Passer au contenu principal

Égalité des sexes«Le féminisme a toujours été pluriel»

A l’occasion du 50e anniversaire du droit de vote des femmes, l’historienne Brigitte Studer puise dans le passé un éclairage sur les différents courants qui s’affrontent aujourd’hui.

Le 1er mars 1969, toutes les féministes n’étaient pas d’accord pour manifester. Environ 5000 se sont retrouvées pour la Marche à Berne (ci-dessus), tandis qu’environ 500 autres tenaient congrès. «Le féminisme n’a jamais été unifié et unitaire, car les vécus des femmes sont différents. C’est pourquoi l’on parle de féminismes au pluriel», explique l’historienne Brigitte Studer, auteure du livre «La conquête d’un droit. Le suffrage féminin en Suisse», aux Éditions Livreo-Alphil.
Schweizerische Sozialarchiv.

L’historienne Brigitte Studer, professeure émérite de l’Université de Berne, est notamment spécialiste du féminisme. Elle vient de publier «La conquête d’un droit. Le suffrage féminin en Suisse»*, déjà réédité après que plus de 1200 exemplaires ont été rapidement écoulés. Interview sur le présent à travers le prisme du passé.

Votre livre montre que différents courants ont dès le départ coexisté. Récemment une membre du collectif de la Grève des femmes a refusé de débattre avec Ruth Dreyfuss sur la RTS. Les dissensions sont-elles plus profondes de nos jours?

En réalité, il y a toujours eu des confrontations radicales. Le féminisme n’a jamais été unifié et unitaire, car les vécus des femmes sont différents. C’est pourquoi l’on parle de féminismes au pluriel. Il n’y a qu’à se rappeler les 75 ans de la section zurichoise de l’Association pour le suffrage féminin, en 1968: en pleine cérémonie solennelle, Andrée Valentin, du Mouvement de libération de la femme (MLF), s’empare du micro, s’indignant qu’il n’y a rien à célébrer, parce que les femmes ne sont pas seulement privées du droit de vote, mais qu’elles sont aussi discriminées sur de nombreux aspects.
En 1969 non plus, pour la Marche à Berne, toutes n’étaient pas d’accord. Autre exemple parmi d’autres: en 1975 se déroulent à Berne deux congrès, l’un du MLF et l’autre de l’Alliance des sociétés féminines. Des militantes MLF de l’anti-congrès sont intervenues sur le podium du congrès officiel, car elles estimaient que ces femmes devaient surtout se saisir de la question de l’avortement.

Les articles ABO sont réservés aux abonnés.