De tous bords, les élus s’unissent pour lutter contre les insultes

La motion déposée par la socialiste Ada Marra a été cosignée par 34 parlementaires, de tous les horizons. Céline Amaudruz et Jacqueline de Quattro expliquent cette solidarité.

La motion de la socialiste Ada Mara (au centre) a fait mouche auprès de politiciennes comme Jacqueline de Quattro (PLR) ou Céline Amaudruz (UDC).

La motion de la socialiste Ada Mara (au centre) a fait mouche auprès de politiciennes comme Jacqueline de Quattro (PLR) ou Céline Amaudruz (UDC). Image: Patrick Martin/Yvain Genevay/Georges Cabrera

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Il s’agit de convenir qu’elles font partie de celles qui ont, en matière d’insultes, «pris cher» ces dernières années. Ada Marra et, par exemple, son combat pour la naturalisation facilitée. Céline Amaudruz pour ses positions UDC parfois clivantes. Jacqueline de Quattro parce que la fin de son mandat de treize années passées au sein du Conseil d’État vaudois a été émaillée de quelques affaires et d’un pamphlet «au sujet duquel elle n’entend plus dire un seul mot lui faisant publicité».

Mais si 34 parlementaires au total ont cosigné la motion d’Ada Marra déposée lors de la dernière session du Parlement, hommes comme femmes, de la gauche à la droite, produisant un rare effet d’union sacrée, c’est qu’elle touche un nerf: «On nous dit que les politiciens doivent avoir le cuir solide, savoir encaisser», explique la PLR vaudois Jacqueline de Quattro.

«C’est vrai, dans une certaine mesure. Et si nous ne sommes pas au-dessus des lois, il n’y a aucune raison que nous nous retrouvions carrément en dessous: or c’est bien ce qui se passe avec les insultes, menaces, le harcèlement dont les politiciennes et politiciens sont parfois l’objet.»

Le texte demande l’instauration d’une «task force», destinée à «préparer les dénonciations possibles pour les menaces et insultes reçues par les parlementaires dans le cadre de leur fonction, que cela soit par voie postale ou électronique». Car, explique Céline Amaudruz, la lâcheté reste sœur de l’insulte: «Ces dernières années, l’anonymat des réseaux a provoqué une explosion. De tout temps, les politiciens ont pu être invectivés, ou ont reçu des courriers de mécontents. Ça n’avait rien à voir avec la violence actuelle, où n’importe quel énervement peut se transformer en bordée d’insultes en ligne en quelques instants. On nous injurie pour nos positions, mais aussi de manière brutalement sexiste, c’est lourd à porter.»

Dans les soutiens au texte d’Ada Marra, on trouve des socialistes, des Verts (la Vaudoise Léonore Porchet, la Genevoise Stefania Prezioso Batou, etc.), mais aussi des PDC (la Fribourgeoise Christine Bulliard-Marbach), des radicaux et aussi des hommes (le PLR valaisan Philippe Nantermod, le socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard), etc. Cet attelage transcendant genres et partis sera-t-il une des marques de la législature? «Ce n’est pas sûr», soupire Céline Amaudruz.

«Cela ne fonctionne que dans un sens. Quand une bonne idée vient de la gauche, des députés à droite sont prêts à la soutenir. À l’inverse, non: si un texte est proposé par la droite, le dogmatisme est tel chez les socialistes et les Verts qu’ils ne le signeront jamais.» La vice-présidente de l’UDC Suisse est circonspecte face à l’avenir de la motion Marra: «34 signatures, ce n’est pas encore une majorité, les rapports de force au parlement sont ce qu’ils sont.»

Jacqueline de Quattro est plus optimiste. «Ce texte à sa chance.» Comment ensuite le mettre en œuvre? «Les réseaux sociaux sont des réseaux commerciaux. S’ils collectent nos données pour les revendre, ou nous envoyer de la publicité ciblée, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas les obliger à dénoncer les internautes dont les propos tombent sous le coup du Code pénal.»

La motion d’Ada Marra résonne en tout cas avec des préoccupations au-delà de nos frontières: au Québec, Christine Labrie, députée de gauche, a déposé une plainte et dénoncé au parlement le même type de harcèlement. Nathalie Roy, ministre de la Culture et de la Communication, a demandé au gouvernement de légiférer sur le thème. La solidarité des politiques, notamment des femmes, face aux insultes sur les réseaux, est en passe de devenir internationale.

Créé: 28.12.2019, 22h38

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