Comment faire face au confinement? Suivez le guide

Personne mieux que les marins ne sait comment vivre seul et longtemps dans un espace limité. Leur expérience nous apprend qu’il est possible de résister au confinement, et même d’en sortir intelligent.

Alan Roura a passé des mois, seul, dans ce petit habitacle. Il recommande l’expérience à tout le monde.

Alan Roura a passé des mois, seul, dans ce petit habitacle. Il recommande l’expérience à tout le monde. Image: Vincent Curutchet/DPPI/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’autre jour, Dominique Wavre a fait des provisions de nourriture dans la perspective peu réjouissante de devoir passer plusieurs jours, voire semaines, dans un espace restreint. Comme il a déjà fait plusieurs fois le tour du monde en bateau, ça lui a rappelé des souvenirs, forcément.

«Avec ma compagne Michèle ( ndlr: Paret, elle aussi navigatrice ), on s’est dit qu’on était un peu comme deux marins avant la Barcelona World Race, amenés à cohabiter seuls avec quelques réserves.»

Le navigateur genevois, confiné à Nice depuis le début de la crise sanitaire, sait comment faire pour maintenir le cap dans le contexte particulier d’un isolement. Il espère juste que ce sera un peu moins long que la course au départ de Barcelone, qu’il a bouclée en 98 jours avec son épouse en 2008.

De fait, chacun espère reprendre le cours normal de son existence au plus vite, mais comment faire d’ici là? Comment appréhender ce long voyage en soi-même quand les éléments soudain se déchaînent et que tout tangue, le boulot, la vie de famille, les projets de voyage ou de mariage? Comment devenir fort quand on n’a jamais semblé aussi faible, grand quand on se découvre soudain si petit?

«L’être humain peut s’adapter»

Ces questions, tous les marins se les sont déjà posées. Certains les ont même résolues. «Survivre au confinement, ce n’est pas très compliqué», rassure Stève Ravussin, que l’on sent d’humeur badine avec, en fond sonore, le concert des oiseaux sur sa terrasse. Le Vaudois vient de traverser l’Atlantique et il se veut rassurant: «L’être humain peut très bien s’adapter à beaucoup de situations.»

La plus douloureuse confronte l’Homme à un grand vide, un sentiment d’inutilité, une impression de ne plus exister. On appelle cela la solitude. Isabelle Autissier, quatre tours du monde à la voile, l’a adoptée, puis apprivoisée. Son témoignage de 2008 dans «La Croix», juste avant le départ du Vendée Globe (tour du monde sans escale et sans assistance), traduit le défi de millions de gens douze ans plus tard.

«Il va falloir trouver une forme d’équilibre personnel, une confiance en soi et surtout un plaisir à être là, tout seul dans un monde peu accueillant.» La navigatrice française évoquait ensuite la «lente osmose d’un être humain avec son environnement». Dans le contexte actuel: son foyer coupé du monde.

Divorce à l’horizon

L’histoire d’amour avec son quatre-pièces et demi commence par une bonne entente avec soi-même, «ce qui ne se travaille pas, prévient Dominique Wavre. C’est une qualité de patience qu’il faut avoir, doublée d’un peu d’imagination». Alan Roura, 105 jours seul en mer dans le Vendée Globe 2016-2017, est plus nuancé. «Je dirais que c’est une habitude à prendre, mais c’est du boulot.» Les plus persévérants sont récompensés.

«Quand je suis seul en mer, je le vois comme une chance, avoue Valentin Gautier. C’est une belle opportunité d’être un peu déconnecté de ce monde qui tourne toujours plus vite.» Certains en redemandent. Stève Ravussin, goguenard: «La situation actuelle ne me pèse pas. Il faudrait encore que le wi-fi s’éteigne, puis la télévision et les ordinateurs. Peut-être qu’après ça, les gens réfléchiraient à la vie normale, au fait qu’on doive revenir un peu en arrière, et à des solutions plus durables pour la planète.»

Cette réconciliation avec les fondamentaux se fait mieux seul que mal accompagné, nous a appris cette semaine la Chine. Plusieurs villes du pays ont enregistré une hausse drastique de demandes de divorces sitôt la quarantaine levée.

