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La rédactionLe grand malentendu des conférences de presse en direct

Avant que le Conseil fédéral annonce une décision, il faut que les sept ministres se soient mis d’accord. Ce qui peut être long.

Mercredi devant leurs ordinateurs, les Suisses s’impatientent. «Comment, la conférence de presse du Conseil fédéral est repoussée de deux heures? Scandaleux! En France, le président fixe son allocution à 20 h et il s’y tient!»

De nombreuses personnes assistent désormais en direct aux conférences de presse du Conseil fédéral et de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Pour un professionnel des médias, et en particulier un journaliste de rubrique Suisse, la première réflexion qui vient à l’esprit est: «Pourquoi s’infliger cela?» À moins d’être passionné de politique fédérale – et encore – assister à ces séances ne représente pas le point culminant de notre semaine journalistique, loin de là.

«Le Conseil fédéral, surtout en temps de crise, est pratiquement toujours en retard»

Ce nouvel intérêt du public entraîne quelques malentendus. Premièrement, le Conseil fédéral, surtout en temps de crise, est pratiquement toujours en retard pour ses conférences de presse.

Parlons plutôt d’incertitude: non, le gouvernement ne prolonge pas le plaisir de l’attente autour d’une table de restaurant, en commandant de nouveaux pousse-cafés pendant que le petit peuple attend patiemment l’annonce de ses nouvelles décisions. La presse est convoquée à l’issue des discussions entretenues par le collège gouvernemental. Or, pour qu’une décision soit prise, il faut que les sept ministres se soient mis d’accord entre eux. Avec des représentants de quatre partis différents, on est même étonné lorsque le débat ne s’éternise pas davantage.

L’heure indiquée le matin de la conférence de presse est donc par essence approximative. La comparaison avec la France, qui diffuse des allocutions préenregistrées de son président, n’a ainsi pas lieu d’être.

Voici pour la forme. Sur le fond, ces diffusions en direct soulèvent d’autres problèmes, dont celle de la transmission du message. Pour comprendre ce dernier, il faut d’abord se concentrer pendant parfois plus de deux heures pour saisir le français et l’allemand fédéral pratiqué en alternance par les acteurs de ces conférences.

Quête d’informations

Il faut ensuite s’accrocher pendant que les journalistes posent deux, voire trois fois la même question pour réussir à faire dire à un conseiller fédéral ou à un magistrat ce qui se sent en filigrane de certaines décisions mais se refuse à dire. Les voir renoncer aussi, car ils savent d’expérience que certaines informations ne s’obtiennent jamais par ce biais-là.

Reste ensuite à trier les informations données, en tirer l’essentiel, les vulgariser, les analyser, faire réagir les acteurs concernés: je prêche pour ma paroisse certes, mais c’est un métier, qui comme les autres s’apprend, se pratique et demande du temps et des efforts.

L’impatience du public de connaître les nouvelles règles qui vont régir leur vie est plus que compréhensible. Quitte à attendre un peu, peut-être que consulter les sites d’informations, qui proposent des synthèses rapides et claires, permettrait d’éviter de s’infliger cet exercice pesant – et au passage quelques migraines.

3 commentaires
    helene

    Des conférences de presse avec des journalistes à la botte (doivent-ils toujours transmettre leurs questions à l'avance ?) ne sont pas des conférences de presse.