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EditorialLe journal en papier, aussi «too big to fail»

Il y a visiblement des urgences plus urgentes que d’autres. Les avions doivent continuer à voler, voilà 150millions pour Skyguide. Les trains, bus et trams à rouler: 700millions pour les entreprises de transports. Les films suisses à être projetés: 200millions pour le cinéma. Le parlement, et c’est un de ses rôles en cas de crise, a arrosé large cette semaine. Et c’est nécessaire.

Le débat sur l’aide à la presse date de bien avant le Covid-19. Aux soubresauts structurels et conjoncturels s’est ajouté un virus qui a accéléré la chute des revenus publicitaires. Et pourtant, hier, le paquet a été renvoyé en commission. Si Doris Leuthard l’avait mal ficelé, celui concocté par Simonetta Sommaruga n’a pas encore trouvé grâce.

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Les «pure players», ces nouveaux médias que l’on ne retrouve qu’en ligne, font aussi leur lobbying. Dont le credo est que le volet concernant la presse imprimée et sa diffusion favorise ces grands éditeurs dinosaures de l’Ancien-Monde, celui du papier donc. Au détriment de «l’innovation» du tout numérique dont ils seraient les seuls et dignes représentants.

La vérité est ailleurs. Ou plutôt entre les deux. Pour nous aussi, la transition digitale est une évidence et vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire sur écran. Mais les quotidiens régionaux comme «24heures» sont encore très majoritairement consultés dans leur déclinaison physique. Imprimer, puis, surtout, distribuer un journal le matin dans un canton géographiquement aussi compliqué que le nôtre répond encore a une mission de service universel. Et elle a un coût.

Les millions que pourrait verser la Confédération sont principalement destinés à nous permettre d’assurer encore mieux la distribution matinale des journaux, effectuée par porteurs. Afin d’assumer tous les jours notre mission de service public de proximité, les «pure players» ne couvrant par exemple que rarement le Conseil communal de Payerne, le vote sur la fusion entre Blonay et Saint-Légier, la saga du Vevey United ou le dernier spectacle de Véronique Montel au Pulloff. En restant lus par le plus grand nombre. Cette aide indirecte, contrairement à d’autres, présente le grand avantage de laisser une indépendance éditoriale totale aux médias qui la reçoivent. Les mécènes privés qui ont récemment «investi» le secteur offrent-ils les mêmes garde-fous?