Un effet qui trouble Dominique Wavre, habitué à faire équipe avec sa compagne durant de longues semaines en mer. «A priori, quand on choisit de faire vie commune, c’est qu’on s’entend bien, non?» interroge-t-il, avant d’oser un conseil qui, espère-t-il, gonflera les voiles des mariages menacés: «Il suffit de ne pas modifier son comportement. Et puis, cette période peut aussi renforcer des liens!»

De la discipline, comme sur le bateau

Le Genevois Valentin Gautier a vécu dix-huit jours dans le même espace réduit que son coéquipier Simon Koster, lors de la Transat Jacques Vabre en 2019. «Si tout s’est très bien passé, c’est parce que nous avions la même volonté de réussir, nous avions choisi d’être confinés ensemble et assurions chacun des rôles divers sur le bateau», dit-il, ce qui, dans la vie de tous les jours, peut se résumer par ces trois injonctions: partager le même objectif de vie, bien choisir son/sa partenaire et assurer le partage des tâches.

Ensuite, il s’agit de trouver un équilibre dans une période de vie qui s’étire, se dilate, à mesure que les jours sans rendez-vous ni interactions sociales se succèdent. Tout avance au ralenti, comme un bateau sur une mer d’huile. «À bord, on est dans un rythme parallèle qui est semblable à ce qu’on vit avec la pandémie», constate Valentin Gautier. «C’est comme si tout s’était arrêté», observe Alan Roura.

Pour que le feu reprenne, Dominique Wavre recommande d’«envisager le temps un peu différemment. Il faut aussi être assez discipliné, comme sur le bateau, en dormant par exemple quand on est fatigué.»

«En profiter pour se mignonner»

Surtout, voir plus loin que le bout de son balcon. En mer, il n’y a jamais que le ciel et l’eau; à la maison, tout se répète avec le même degré de banalité, voire de lassitude, les fenêtres s’ouvrant sur le même ornement que la veille, que l’avant-veille, et ainsi de suite. Mais puisqu’un livre «est une fenêtre par laquelle on s’évade» (Julien Green), «pourquoi ne pas en profiter pour lire tous ceux qui sont dans sa bibliothèque?» (Michel Desjoyaux).

Bernard Stamm est en convaincu: «Les gens oublient de faire plein de trucs car leur vie est d’ordinaire imposée par le travail. Moi, j’aurais de quoi m’occuper les cent prochaines années à la maison, car j’ai pas mal de terrains à entretenir. Mais je pourrais aussi ne rien faire, ça ne m’empêcherait pas de partir.»

Aux hyperactifs, Stève Ravussin recommande «bricolage, poterie et cuisine». Valentin Gautier «un peu de sport à la maison. Cela peut être des étirements. On en fait souvent sur le bateau, après de longs moments passés dans des situations inconfortables. Ceux qui sont restés plusieurs heures devant leur poste de télévision peuvent très bien s’adonner à ce genre d’exercice.»

Bernard Stamm encourage lui aussi à travailler sa souplesse, mais dans d’autres positions: «Ceux qui sont en manque de loisirs peuvent en profiter pour se «mignonner» un peu! ( Il rit ). Comme ça, on aura un beau pic de naissances en décembre!»

Créé: 21.03.2020, 22h58

Articles en relation

La vie reprend à Pékin après des semaines de confinement

Chine Alors que l’Europe s’enfonce dans la crise, la Chine assure que le pic de l’épidémie est passé et offre son expertise au reste de la planète. Plus...

Pas de confinement, mais 42 milliards contre la crise

Suisse Le Conseil fédéral a décidé d'interdire les rassemblements de plus de 5 personnes, amendes à la clé. Il va injecter 32 milliards supplémentaires pour soutenir l'économie. Plus...

Ces personnes âgées qui bravent le confinement

Coronavirus Nombreuses sont les personnes de plus de 65 ans qui se promènent en dépit des recommandations. Le beau temps et l’ennui les poussent à désobéir. Plus...

Toute la Californie placée en confinement

Coronavirus Quelque 40 millions de Californiens sont placés en confinement à partir de jeudi soir, pour lutter contre la propagation du Covid-19. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.