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent." Albert Einstein

    On y est, n'est-ce pas ?