Des locataires lausannois vivent un cauchemar

Ils logent dans un immeuble qui «risque de s’effondrer», selon le gérant qui a étayé les lieux. Les victimes contestent.

Depuis un mois, Yvette et sa fille vivent au milieu de 30 pièces d'étais dans leur appartement du quartier de Grancy en sous-gare de Lausanne.

Depuis un mois, Yvette et sa fille vivent au milieu de 30 pièces d'étais dans leur appartement du quartier de Grancy en sous-gare de Lausanne. Image: Yvain Genevay

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Le conflit qui dure depuis dix ans a connu un regain de tension à la fin de l’année dernière. Le 13 décembre, le gérant Philippe Guyot a adressé, via son avocat, un courrier menaçant les locataires de deux de ses immeubles à Lausanne. Il écrit que les deux bâtiments contigus doivent être «évacués immédiatement», à cause d’un «risque d’effondrement majeur». Les planchers qui datent des années 1930 ne répondent plus aux normes modernes.

Les bâtiment contigus sont situés juste sous la gare de Lausanne, aux numéros 44 et 46 du Boulevard de Grancy.

Les locataires avouent avoir eu un léger malaise à la lecture de la lettre. Mais après en avoir parlé avec leur avocat, Jean-Claude Perroud, et des experts en ingénierie, ils sont persuadés que cette injonction est une nouvelle tentative de leur gérant de vider l’immeuble, pour le rénover et louer plus cher. L’adresse est située dans le quartier sous-gare qui se gentrifie. «Cela fait dix ans qu’il veut nous expulser», explique Shefki. Il fait partie des cinq dernières familles qui résistent.

Shefki vit et travaille dans l'immeuble. A l'étage, il habite avec sa famille. Au rez-de-chaussée, il gère la laverie automatique.

Personne ne part, malgré la menace. Le 17 décembre, quatre jours après son courrier, Philippe Guyot – qui est aussi l’architecte des lieux – envoie ses ouvriers étayer le site. «Ils ont sonné à l’aube. Le chef de chantier m’a expliqué que nous n’étions plus en sécurité, qu’il fallait renforcer la structure de mon domicile», raconte Yvette, qui se laisse faire. La retraitée et sa fille vivent depuis un mois au milieu de 30 étais dans son cinq-pièces. «Au début, nous devions faire attention à ne pas s’encoubler. Nous nous sommes vite habituées», poursuit Yvette.

Les ouvriers ont aussi étayé le salon de l'appartement de Yvette et sa fille

«Il y en a aussi dans la cuisine. Les soutiens ont été placés de manière à ne pas gêner l'ouverture de la porte du four», explique Yvette.

Les ouvriers tentent d’étayer ailleurs. Ils parviennent à en placer trois dans la laverie automatique du rez-de-chaussée qui est ouverte au public. «Ils avaient commencé la pose sans mon autorisation. Dès que j’ai été informé, je leur ai demandé d’arrêter», poursuit Shefki, qui est aussi le patron du commerce. Les hommes de Philippe Guyot sonnent ensuite à la porte des autres logements. Mais, prévenus par leur avocat, les locataires refusent.

Le patron Shefki explique que les poteaux gênent les clients. «Heureusement, il n'y en a que cinq», explique-t-il.

Un mois après, l’immeuble est toujours debout. Me Perroud s’insurge: «Ces menaces d’effondrement sont graves. Elles ne peuvent être lancées à la légère.» Il a demandé des explications à la commune de Lausanne qui est allée sur place. Contactée par «Le Matin Dimanche», Maryam Ben Ahmed-Rappaz, porte-parole de la Direction de l’architecture, rapporte: «Nous ne pouvons pas confirmer que l’immeuble «menace de s’effondrer. La réalité du risque invoquée par le bailleur doit être évaluée.» Il est autorisé à appliquer les mesures de sécurisation provisoires qu’il propose.

La communicante rappelle que c’est le propriétaire de l’ouvrage qui assure la sécurité. Philippe Guyot dit en avoir conscience. «Si nous n’avions rien dit, on nous aurait traités d’assassin. La commune n’a pas voulu en prendre la responsabilité. Nous, oui», explique le gérant architecte, qui est aussi le père des propriétaires.

Le risque d’effondrement a été découvert «par hasard», raconte le maître des lieux. À l’occasion de travaux importants effectués dans un des immeubles, il a commandé une analyse de la capacité portante des planchers. Contacté, l’expert mandaté, Synaxis, confirme que les normes à l’époque étaient différentes. Ces sols construits dans l’entre-deux-guerres peuvent supporter de 60 à 90 kilos au m2, au lieu des 200 prescrits actuellement. Il conclut qu’une «intervention est nécessaire et obligatoire afin de procéder à des renforcements». En aucun cas, il ne propose l’évacuation.

L'échafaudage indique que des travaux importants ont déjà commencé dans un des deux immeubles.

Bruno Giacomini est ingénieur conseil à Lutry (VD). Il ne connaît pas ce dossier spécifique. Le spécialiste rappelle, en revanche, que si cet immeuble existe depuis 89 ans et qu’il ne présente pas de défaut de conception et aucun signe de dégradation, la structure reste sûre. Même si les normes sont devenues plus contraignantes avec le temps. Autrement, il faudrait évacuer le 80% des constructions de cette époque.

Me Perroud abonde. L’expert qu’il a mandaté doit se prononcer dans ce sens la semaine prochaine. «Nous espérons justifier ainsi le retrait des étais», explique le défenseur. La commune, elle, dit suivre de près le dossier. Elle a demandé des compléments d’information sur les travaux en cours qui ont fait apparaître des problèmes de statique.

Créé: 11.01.2020, 22h31

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