Cinq obstacles empêchent les Verts d’entrer au Conseil fédéral

La vague verte attendue aujourd’hui aux Chambres fédérales aura-t-elle un effet sur la composition du gouvernement? Les écologistes veulent ouvrir le débat. Mais cela s’arrêtera là, du moins pour cette année.

Regula Ritz, présidente des Verts suisses, le répète: en cas de vague verte, ce dimanche aux élections fédérales, la composition du gouvernement doit être rediscutée.

Regula Ritz, présidente des Verts suisses, le répète: en cas de vague verte, ce dimanche aux élections fédérales, la composition du gouvernement doit être rediscutée. Image: Jean-Christophe Bott/Keystone

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Ce soir, les Verts pourraient devenir la quatrième force politique du pays. S’ils dépassent le PDC, ils seraient en position de revendiquer un siège au Conseil fédéral. Mais le veulent-ils vraiment?

«Notre priorité est de nous renforcer au parlement. C’est là que se fait la politique climatique de la Suisse. Maintenant, si nous connaissons une croissance très forte, nous devrons parler avec les autres partis de la composition du Conseil fédéral et nous poser la question: «Qu’attendent les citoyens?» répond Regula Rytz, présidente du Parti écologiste.

Dans cette candidature de combat, les Verts pourraient-ils compter sur les Vert’libéraux, l’autre vainqueur attendu? «Il n’y a aucun plan secret d’alliance, répond Jürg Grossen, leur président. Mais dès le résultat connu, il faudra se demander s’il est normal que le PLR, qui devrait représenter quelque 15% des électeurs, dispose de 30% des voix au Conseil fédéral? Dans la même logique, est-il acceptable que les Vert’libéraux, les Verts et le PBD, qui rassembleront sans doute 20% de l’électorat, n’y soient pas représentés? Je ne dis pas qu’il faut éjecter un ministre, mais il faut aborder ouvertement ces questions.»

À Berne, la nervosité monte. Si le Parti écologiste n’a pas encore arrêté de revendications claires, c’est aussi parce qu’il est conscient de l’ampleur du défi. «Il faut voir si l’énergie que requiert une candidature est bien placée aujourd’hui ou s’il faut préférer un autre combat, sur le plan des mesures et des idées», confirme la vice-présidente des Verts, Lisa Mazzone. La calculette va chauffer jusqu’au renouvellement du gouvernement en décembre. Un écologiste entrera-t-il au Conseil fédéral en 2019? Si le scénario semble prématuré, c’est précisément pour ces cinq raisons suivantes.

1) Ça brise la formule magique

La fameuse formule magique veut que les quatre plus importants partis de Suisse se partagent les sièges au sein du gouvernement. Deux fauteuils pour les trois plus grands (UDC, PLR et PS), un pour le dernier (PDC). Les Verts n’en font pas mystère: s’ils se lancent dans la conquête du gouvernement, c’est pour briser cette logique. Ils veulent un gouvernement qui représente mieux les voix exprimées lors des élections fédérales.

Ils estiment qu’avec 9% à 10% des voix, ils obtiendraient plus que la moitié des voix du PLR et auraient ainsi droit à l’un de leurs deux sièges au gouvernement. Concrètement, ils visent le fauteuil d’Ignazio Cassis. Et donc pas celui du PDC.

Une raison principale à cela: «Les Verts suisses savent bien que cela ne fera pas davantage avancer leurs dossiers s’ils visent notre fauteuil. Ils ont besoin du PDC», estime Charles Juillard, vice-président des démocrates-chrétiens. Mais prôner une révolution de palais en Suisse, c’est ambitieux. Les critiques disent aussi aux Verts – aux performances électorales en dents de scie – qu’ils doivent tenir sur la durée, avant de revendiquer quoi que ce soit.

2) On sacrifie le Tessin

Les italophones ont attendu dix-huit ans avant leur retour au Conseil fédéral. Faut-il à nouveau les bouter hors du gouvernement? En menaçant le siège d’Ignazio Cassis, les Verts prennent le risque de braquer le sud des Alpes, qui s’estime déjà oublié du reste de la Suisse.

«Les noms évoqués du côté des écologistes pour accéder au collège sont tous alémaniques, rappelle une source PLR. Or je ne pense pas qu’une majorité du parlement soit prête à sacrifier le Tessin.» Alors qu’on murmure qu’Ignazio Cassis – dont les positions font hurler la gauche, et parfois le centre – sonde ses chances de réélection, le fait d’être italophone reste sa meilleure arme.

