Bouger, oui. Mais courir… non!

La course n’est pas le seul sport qui vaille pour rester en forme. Au contraire, assure le Dr Bernadette de Gasquet.

D’après le Dr Bernadette de Gasquet, tout le monde n’est pas fait pour courir. Surtout parmi les femmes.

D’après le Dr Bernadette de Gasquet, tout le monde n’est pas fait pour courir. Surtout parmi les femmes. Image: Philip Lee Harvey/Getty

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Courir pour se faire du bien et garder la forme? Certains adorent. D’autres détestent. Ainsi Bernadette de Gasquet. Médecin et professeure de yoga, consciente (et convaincue!) que le sport est bon pour la santé, elle publie «J’aime pas courir», dans lequel elle explique notamment pourquoi la course n’est pas une panacée.

Parallèlement, elle offre aussi une foultitude de conseils pratiques et propose différents types d’activités physiques praticables selon ses aptitudes, goûts ou besoins personnels. Survol en sa compagnie.

On considère volontiers la course comme le sport à pratiquer pour rester en forme. Vous n’êtes pas d’accord. Pourquoi?

À l’âge adulte, la course n’est pas naturelle. À moins de vouloir fuir un danger, rattraper un retard ou pratiquer certains sports particuliers (tennis ou football, par exemple), on n’a pas de raison de courir – surtout quand on n’y trouve aucun plaisir. Pourtant, la Faculté recommande volontiers la pratique régulière de ce sport! Courir est presque devenu une injonction médicale, qui s’est accentuée ces dernières années. Cette espèce de mot d’ordre est d’ailleurs entré dans l’inconscient collectif, lequel est fortement nourri à coups de publicités et de messages plus ou moins subliminaux par les acteurs du marché du running, marques de vêtements et d’accessoires de sport, notamment.

Pourquoi cela s’est-il accentué?

À cause de notre mode de vie! Il y a quelques décennies, on avait moins besoin de se dépenser en allant courir: on marchait plus, les enfants jouaient dehors, il n’était pas question de rester vautré sur un canapé et de regarder la télé pendant des heures, bref, on était bien moins sédentaire. Cela dit, je peux évidemment comprendre qu’après avoir passé 8 à 10 heures assis à son bureau devant un écran, on ait envie de se défouler. Et le moyen le plus simple et le moins cher, c’est en effet la course. Malheureusement, on n’a pas réfléchi aux conséquences possibles!

Quelles sont-elles?

Certains sont faits pour courir, d’autres pas. Dans ce cas, courir implique toutes sortes de problèmes récurrents à plus ou moins long terme, surtout quand on pratique régulièrement: maux de dos, douleurs au niveau du tendon d’Achille, lésions des chevilles et/ou des genoux… Et c’est encore pire pour les femmes!

Pourquoi?

Parce qu’elles sont morphologiquement différentes: les seins parfois lourds, des genoux plus vulnérables à l’amortissement des chocs, une tendance à être cambrée ou un bassin large qui obligent à plus de déhanchement, ce qui sollicite beaucoup le col du fémur. Par ailleurs, elles sont plus souples au niveau des articulations porteuses (hanches, chevilles…), et encore plus particulièrement pendant la grossesse, les suites de couches ou selon le moment où elles en sont de leur cycle menstruel, puisque le taux de certaines hormones a une influence sur la souplesse ligamentaire… ce qui les fragilise. Mais ce n’est pas tout: courir a un impact périnéal!

C’est-à-dire?

Le périnée est l’ensemble de muscles (ndlr: en forme de hamac) qui soutient la vessie, l’utérus et l’intestin au-dessus du vide vaginal. Or, à chaque foulée, il subit des pressions. À force, il se relâche et perd cette fonction de soutien. Ce qui peut provoquer des incontinences urinaires, voire des descentes d’organes.

Les incontinences urinaires qui frappent en effet beaucoup de femmes (environ 60% des sportives de haut niveau) ne retiennent toutefois pas celles qui courent régulièrement pour perdre du poids…

On pense en effet souvent brûler de la graisse en courant. Mais ce n’est pas si simple et c’est un peu illusoire, car ce n’est pas juste de bouger qui fait maigrir. Il faut aussi tenir compte de l’alimentation et du métabolisme. Si on veut perdre du poids, il est donc utile de commencer par faire un bilan nutritionnel. Et si l’idée est plus de «travailler» sa silhouette, on peut le faire sans suer sur une piste de course: certains exercices statiques vont permettre de se muscler et de sculpter son corps très efficacement.

On l’a compris: la course n’est pas forcément recommandable – surtout à haute dose. Mais quelles sont les autres options?

Chacun peut trouver une activité qui lui fait du bien et lui procure un minimum de plaisir. Il y a toutes sortes de moyens accessibles à tout âge, pas forcément onéreux et ne demandant aucune qualité physique particulière, qui permettent de garder un corps équilibré, souple et musclé: marche, vélo, aquagym, pédalo, gym à la maison…

Et si bouger est une contrainte et un pensum?

