Comment la Suisse gère la crise sanitaire du coronavirus

Le coronavirus suscite des interrogations infinies. Quel est le degré de préparation de la Suisse face à la menace? Comment agiraient nos hôpitaux si une épidémie survenait? Tour d’horizon.

Les Hôpitaux universitaires genevois disposent de chambres d’isolement avec contrôle de la pression atmosphérique.

Les Hôpitaux universitaires genevois disposent de chambres d’isolement avec contrôle de la pression atmosphérique. Image: Julien Gregorio/HUG

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Isolement, quarantaine… des mots anxiogènes. Concrètement, quelles sont les règles? Où placerait-on les cas suspects ou avérés? Dans notre pays, c’est le fédéralisme qui commande. En cas de crise sanitaire, les médecins cantonaux sont aux manettes. Ils obéissent aux directives édictées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Sur sol genevois, en cas de propagation du virus, les Hôpitaux universitaires (HUG) ont un plan, assure le porte-parole, Nicolas de Saussure.

«Nous pouvons hospitaliser un nombre limité de personnes (huit au moins) avec une extension pour huit autres patients. À Genève, on dispose aussi de chambres à pression négative pour isoler les malades. Si nécessaire (un éventuel afflux en nombre), deux unités de soins de 24 lits chacune peuvent être dévolues à des patients porteurs. Et trois autres pourraient être équipées rapidement.»

L’Hôpital de Sion possède aussi quatre chambres d’isolement à haute sécurité, un endroit où la pression de l’air est contrôlée (en comparaison, le plus grand hôpital de Hongkong en a 21). «Pour l’heure, nous appliquons un principe de précaution maximaliste, explique l’infectiologue valaisan Nicolas Troillet. Lorsque nous sommes face à un cas suspect, il y a une marche à suivre stricte. La personne concernée porte un masque et est mise à l’isolement en attente les résultats du dépistage. Et l’OFSP est informé.»

Concernant la quarantaine, la plupart des cantons préconisent, à ce stade, un isolement à domicile. Éric Masserey, médecin cantonal adjoint dans le canton de Vaud, est de cet avis: «Le domicile reste le lieu le plus adapté tant que la personne ne nécessite pas de soins.» Et si elle en a besoin? «Il n’est pas forcément nécessaire de mettre un tel patient dans une chambre à pression élevée. Une chambre seule ou plusieurs malades dans la même chambre, cela peut convenir.»

Dans le canton de Fribourg, l’adjointe du médecin cantonal, Stéphanie Boichat Burdy, assure être prête à «la conduite en cas d’événement extraordinaire et de crise sanitaire». L’hôpital fribourgeois nous confirme qu’en cas d’afflux massif de patients, c’est le plan pandémique cantonal qui s’appliquerait, «un nombre de cas limité pouvant être pris en charge dans l’établissement».

Dans les plus petits cantons, la situation est similaire, comme à Neuchâtel, où le médecin cantonal, Claude-François Robert, s’est récemment déclaré «prêt» dans la presse locale. Même cas de figure à l’Hôpital du Jura, qui suit le protocole fédéral et informe qu’il dispose de salles privatives d’isolement avec un sas d’entrée «comme pour une grippe classique». L’H-JU préconisera, dans la mesure du possible, des isolements à domicile, en coordination avec le médecin cantonal jurassien.

Une gestion de crise nationale

Si le virus se développait, Daniel Koch, chef de la division des maladies transmissibles à l’OFSP, deviendrait le grand patron de la crise. En l’état, c’est déjà lui qui décide et les cantons exécutent. L’urgence nationale n’a pourtant pas été décrétée.

«Nous nous préparons et nous sommes prêts. Chez nous, ce n’est pas encore considéré comme une épidémie. Même si on avait un cas déclaré, ce serait un cas isolé. Il ne faut pas spéculer. Nous communiquons tous les jours avec les cantons, rassure Daniel Koch, pour qu’il n’y ait pas 26 manières différentes de réagir. Sur la question de l’isolement ou de la quarantaine, ils sont responsables. De toute manière, les malades doivent être soignés.»

Et comment gère-t-on une quarantaine? «Imaginez: une famille éloignée d’une ville pourrait très bien rester à la maison. En milieu urbain, c’est différent. Et nous nous retrouverions dans une autre situation si un grand groupe devait être confiné durant quatorze jours. Ce serait faux d’édicter une seule et unique règle pour toute la Suisse.» L’option des abris de la protection civile est-elle envisageable? «Plutôt non! Les gens auraient peur de se retrouver sous terre, privés de la lumière du jour. Il faut réfléchir au bien-être des personnes pour avoir leur collaboration si elles sont atteintes. Avec la peur, elles pourraient être tentées de se cacher.»

Rappelons qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, sur les 170 cas suspects analysés en Suisse, aucune infection au coronavirus n’a été détectée.

Informations sur le coronavirus auprès de l’OFSP: 058 463 00 00 (tous les jours de 8 à 18 h).

Créé: 09.02.2020, 17h08

Un état-major suisse est sur le pied de guerre pour gérer le coronavirus

Les Suisses ne le savent peut-être pas: un état-major fédéral de la protection de la population veille sans relâche depuis trois ans. Lors des cas complexes, il a pour charge, entre autres questions de sécurité, de prendre soin de la santé publique.

André Duvillard, ancien commandant de la police cantonale neuchâteloise, fait partie de cette cellule de crise. Il est le délégué de la Confédération et des cantons pour le Réseau national de sécurité. Contacté, il explique que cette cellule spéciale se penche actuellement sur une possible épidémie.

«Il y a deux semaines, nous avons eu une première séance. Tous les partenaires, de l’Office fédéral de la santé publique au centre de crise des Affaires étrangères, étaient autour de la table. Il s’agit d’avoir des informations de première main pour délivrer un message précis aux cantons et à la population.»

Le pays a beaucoup appris des dernières crises sanitaires mondiales: H1N1, SRAS, Ebola. Des exercices nationaux ont eu lieu il y a cinq ans. Des scénarios catastrophe sont-ils dans les tiroirs de l’État?

«Nous avons appris de chacune de ces crises de santé publique ces dernières années. Lors de la grippe aviaire de 2009, il y avait un vrai manque de coordination. Sur le coronavirus, nous anticipons, et des mesures préalables ont été prises.»

Cela n’empêche pas André Duvillard de dormir sur les deux oreilles: «De ma perspective, il y a une confiance à avoir dans le système. Les cantons et les hôpitaux mènent des réflexions adaptées. Si l’on devait transposer en Suisse ce qui se passe en Chine, on serait proportionnellement à une dizaine de cas.»

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