3) Les Verts sont des faux frères

Entre Verts et Vert’libéraux, ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. À part sur les questions environnementales et sociétales, il n’y a pas d’alliance programmatique possible. Les Vert’libéraux veulent porter l’enveloppe pour des avions de combat à 8 milliards, alors que les Verts sont farouchement contre cet achat.

Les premiers votent avec la droite sur les questions économiques, alors que les seconds suivent le PS. Sur l’accord-cadre avec l’UE aussi, les divergences sont colossales, entre un Parti vert’libéral qui milite pour une signature sans concession, et des Verts qui ne lâcheront rien sur la protection des salaires. Difficile, voire impossible de prétendre les allier pour une candidature au gouvernement.

«On ne peut pas simplement additionner nos deux scores. Nos partis sont différents», rappelle Lisa Mazzone. D’ailleurs quand on demande à Isabelle Chevalley (PVL/VD), si elle pourrait soutenir un Vert au Conseil fédéral, sa réponse fuse: «Même si tout est une question de personnalité, pour l’heure, ils sont trop à gauche.»

4) Les «caïds» n’en veulent pas

Bien sûr, dimanche soir, les présidents des principaux partis du pays vont jouer les gentils et se dire prêts à aborder la question de la représentativité du Conseil fédéral. Mais personne n’est dupe. Aucun d’entre eux n’a intérêt à placer un Vert. Pour l’UDC et le PLR, directement visés, c’est clair comme de l’eau de roche. Le PDC se mettrait lui-même en difficulté s’il attaquait le siège d’un autre.

À la question: «Seriez-vous prêts à soutenir un Vert à la place d’Ignazio Cassis?» Charles Juillard répond: «À ce stade, c’est de la science-fiction!» Reste le Parti socialiste. Pour avoir le début d’une chance, l’offensive verte doit être portée par les cousins rouges. Mais sous les apparentements, couve une certaine guerre des tranchées.

«Ils devraient trouver un intérêt à avoir un conseiller fédéral Vert. Mais ils ont passé leur campagne à nous attaquer plutôt qu’à attaquer la droite. C’est même devenu une obsession chez certains membres de la présidence du PS», souligne un élu Vert, qui souhaite garder l’anonymat. La dernière fois que les Verts, au plus haut de leur forme, ont revendiqué un siège PLR au gouvernement, c’était en 2010. Le PS avait alors rapidement laissé tomber l’écologiste Birgit Wyss pour élire le PLR Johann Schneider- Ammann.

5) Le timing est mauvais

Pour les Verts, les choses auraient été plus simples si un siège était à prendre lors de l’élection du Conseil fédéral de décembre. «Nous sommes critiques par rapport à ce qui s’est passé l’an dernier, avec le renouvellement de deux membres du Conseil fédéral. Le fair-play vis-à-vis des électrices et des électeurs aurait voulu que le PLR et le PDC attendent les élections fédérales. Maintenant, nous avons deux nouvelles ministres fraîchement arrivées. Mais nous en discuterons seulement quand le résultat des élections sera connu», reconnaît Regula Rytz.

Selon Lisa Mazzone, cette «tactique a eu pour conséquence de verrouiller les choses.» C’est aussi la raison pour laquelle le PDC se montre si serein: sa populaire ministre Viola Amherd, portée sur les questions environnementales, ne risque rien. En revanche, les Verts pourraient redonner de la voix si Ueli Maurer part en cours de législature. Le temps pour eux de profiler des candidats, car ils manquent aujourd’hui. Le plus en vue, le Bernois Bernhard Pulver, a vu sa cote baisser, quand il a renoncé à se porter candidat au Conseil des États.


Le rétropédalage de certains partis gouvernementaux sur le siège écologiste

Céline Amaudruz, Conseillère nationale (GE) et vice-présidente de l’UDC

AVANT (6 MARS 2019)

«Je suis pour respecter la formule magique. Le quatrième parti a droit à un siège. Mais de là à penser que les Verts dépassent le PDC, il y a un pas que je ne franchirai pas.»

APRÈS (16 OCTOBRE 2019)

«Je pense toujours qu’il faut respecter la formule magique. Mais attendons de voir le score des Verts au National et aux États. D’ici là cette question n’est pas pertinente.»

DÉCRYPTAGE

C’est en exigeant un respect à la lettre de la formule magique que l’UDC a obtenu son deuxième siège au Conseil fédéral. Mais aujourd’hui, le parti n’aurait aucun intérêt à faire remplacer un allié bourgeois – PDC – par un Vert, dont la politique en matière d’économie ou de défense est à l’opposé des positions UDC.


