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Friches urbainesLe futur pôle culturel et sportif yverdonnois s’écrase

«Fatigué des attaques», le patron d’Yverdon Sport retire sa participation au projet public-privé de Sports 5. La reconversion de cette friche stratégique en complexe polyvalent tombe à l’eau, en pleine campagne électorale.

Les bâtiments de la friche urbaine et artisanale Sports 5 à Yverdon, ce vendredi 19 février. (24 Heures/Christian Brun)
Les bâtiments de la friche urbaine et artisanale Sports 5 à Yverdon, ce vendredi 19 février. (24 Heures/Christian Brun)
CHRISTIAN BRUN

Le «laboratoire du bien-vivre» d’Yverdon est en état de mort clinique. Sports 5, nom à la fois de l’adresse et de la métamorphose de cette friche stratégique en complexe hôtelier, sportif et culturel, vient de perdre son principal partenaire privé. À la fois voisin du site et patron d’Yverdon Sport, Mario Di Pietrantonio annonce se retirer, lui et ses 26,2 millions de francs. Laissant ce très imbriqué partenariat public-privé sur le carreau, en pleine campagne électorale.

Ce projet cher à la majorité PLR en place était encore vanté ce jeudi dans nos colonnes par la municipale de l’Urbanisme.

Ce qui s’est passé? «Une accumulation de choses. Des bassesses indescriptibles. Au bout d’un moment je suis aussi un homme et je ne peux pas me laisser faire. Ce projet, je le leur offre. À eux de le financer», avance l’entrepreneur, confirmant sa décision communiquée jeudi au journal «La Région».

Le sportif est en effet régulièrement au cœur des messes basses du camp rose-vert, qui s’étonne de retrouver sa patte dans de nombreux projets immobiliers de la région. Le dernier en date étant la rénovation du stade municipal. La Ville y avait injecté 8,05 millions de francs contre 1,2 pour le promoteur. Devait suivre Sports 5, aux investissements inversement proportionnels. Le montage financier était même un temps lié entre les deux parcelles. L’hôtel devait ainsi permettre d’héberger des clubs européens.

La promotion qui passe mal

Dans tous les cas, la mise à niveau du stade a longtemps mal passé à gauche et notamment pour le municipal des Affaires sociales Jean-Claude Ruchet (PS), qui espérait, mardi dans le journal local, y voir une équipe à la hauteur, «qui puisse montrer ce qu’elle sait faire», une fois celle-ci dans une ligue supérieure.

Coup de sang du directeur. «Une insulte pour tous ceux qui s’y investissent, y compris des dizaines de bénévoles et de juniors.» Son retrait du projet voisin de Sports 5 était envoyé dans la foulée à la Ville, l’Exécutif le découvrant en pleine séance hebdomadaire.

Sports 5 incarnait un assemblage aussi prometteur que risqué d’espaces culturels (locaux associatifs, espaces de concerts) et sportifs (mur de grimpe, salle de force) avec une partie réservée au privé et un hôtel.
Sports 5 incarnait un assemblage aussi prometteur que risqué d’espaces culturels (locaux associatifs, espaces de concerts) et sportifs (mur de grimpe, salle de force) avec une partie réservée au privé et un hôtel.
Ville d’Yverdon

Selon nos informations, Sports 5 et son assemblage inédit d’un mur de grimpe, d’une brasserie, d’un siège de la Fédération suisse de judo, du club de l’Amalgame et de résidences pour artistes ou sportifs, était en fait attaqué depuis longtemps sous la table. Pour certains élus proches du milieu, le mariage initial avait trop évolué en direction du sport et du secteur privé.

Ce sont l’association des jeux du Castrum et l’association «Ici» organisant la Dérivée qui ont fait opposition. On y retrouve notoirement la relève du camp rose-vert, et plusieurs candidats aux élections. «Des gens qui ont juste mis leurs noms sur la boîte aux lettres de l’Amalgame avant de faire opposition», fulmine-t-on à droite.

Président du Castrum, Fabian Tharin nie en bloc. «C’était une démarche constructive d’acteurs du terrain, pour défendre la culture indépendante mais surtout pour améliorer ce dossier. On y croyait. Et cette opposition, on allait la retirer.» Pareil pour le collectif autrefois derrière la Dérivée. «On voulait porter des idées, faire une démarche citoyenne pour ce lieu multiculturel et éviter toute récupération politique», dit une de ses membres.

L’affaire s’est visiblement grippée cet hiver, au cours de demandes de délais dans les négociations. «Les opposants étaient certains de gagner en cas de recours en raison d’une lacune du dossier, évoque une source proche dudit dossier. Et ça a suffi pour que le promoteur pique la mouche.»

«Je veux bien discuter, réagit l’intéressé. Mais pas avec un pistolet sur la tempe pendant que des gens et des frais sont engagés.» On connaît la suite.

Les conséquences sur la campagne, dans laquelle chaque camp accuse désormais l’autre d’avoir flingué l’avenir d’Yverdon, sont encore imprévisibles.

17 commentaires
    Municipale de la Culture HS

    La Municipale de la culture ne peut pas ignorer les travaux de ces deux associations culturelles. Elle les a peut-être même encouragé. Pourquoi n'a-t-elle pas pu sauver ce projet ? Sans doute qu'elle soutenait ces manœuvres politiques risquées. La Municipale est Vert.e.s, il en est de même de plusieurs membres des comités de ces associations qui se présentent comme candidat au Conseil communal après avoir condamné un beau projet pour le sport et la culture à Yverdon.

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