Passer au contenu principal

Les entreprises et le coronavirusLe fleuriste qui cartonne grâce à sa boutique en ligne

Le confinement n’a pas séché l’envie d’offrir des bouquets. À Lausanne, «Pont de Chailly Fleurs» a su tirer son épingle du jeu avec ses nouveaux services.

Grâce à son service d’e-commerce, Guillaume de Brisoult a vu son business exploser durant la crise de la Covid-19.
Grâce à son service d’e-commerce, Guillaume de Brisoult a vu son business exploser durant la crise de la Covid-19.
Patrick Martin/24 heures

Aux premiers jours du confinement, jardineries et fleuristes faisaient pâle figure alors que les horticulteurs voyaient se faner tous leurs espoirs à la vue de leurs serres de fleurs printanières en pleine éclosion qu’il fallait laisser à l’abandon. Chez Pont de Chailly Fleurs, à Lausanne, cette période noire n’est pourtant déjà plus qu’un mauvais souvenir. Accélérant la mise en place de nouveaux services, grâce aux outils numériques, la petite boutique a ragaillardi ses ventes.

«La première chose à gérer, dès le lundi 16 mars, était l’inquiétude du personnel, car c’était un moment très anxiogène, raconte le patron de l’enseigne, Guillaume de Brisoult. Nous avons fermé le magasin tout en continuant de soigner les plantes pour montrer qu’il y avait une présence et de la vie. Chaque collaborateur pouvait choisir de venir travailler en adoptant les mesures barrières édictées. Mais très vite, le téléphone s’est mis à sonner.»

«Je pensais que si un amoureux avait l’idée, à 2 heures du matin, de faire livrer un bouquet à sa dulcinée, il devait pouvoir le commander»

Guillaume de Brisoult, patron de Pont de Chailly Fleurs

De petite taille, le magasin de fleurs – qui occupait alors trois employés ainsi que le patron – a vu ses livraisons prendre l’ascenseur. De deux-trois livraisons par jour avant que n’éclate la pandémie, celui-ci a atteint des pics de plus de 40 livraisons par jour, indique le chef d’entreprise. Les commandes passées par le biais de la boutique en ligne ont bondi de deux par semaine à vingt par jour et le nombre de visites a été multiplié par quinze, même si, depuis lors, il est plus près de dix. «Nous n’avions pas anticipé le Covid-19, dit-il avec le sourire. Mais notre site en ligne était déjà opérationnel, accessible 24 h sur 24. Je pensais que si un amoureux avait l’idée, à 2 heures du matin, de faire livrer un bouquet à sa dulcinée, il devait pouvoir le commander.»

Lorsque le «monde était arrêté» et que ses portes étaient closes, l’enseigne du Pont de Chailly a lancé la formule «drive-in»: le client arrivait en voiture devant le magasin, ouvrait son coffre, dans lequel la fleuriste déposait le bouquet commandé et payé à l’avance. Le tout sans contact. Durant cette période qui a duré deux semaines, explique Guillaume de Brisoult, la communication avec les acheteurs se faisait beaucoup par mail et WhatsApp, avec photos pour mieux répondre à leurs désirs.

Tournesols et hortensias

Les outils numériques ont ainsi permis de créer de nouveaux services dans un métier traditionnel. La pandémie n’a fait qu’accélérer les choses. Et peut-être modifier certaines habitudes. Pas totalement toutefois. Car aujourd’hui, alors que la vie (presque) normale a repris ses droits, on observe que les clients qui reviennent au magasin apprécient et prennent le temps de choisir une plante ou un bouquet de fleurs coupées selon ce qu’ils découvrent sur place. En ce lundi de début septembre, ils suivent attentivement les gestes et les choix des deux fleuristes présentes, Laura et Tamara, qui célèbrent les espèces reines du moment, tournesols et hortensias.

La boutique en ligne est avant tout une vitrine, indispensable à l’artisan fleuriste, relève le patron. Il montre un style de magasin et la palette de produits dans une fourchette de prix. Elle s’adresse aussi aux personnes indécises dans leur choix, généralement des hommes, souvent très pressés lorsqu’ils débarquent au magasin. Il n’empêche, la diversification des prestations paye, puisque la société a vu ses affaires relancées. Au point qu’il a fallu engager un coursier à 50% et qu’une nouvelle fleuriste a rejoint l’équipe!

«Nous avons eu besoin du chômage partiel seulement deux semaines. Le 1er avril, tout le monde était sur le pont, se réjouit Guillaume de Brisoult, heureux de la tournure des événements. Après cette première phase où les gens étaient accaparés par le Covid, ils ont relevé la tête. Car il y avait des anniversaires à fêter, des tantes âgées enfermées chez elles, des copines à ne pas oublier et plein d’occasions de manifester son affection aux proches… Nous avons eu pas mal d’abonnements pour des personnes en EMS. C’était une période très intense.»

L’audace d’une reprise

Le patron de Pont de Chailly Fleurs ne se définit pas comme fleuriste, contrairement à ses collaboratrices, toutes professionnelles. Il est marchand de fleurs, entrepreneur et «l’homme à tout faire». Il y a deux ans, à 40 ans, il a réalisé son rêve de créer sa propre entreprise. Il a repris cette boutique en jouant sur l’audace. Employé dans une maison de La Côte distribuant des produits d’épicerie fine, il avait repéré l’enseigne lors de ses tournées de représentation dans le quartier. Il trouvait qu’elle n’était pas assez mise en valeur. Mais il avait encore le projet, finalement avorté, de reprendre sa société en associé. Un jour, il s’adresse à la gérante qui réfléchissait alors à remettre un de ses deux magasins de fleurs pour diminuer son activité.

Le voilà donc, au 1er juin 2018, découvrant un nouvel univers, méconnu. Il sera aidé en cela par l’une des fleuristes avant qu’elle ne décide elle aussi de lancer sa propre affaire, en France voisine. Venant de la région parisienne, formé au management à l’École hôtelière de Lausanne, le chef d’entreprise veut apporter son expérience du service au client dans la vente de fleurs. Il est très attentif aux avis et aux étoiles attribuées à l’enseigne sur le web, tout en faisant une analyse critique des critiques. Il faut savoir répondre à un client frustré, dit-il, afin que la relation se transforme positivement.

Optimiste quant à l’évolution des affaires, il parle de réengager quelqu’un cette année afin de répondre à la demande du week-end. Après avoir diversifié l’offre dans les accessoires – des cadeaux moins éphémères que les fleurs –, il veut encore développer l’offre en ligne de la maison afin de livrer non plus dans un périmètre de 15 km comme actuellement, mais carrément dans toute la Suisse, grâce au transport express. Il aura alors besoin d’un nouvel atelier de préparation des bouquets. Coronavirus ou pas, Pont de Chailly Fleurs devrait continuer de croître.