Christian Lüscher, Conseiller national (GE) et vice-président du PLR

AVANT (6 MARS 2019)

«S’ils dépassent le PDC, alors les Verts ont droit à un siège. Mais je ne crois pas une seule seconde à ce scénario. La Suisse est un pays de centre droit. Et la population n’est pas près de changer.»

APRÈS (16 OCTOBRE 2019)

«Les Verts ne respectent pas les institutions en voulant casser la formule magique, cela montre leur incapacité à intégrer le collège. Leur positionnement à la gauche du PS déséquilibrerait le gouvernement.»

DÉCRYPTAGE

Les Verts ont très vite laissé entendre que c’est le fauteuil du PLR Ignazio Cassis qu’ils pourraient revendiquer. Logique selon eux: si les deux partis de droite ne sont plus majoritaires au parlement, ils ne doivent plus l’être au gouvernement. Attaqué frontalement, le PLR montre les dents.


Ada Marra, Conseillère nationale (VD) et vice-présidente du PS

AVANT (6 MARS 2019)

«Nous serions enchantés d’avoir un conseiller fédéral écologiste qui siège avec nos deux représentants. Et je préférerais qu’il prenne la place d’un deuxième UDC.»

APRÈS (16 OCTOBRE 2019)

«Il s’agissait en mars de mon avis personnel, que j’assume pleinement. Ce point n’a pas été abordé au sein de la présidence du PS. D’ici au résultat des élections, toute discussion est prématurée.»

DÉCRYPTAGE

Les socialistes voient les Verts d’un bon œil tant qu’ils leur servent de porteurs d’eau, mais s’en méfient dès qu’ils commencent à leur faire de l’ombre. Appuyer les revendications écologistes, c’est prendre le risque, pour le PS, de devoir leur céder un de leurs deux fauteuils de ministres, surtout s’ils progressent à leur détriment.


Filippo Lombardi, Conseiller aux États (TI) et président du groupe PDC

AVANT (6 MARS 2019)

«Je suis convaincu que le PDC sera devant les Verts lors du scrutin fatidique. Nous sommes la première force aux États, or un groupe parlementaire se compose des élus des deux Chambres.»

APRÈS (16 OCTOBRE 2019)

«Je reste convaincu que le PDC sera devant les Verts, que ce soit en nombre de sièges au National et aux États. J’espère aussi que nous serons devant en pourcentage, même si c’est de quelques poussières.»

DÉCRYPTAGE

Le PDC devrait avoir peur, or il est plus serein aujourd’hui qu’hier. Les Verts n’ont aucun intérêt à attaquer Viola Amherd. Les autres partis gouvernementaux non plus, car son maintien est le garant de la composition actuelle du collège, où ils ont leurs deux fauteuils assurés.

Créé: 19.10.2019, 22h23

Les dossiers que la vague verte influencera

Même vainqueurs des élections fédérales, ce dimanche, les écologistes devront collaborer avec d’autres pour trouver des majorités. On pense en particulier au PDC et au PS. Un Conseil national de centre gauche, sur fond vert, cela aurait des impacts sur plusieurs lois.

- Climat et environnement

Le premier test sérieux aura lieu cet hiver, lorsque le Conseil national empoignera la loi sur le CO2. Hausse du prix de l’essence et du diesel, taxe sur les billets d’avion: verdie, la Chambre du peuple sera sans doute tentée de muscler encore le projet adopté par les États. Si elle alourdit trop la barque, le vote populaire risque de la ramener sur terre.

De manière générale, les Verts plaideront pour une politique climatique plus ambitieuse. Autre exemple, l’importation de denrées produites dans des conditions désastreuses pour l’environnement pourrait en prendre un sérieux coup. Les accords de libre-échange, particulièrement avec les pays du Mercosur, seront très disputés.

- Agriculture

«Il faut rendre notre agriculture plus verte», annonce Regula Rytz, présidente du Parti écologiste suisse. Quand on parlera des pesticides dans l’agriculture, de préservation des sols ou de qualité de l’eau – plusieurs initiatives populaires sont sur la table – la nouvelle majorité pourrait imposer ses vues au ministre Guy Parmelin.

- Congé parental et mariage pour tous

Verts et Vert’libéraux ont ce point commun qu’ils sont progressistes sur les questions de société. Dès cet hiver, le mariage pour tous et la PMA pour les couples de femmes homosexuelles seront sur la table. Les majorités actuelles pourraient aussi évoluer sur la question du congé parental et sur l’égalité.

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