Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

AboAgriculture et durabilité
Le gaz émanant des vaches ne serait qu’un pet dans l’eau

Des relevés opérés par Agroscope montrent que les vaches en plein air polluent moins qu’imaginé jusqu’à présent.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

L’élevage d’animaux de rente est un élément important de l’agriculture suisse. Sur deux tiers de notre territoire, il ne pousse que de l’herbe, qui ne peut être valorisée que comme fourrage pour les ruminants. Mais ces vaches sont aussi volontiers soupçonnées d’être responsables d’une grande partie des gaz à effet de serre.

Une croyance qu’une récente étude d’Agroscope vient de remettre en cause. «Dans l’ensemble, les émissions des vaches au pâturage sont nettement plus faibles qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Elles ne représentent que 5% environ des émissions de protoxyde d’azote issues de l’agriculture», publiait l’organe fédéral il y a quelques semaines sur son site internet.

«Dans l’inventaire national, les émissions de protoxyde d’azote des vaches en pâturage passent ainsi de 6,8% à seulement 2,2%.»

Daniel Bretscher, Agroscope

Pour réaliser ces mesures, Agroscope a installé tout un dispositif technique dans une prairie de Tänikon, en Thurgovie. Durant deux ans, la concentration de gaz sur le pâturage en fonction du vent de même que les émanations en provenance des sols, notamment des déjections, ont été mesurées. Il en ressort qu’urine et bouses ne se retrouvent souvent pas au même endroit, réduisant ainsi les émanations d’ammoniac. D’ailleurs, lors du pâturage, l’urine dépose une grande quantité d’azote sur une petite surface. Jusqu’à présent, on pensait plutôt que cela entraînait un facteur d’émission très élevé.

«Dans l’inventaire national, les émissions de protoxyde d’azote des vaches en pâturage passent ainsi de 6,8% à seulement 2,2%», calcule le chercheur Daniel Bretscher. Alors que les premières estimations du facteur d’émissions au pâturage du GIEC dataient de 2006, elles avaient déjà été revues à la baisse en 2019. L’étude suisse confirme cette évolution. Une découverte importante, sachant que le potentiel de réchauffement global (PRG) de ce gaz est 265 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone (lire encadré).

Moins 0,2% pour l’agriculture

Selon la Confédération, l’agriculture compte pour environ 13% du total des émissions de gaz à effet de serre en Suisse. Un total qui varie peu, même avec ces nouveaux résultats. «La réévaluation des émissions des pâturages n’entraîne qu’un faible changement d’environ 0,2% par rapport au total de l’ensemble des émissions agricoles», assure Daniel Bretscher. Au niveau vaudois, cette part est même inférieure selon les rapports Quantis établis par le Canton. De 11% en 2017, elle n’était plus que de 6% en 2019.

«Cela conforte nos analyses que le système d’élevage majoritairement à l’herbe, pratiqué ici, est plus respectueux de l’environnement que des systèmes hors sol.»

Aude Jarabo, Prométerre

Pour une profession souvent pointée du doigt pour sa participation au réchauffement climatique, ces chiffres sont réjouissants. «Cela conforte nos analyses que le système d’élevage majoritairement à l’herbe, pratiqué ici, est plus respectueux de l’environnement que des systèmes hors sol basés sur du maïs et du soja qui peuvent être pratiqués dans d’autres pays», se réjouit Aude Jarabo, responsable de projet climat chez Prométerre.

Et la scientifique de rappeler la réglementation fédérale sur les paiements directs, ainsi que les cahiers des charges des marques et appellations, comme les sorties régulières en plein air (SRPA) ou l’encadrement des épandages. L’association vaudoise des métiers de la terre a d’ailleurs lancé son propre projet d’évaluation de l’ensemble de l’empreinte carbone des exploitations vaudoises, en prenant en compte non seulement les émissions liées à la production, mais aussi la quantité de carbone piégée par l’activité agricole (biomasse, sol).

La consommation de viande dépassant la production locale, une réduction du cheptel bovin en Suisse serait un non-sens selon les organisations agricoles.

Les résultats seront bientôt présentés, mais la séquestration de carbone s’annonce déjà comme une des mesures phares pour réduire ce bilan. Plusieurs agriculteurs s’engageant dans cette voie. Il convient aussi de rappeler que les fertilisants produits par les vaches sont autant d’intrants que le pays n’a pas besoin d’importer.

Privilégier la viande locale

Aude Jarabo précise encore que la Suisse importe de la viande, la consommation dépassant la production locale. «Tant que cette situation existe, il n’y a pas de raison de réduire l’élevage sur le territoire, car la consommation de viande locale a un plus faible impact climat que la viande importée», répond la spécialiste quand on lui parle de réduction du cheptel bovin. Au vu des contraintes et des conditions de rémunération du lait, le cheptel vaudois suit d’ailleurs déjà une tendance à la baisse.

«La consommation de l’herbe par des animaux d’élevage permet non seulement de produire des denrées alimentaires, mais aussi d’entretenir des paysages.»

Aude Jarabo, Prométerre

L’abandon de l’élevage en Suisse ne serait toutefois pas une option cohérente. «Cela reviendrait à déplacer le problème ailleurs, car des personnes vulnérables ont besoin de protéines ou produits laitiers, qu’il faudrait importer davantage», reprend Aude Jarabo.

Sans compter que l’abandon de l’élevage entraînerait un recours massif aux fertilisants issus du pétrole, importés majoritairement de Russie. Enfin, «la consommation de l’herbe par des animaux d’élevage permet non seulement de produire des denrées alimentaires, mais aussi d’entretenir des paysages qui se refermeraient autrement et ne permettraient plus les activités récréatives de ces lieux.»

Newsletter
«Dernières nouvelles»
Vous voulez rester au top de l’info? «24 heures» vous propose deux rendez-vous par jour, directement dans votre boîte e-mail. Pour ne rien rater de ce qui se passe dans votre Canton, en Suisse ou dans le monde.

Autres newsletters