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Décès de Mory KantéLe Guinéen, auteur du tube «Yéké Yéké», meurt à 70 ans

Le musicien, malade depuis de nombreuses années, faisait partie de ceux qui ont mis la musique africaine sur la sono mondiale.

Le musicien et chanteur guinéen vient de succomber à Conakry des suites d’une longue maladie.
Le musicien et chanteur guinéen vient de succomber à Conakry des suites d’une longue maladie.
CLEMENS BILAN/AFP

La mémoire de la musique africaine prend un nouveau coup avec le décès du musicien et chanteur guinéen Mory Kanté, qui vient de succomber à Conakry des suites d’une longue maladie, sa santé fragilisée depuis déjà de nombreuses années. Après le Camérounais Manu Dibango (décédé en mars dernier et avec lequel il avait collaboré dans les années 1980), c’est encore un artisan du succès planétaire des productions africaines qui disparaît. Les deux artistes avaient un point commun: tous deux se signalaient par un titre emblématique, gros succès qui avait contribué à imposer l’Afrique sur la sono mondiale.

Pour Kanté, l’équivalent du «Soul Makossa» de Dibango était son «Yéké Yéké» des années 1980, un titre qu’il avait enregistré au début de la décennie mais dont la seconde version, en 1987, traversa à peu près toutes les frontières du globe avec son rythme trépidant, ses chœurs véloces, ses ponctuations de cuivre, ses synthés et l’intervention de la kora, instrument à cordes dont il s’était fait une spécialité, même si l’instrument ne faisait pas partie de l’héritage de sa famille de griots.

«La kora, c’est ma première femme, déclarait-il à «La Dépêche d’Abidjan» il y a sept ans. Elle représente toute une histoire pour moi. Ma kora voyage. Toujours avec moi. Quand je suis en première classe, elle est avec moi. Elle a une place qui est payée. Si tu ne l’acceptes pas, j’annule ton concert!» Le griot guinéen, fils d’une Malienne et d’un père qui allait devenir centenaire, s’était intéressé très tôt aux expressions modernes de la musique – funk et rock – qu’il mélangeait volontiers à la tradition dès les années 1960.

De Los Angeles à Paris

Il passe l’épreuve du feu à Bamako en intégrant la formation qui aura vu naître tant de talents africains: le Rail Band de Bamako, où il côtoie le chanteur Salif Keïta, qu’il remplacera dès 1973. Mais c’est en Côte d’Ivoire que le musicien, à la notoriété déjà bien installée dans les pays africains, prend son élan pour conquérir le public international. Il enregistre un premier album à Los Angeles en 1981 puis prend son envol depuis Paris, carrefour artistique des musiciens africains où il réalise «Mory Kanté à Paris» en 1984 et «Akwaba Beach» en 1987, où l’on trouve la seconde version de «Yéké Yéké».

Acclamé dans de nombreux pays, notamment en Italie, il s’appuiera sur son fameux titre pendant toute sa carrière. Relançant son tube par des remixes, il se targuait d’avoir décroché seize disques d’or et vendu plus de 9 millions d’albums.

«La kora, c’est ma première femme. Elle représente toute une histoire pour moi»

Mory Kanté