La danse, le hula-hoop, le ski, le paddle… tous ces sports qui peuvent être complémentaires – et c’est même bien d’en pratiquer plusieurs – ont des placements debout et nécessitent une recherche d’équilibre qu’on peut prendre comme un jeu. Dans les faits, non seulement ils font travailler les muscles mais ont, en plus, l’avantage de ne pas donner l’impression de faire sa gym de manière répétitive: les gens qui n’aiment pas ça se lassent très très vite de faire des séries d’abdos! Cela dit, en parallèle, je recommande aussi de pratiquer chaque jour des exercices de yoga.

Pour quelle raison?

C’est une discipline qui contient toutes les autres et grâce à laquelle on travaille notamment le tonus, la souplesse ou l’équilibre, justement. Par ailleurs, le yoga, qui est aussi une philosophie de vie, nous apprend à adopter les bonnes postures et à avoir les bons placements, ce que l’on pourra ensuite intégrer aussi bien dans la pratique sportive que dans les gestes de la vie quotidienne – comme le ménage, qui fait aussi travailler le corps!

Le ménage?

Passer l’aspirateur, faire les vitres ou nettoyer la baignoire sont des gestes du quotidien qui peuvent également constituer de bons exercices de gym! Mais il faut les faire en étant conscient et présent à ce qu’on fait – et respecter quelques règles posturales pour ne pas se blesser.

Parmi les exercices statiques que vous proposez dans votre livre, il y a celui de «la mobilité imaginaire». De quoi s’agit-il et comment cela se passe-t-il?

Cet exercice suit le principe de la gymnastique sous plâtre, qui évite la fonte musculaire pendant une immobilisation. Cela semble étonnant mais en effet, cela fait beaucoup travailler les muscles si le mouvement est bien placé – et cela a même été expérimenté par la NASA. Concrètement, vous vous mettez, par exemple, sur une chaise, vous vous redressez. Vous vous concentrez bien et vous imaginez que vous soulevez un genou mais en restant immobile et sans rien lâcher ailleurs. Palpez vos cuisses et vos abdos, vous verrez qu’ils sont contractés – même s’il n’y a eu aucun mouvement.

L’avantage de cette technique, c’est qu’elle offre un moyen de bouger sans faire intervenir les articulations, sans avoir à lutter contre le poids des membres ni risquer une mauvaise position. En outre, on peut la pratiquer n’importe où: au bureau, en voiture, sur la plage… Elle démontre qu’il existe de multiples façons de rester souple et tonique.

Créé: 19.02.2020, 13h32

Bouger autrement et efficacement

Tous à l’eau!

Nager, c’est bien. Nager efficacement, c’est encore mieux. Comme le rappelle le médecin, cela passe à la fois par le positionnement dans l’eau et par un bon allongement du corps – deux facteurs que l’on peut améliorer en se gainant.

Comment? En faisant la planche (gainage de base) ou en suivant ce petit exercice conseillé par Frédéric Evrard (kinésithérapeute avec qui collabore Bernadette de Gasquet): muni d’une aide à la flottaison (frite, planche…), mettez-vous debout. Tenez le flotteur en main, bras tendus à la surface. Tout en vous autograndissant, laissez-vous glisser vers l’avant et, une fois sur la pointe des pieds, maintenez. Pour revenir de cette position sans risque de forcer sur le dos, «cassez» simplement au niveau des hanches et des genoux.

Le bureau, vrai studio de gym

Puisque le travail de bureau et la position assise sont le lot de notre société… autant en profiter, note Bernadette de Gasquet: «Grâce à des exercices tout simples, il y a moyen de garder du tonus, de favoriser la digestion et une bonne circulation tout en jouant sur la silhouette.»

Ainsi, pour renforcer les cuisses: «Assis au bord du siège, les mains accrochées au placet au niveau des hanches, penchez-vous en avant en soulevant les fesses jusqu’à ce que le poids bascule sur les pieds. Restez statique dans cette position quelques respirations puis descendez un peu les fesses, sans les poser, restez encore, descendez progressivement par paliers en enlevant l’appui des mains si possible.»

Eh bien, dansez maintenant!

Tango, salsa, disco… pour le Dr de Gasquet, «les danses populaires et conviviales» joignent l’utile à l’agréable. En plus d’être un exercice physique complet que l’on fait par plaisir et «sans y penser», danser favorise la production de myokines – substances qui améliorent notamment le système immunitaire, le sommeil, la digestion ou la régulation de l’appétit.

Autre suggestion du médecin: le hula-hoop – excellent pour se tonifier et affiner la taille en respectant certains placements. En revanche, la danse classique n’a pas ses faveurs: «Même si cela peut apprendre à se tenir droit, les pointes et la respiration bloquée en font une activité qui n’est pas physiologique et maltraite pas mal le corps. La barre au sol est plus intéressante puisqu’elle implique des étirements et des assouplissements.»

Le jardinier cultive son corps

En plus du contact avec la nature – ce qui implique de se mettre à son rythme et de respecter ses contraintes – le jardinage «permet de beaucoup travailler les jambes… du moins quand on le fait bien!» explique Bernadette de Gasquet. Qui insiste: on doit adopter les bonnes postures. Quand on s’accroupit pour effectuer une plantation, par exemple, il faut maintenir le dos droit (et ne surtout pas l’arrondir!), pour se baisser, garder les genoux à demi fléchis et tirer les fesses en arrière: «Quand on se penche, les cuisses sont renforcées, les bras travaillent en décharge quand on est vers l’avant et la nuque peut se détendre si on regarde le sol.»

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