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ÉditorialLe jubilé qui ne fait jubiler personne

Était-ce de guerre lasse? Le dimanche 7 février 1971, après plus d’un siècle de luttes féministes, les hommes suisses finissaient par accorder le droit de vote et d’éligibilité aux femmes de ce pays par 65,7% des voix. Des citoyennes nées du vote des citoyens, comme autant d’Èves sorties de la côte d’Adam: voilà une victoire qui, soit dit en passant, en plus d’être honteusement tardive, sent le patriarcat à plein nez. Mais qui rajoute au mérite de celles qui se sont battues sans relâche pour l’arracher. «Dans tous les autres pays d’Europe, il a suffi d’un vote du parlement pour que le suffrage féminin soit introduit», soupirait en 1951 déjà la suffragette radicale Antoinette Quinche, aux prises avec des constitutions cantonales qui ne pouvaient être modifiées sans l’aval d’une majorité du peuple masculin.

«Réaliser que cela ne fait «que» cinquante ans qu’on vit dans une démocratie digne de ce nom n’a pas de quoi nous faire sauter au plafond.»

Est-ce pour cela qu’on a plus envie aujourd’hui de huer que de jubiler? Comprendre que cela ne fait «que» cinquante ans qu’on vit dans une démocratie digne de ce nom n’a pas de quoi nous faire sauter au plafond. La Suisse restera certes dans l’histoire comme le premier pays au monde où le suffrage féminin fut accordé par les hommes (on a les premières qu’on peut), mais surtout, comme un des derniers à avoir fait le pas — 78 ans après la Nouvelle-Zélande, pionnière en la matière, quarante ans après le Portugal, trente-six ans après l’Inde —, objet de la risée internationale.

Quoi qu’il en soit, une date historique, cela se célèbre. Et c’est ce que 24 heures fait, avec un peu d’avance sur le gâteau, en consacrant toute une série d’articles à cet anniversaire qui, outre la récence de la notion même d’égalité des sexes dans notre société, éclairent le chemin qui reste à parcourir pour qu’elle se mue enfin en réalité.

«Sans ravaler nos saintes colères, il est peut-être temps d’en finir avec les ruminations stériles.»

L’occasion de se souvenir aussi que le Canton de Vaud, que l’on prétend si lent à la détente, avait dit oui au suffrage féminin sur le plan fédéral le 1er février 1959 déjà — aux côtés de Genève et de Neuchâtel —, et fut le premier du pays à accorder le droit de vote aux femmes à l’échelon cantonal et communal lors de ce même scrutin. Là, oui, on applaudit plus volontiers. Sans chauvinisme, bien entendu.

À travers cette opération spéciale, on souhaite d’abord se réjouir, comme Yvette Théraulaz, des pas de géantes qui ont été franchis, ici et ailleurs, dans la lutte contre toutes les formes de discriminations, et saluer cette vague de femmes puissantes qui prennent leur place dans tous les domaines.

Sans ravaler nos saintes colères, il est peut-être temps d’en finir avec le ressentiment. Les ruminations victimaires ne sont pas un moteur; elles nous empêchent, tous genres confondus, de gagner en humanité.

*Retrouver ce week-end et toute la semaine prochaine notre dossier spécial sur les 50 ans du droit de vote des femmes en Suisse*

9 commentaires
    Paul Kartsonis

    Sincèrement, il n'y a pas que quoi jubiler (avec d'inutiles relents féministes, d'accord Joëlle?) pour... avoir accorder le droit de vote aux femmes, il y a 50 ans! L'heure est désormais d'arrêter de se raconter des histoires et de ce se mettre à juger et à évaluer - tout simplement - les personnes, non pas en fonction de leur sexe, mais en fonction de leurs qualités et leurs compétences. Non? Paul Kartsonis