Le LUFF est devenu adulte
Le rendez-vous lausannois des marges cinématographiques et musicales démarre mercredi sa 18e édition. Son fondateur et directeur artistique fait le point sur ce curieux animal.

Qui l'eût cru? Turbulent, potache, provocateur et jubilatoire, le Lausanne Underground Film & Music Festival (LUFF) a passé le cap de la majorité légale. Dix-huit années déjà que le curieux raout de Montbenon, dédié aux cinémas de la marge et aux musiques des extrêmes, charrie son lot de films malpolis, de cinéastes barrés, d'œuvres au militantisme trash ou à la déconnade sanguinolente.
Près de 10'000 spectateurs y sont venus l'an dernier. Le LUFF est-il devenu raisonnable pour autant? Parmi les fondateurs, le directeur artistique Julien Bodivit revient sur une singulière aventure.
Comment résumeriez-vous l'évolution artistique du LUFF?
On est devenu plus pertinents, peut-être plus avant-gardistes. Les films montrés sont un peu plus sérieux, avec moins de provoc pour la provoc, bien que ça nous colle forcément à la peau. Assez vite, on a fait le tour de ce qui nous plaisait. Mais plus on invitait d'artistes, plus on en découvrait d'autres par leur intermédiaire, comme dans une sorte de formation continue qui nous a amenés à creuser d'autres terrains.
Le LUFF a invité de multiples figures cultes du cinéma underground. En espérez-vous encore?
Oui, nous avons encore quelques noms en poche mais je ne vais pas trop m'avancer à ce niveau-là. Typiquement, nous mettons en lumière les films de Barbara Hammer, une réalisatrice phare du mouvement lesbien, hélas décédée en mars dernier. L'hommage qu'on lui rend est lié à sa disparition mais nous avions l'espoir de l'inviter.
Les membres des comités cinéma et musique ont-ils beaucoup varié?
Oui, seul Thibault Walter pour la musique et moi-même pour le cinéma sommes là depuis le départ. Ce qui est intéressant, c'est que beaucoup de jeunes de moins de 30 ans bossent avec nous: ils n'avaient même pas 10 ans quand on a commencé le festival! Ça nous stimule énormément.
Le LUFF a donc un rôle pédagogique?
Il a ouvert des portes, en tout cas. C'est d'ailleurs un truc qu'on nous reprochait au début, dans notre façon de mélanger des films de sales gosses avec des œuvres plus académiques. On nous disait qu'on ne se positionnait pas assez, qu'on faisait trop de melting-pot. Au contraire, les artistes trouvaient ça super de ne pas être cantonnés à leur bulle et à leur public. Je pense que ça a aidé à ouvrir à une plus large audience.
Que diriez-vous au public des «Tuche» et de «Star Wars» pour leur vendre le LUFF?
Que je suis moi-même un amateur de «Star Wars»! (Rire.) Mais qu'il faut s'essayer à toutes sortes de cinémas, même le moins commercial.
Mais la comédie au LUFF, c'est parfois le nanar?
Pas vraiment. C'est compliqué parce que souvent le nanar est un film involontairement ridicule dont on peut facilement se moquer, ce qui n'est pas notre envie quand on programme une œuvre.
Comment le LUFF, qui a toujours défendu la culture queer, vit-il l'irruption dans le débat sociétal de minorités à l'indignation sélective?
L'ambiance a changé, c'est sûr. On doit surtout faire attention quand on propose des films qui ne seraient pas tout à fait en phase avec la morale de certains groupes. On doit être vigilant dans notre façon de présenter ça aujourd'hui, là où ça n'aurait pas posé de problème il y a 15 ans.
C'est lié à la pression des réseaux sociaux?
Non, même pas. Nous n'avons jamais eu de polémique de la part des spectateurs. Il s'agit plus de sensibilités à l'interne, car il est important – surtout quand on s'investit bénévolement – de pouvoir se reconnaître dans la programmation. Par exemple, l'an dernier, nous avions choisi «Adieu Afrique», un film tourné durant la décolonisation et qui montrait des images assez crues qui avaient déplu à certaines personnes du comité. On en a beaucoup discuté en interne et cela a abouti à un débat très enrichissant à l'issue de la projection. Mais ça ne change rien à notre positionnement. On ne s'interdit rien, surtout pas!
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