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Transition écologiqueLe jardin potager clé en main fait un tabac

Cinquante parcelles cultivables d’un genre nouveau ont trouvé locataire à Prangins. État des lieux.

À Prangins, Caroline Serafini observe avec plaisir la concrétisation de son idée de jardin clé en main, tandis qu’Ambroise Johnson poursuit l’entretien du jardin fécond qu’il loue depuis cet hiver.
Main verte
À Prangins, Caroline Serafini observe avec plaisir la concrétisation de son idée de jardin clé en main, tandis qu’Ambroise Johnson poursuit l’entretien du jardin fécond qu’il loue depuis cet hiver.
Florian Cella

Prangins serait-il devenu la capitale du potager? Alors que le château possède le plus grand jardin historique du pays, une initiative originale est en train de porter ses fruits à côté de l’aérodrome. Au milieu des champs, un échiquier végétal foisonne de tomates, choux ou courges. Les 55 lopins ont rapidement été distribués et une dizaine d’intéressés est sur liste d’attente. À quelques années de la retraite, Ambroise Johnson fait partie des chanceux. «Je me suis découvert une passion pour le jardinage et j’adore ça


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C’est chouette de voir les gens heureux comme ça», commente Caroline Serafini, l’instigatrice de ce potager participatif visant à reconnecter les gens à la terre. Sur un terrain communal de 2,5 hectares, elle a œuvré à un concept inspiré de Mis Gmües, un grand jardin self-service installé à Münsingen (BE) avec des corvées faites collectivement. Comme ce dernier, la version de La Côte permet de soulager les producteurs d’un certain nombre de tâches comme la récolte et l’entreposage, mais elle mise sur des parcelles individuelles. «On voulait que les gens s’attachent à leur jardin», explique la bouillonnante présidente de l’association Au-Potager de Prangins.

Le savoir-faire de la terre

Proposés pour 650 (ou 750) francs annuels, les rectangles de 37 m2 incluent aussi le concours d’experts. «Certaines plantes, je ne savais même pas ce que c’était ni quand les cueillir, rigole Ambroise Johnson. Heureusement que le maraîcher était là.» Appréciant sa bulle de calme après le travail, Anne-Lise Creissen a aussi été conquise par cette aide: «J’ai toujours eu envie d’apprendre à jardiner et j’ai trouvé sympa d’être encadrée par des professionnels.»

Cette transmission de savoir, c’est justement ce qui a convaincu le maraîcher Mario Severino de rejoindre l’aventure. «Ce qui est vraiment intéressant c’est de rencontrer des gens et de leur faire découvrir des légumes qu’ils ne consomment pas, comme les colraves. J’ai eu de bons retours», confie le jeune homme. Le partage de connaissances prend aussi la forme de newsletters, tutoriels vidéo et bientôt podcasts.

Favoriser la biodiversité

«On sent une envie de gratter la terre et de se reconnecter à quelque chose de vivant», constate avec plaisir Reynald Pasche, agriculteur engagé depuis le début du projet. Continuant de travailler en amont la terre qu’il a cédée aux jardiniers en herbe, le Pranginois comble son manque à gagner autrement: «L’idée est de faire comprendre la valeur d’un produit, d’améliorer cette relation entre la ville et la campagne. Tant qu’il y a du dialogue, ça fonctionne!» Bientôt, des arbres fruitiers (lire encadré) compléteront le tableau.

C’est quand l’image romantique d’écosystèmes bios vient se confronter à la réalité du travail du sol que cela se complique. Dans une perspective de durabilité, l’accent a été mis sur la biodiversité. Pour limiter les ravageurs, des perchoirs à rapaces viendront compléter l’hôtel à hermines, la haie vive et la prairie fleurie. Quant au paillage, notamment utilisé en permaculture, il vise à réduire l’utilisation d’eau. Exit aussi les traitements superflus. «On veut une agriculture qui ait le moins d’intrants possible, explique l’horticulteur Stéphane Repas Mendes. On n’a pas de contrainte de rentabilité.» Ainsi, pour ces jardins de loisir, le cuivre couramment utilisé (même en bio et en biodynamie) contre le mildiou a été délaissé au profit de purins prophylactiques.

Une communauté en devenir

Au-delà de l’aspect technique, le potager lancé en février enseigne aussi le rythme de la nature. S’en souviendront les familles parties en vacances cet été alors que leur parcelle donnait des légumes en abondance… L’entraide doit encore se développer. À cause de la pandémie, les brunches prévus pour favoriser les échanges ont été annulés. Mais les groupes thématiques (cuisine, bricolage, biodiversité, etc.) fourmillent déjà d’idées rassembleuses.

Venant d’autres localités de La Côte, certains jardiniers amateurs voudraient bien y repiquer le concept. «Ce type de projet est crucial dans la mesure où il permet de rapprocher les mondes agricole et urbain, relève Raphaël Charles, responsable de l’antenne romande de l’Institut de recherche en agriculture bio qui a conseillé le comité de l’association. Le paradoxe est que les organisations agricoles établies et le cadre légal sont peu enclins à soutenir ce type de microferme.» N’empêche, l’envie de créer de nouveaux potagers du genre dans la région nyonnaise est déjà bien installée.