AboJustice valdo-genevoise«Le journal Vigousse n’a pas respecté les règles élémentaires du journalisme»
Les avocats de Versoix ont dénoncé dans leurs plaidoiries, jeudi au Tribunal civil de Lausanne, un «simulacre d’enquête» à propos d’un article ayant attaqué le secrétaire général. Verdict à l’automne.

«Un simulacre d’enquête», selon Nicolas Capt. Un article «digne du musée de l’horreur du journalisme», ajoute Romain Jordan. Le premier est l’avocat du secrétaire général de la Commune de Versoix. Le second celui de cette Municipalité genevoise. Les deux ont déroulé leur plaidoirie, jeudi après-midi, au Tribunal d’arrondissement de Lausanne, pour demander la condamnation au civil du journal satirique «Vigousse», établi dans le canton de Vaud.
L’affaire remonte à l’automne 2021, quand un article de l’hebdomadaire attaque nominalement le secrétaire général. Il parle de «climat de terreur» et de graves dysfonctionnements au sein de l’administration.
Me Capt rappelle que c’est à l’auteur d’apporter les preuves de ses allégations. Or, «il n’y en a aucune et toutes les accusations sont fausses!» tonne-t-il, en s’attelant à démonter l’article point par point. Selon lui ne demeure que la volonté de faire passer son client comme «le diable. La satire autorise l’exagération, mais pas à se substituer à la fausseté.»
Pour Romain Jordan, la liberté d’expression devient hors de propos quand les bases élémentaires du journalisme ont été bafouées. «Face à la très grave accusation pénale de subornation de témoin, le journaliste s’est contenté d’une seule source au lieu des deux exigées au minimum, relève-t-il. C’est la porte ouverte à tous les règlements de comptes!»
«Un guet-apens»
Le journaliste dit avoir jugé ce témoignage «fort et crédible». Et qu’il était compris parmi ceux, concordants, d’une dizaine de sources. Mais il regrette d’avoir minimisé la portée juridique des termes et les retire. «J’aurais dû parler de pressions.» Son avocate, Aurélie Zogg, explique que les moyens de preuve manquent en raison de la peur des sources, qui les conduit à rester anonymes.
Une ancienne cheffe de service a toutefois expliqué en début d’audience que, face aux immenses difficultés à collaborer avec le secrétaire général, elle a demandé à quitter début 2017 «le travail de sa vie» pour sauvegarder sa santé. Elle évoque par exemple une séance de remise à l’ordre «insoutenable» et vécue «comme un guet-apens».
Mais les avocats de la partie adverse cherchent à décrédibiliser la témoin en raison de son lien familial – indirect – avec Jolanka Tchamkerten, conseillère administrative qui s’est désolidarisée de l’Exécutif communal.
«Les faits décrits dans l’article sont dus au comportement de celui qui occupe le plus haut poste de l’administration.»
L’avocate de Vigousse, Aurélie Zogg, elle, requiert le rejet des plaintes et demandes en réparation, relevant «l’acharnement» juridique des plaignants et leur volonté de censure, eux qui n’ont ni répondu, avant publication de l’article, ni souhaité régler le litige en prenant la parole après coup dans le journal. Ses contradicteurs parlent d’un délai trop court, et uniquement via l’adresse mail générale de la Commune s’agissant du haut fonctionnaire.
Selon Aurélie Zogg, «les faits décrits dans l’article sont dus au comportement de celui qui occupe le plus haut poste de l’administration». Une position qui justifie l’intérêt public de l’exposer aux critiques, «même si une atteinte à son encontre devait être reconnue».
Irascible, le président du tribunal, Pierre Bruttin, manifeste son agacement face à «tout ce cirque». Il transmettra son verdict «d’ici à l’automne».
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