Elle veut rester dans l’immeuble de la Servette

Parmi les cas difficiles des relogés de la Servette, il y a Sonia Lavoisier, 79 ans, qui y vit depuis 1974. Elle ne partira pas si facilement.

Sonia Lavoisier fait de la résistance.

Sonia Lavoisier fait de la résistance. Image: Thierry Parel

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Sonia Lavoisier résiste depuis dix jours à l’appel à évacuer l’immeuble genevois qui menace de s’écrouler. Il faut dire qu’elle a passé une grande partie de sa vie dans son logement de la rue de la Servette. Cela fait depuis 1974 qu’elle y vit. «Je me suis mariée et j’ai eu mes deux enfants dans cet appartement, témoigne la retraitée. J’y suis resté plus de temps qu’au Brésil, d’où je viens.»

Aujourd’hui âgée de 79 ans, elle refuse de partir pour rejoindre le studio que lui ont proposé les propriétaires. Elle préfère son 5,5 pièces de la Servette. «Leur solution ne me convient pas. Je préfère rester. En attendant autre chose, je suis en danger», sourit Sonia.

Vendredi soir, lors de la séance d’information organisée par l’Asloca et à laquelle ont pris part les représentants des propriétaires, elle a assailli les responsables de questions. Ils présentaient l’accord qui prévoit des aides financières aux évacués. Sa principale préoccupation est de retrouver un logement dans lequel elle se sentira bien et qui pourra entreposer un maximum de ses meubles. «Je suis tellement bien dans mon appartement. Je regarde les offres mais c’est trop cher ou ça ne me convient pas», regrette Sonia. Elle admet toutefois qu’elle ne pourra pas retrouver un logement de la même taille. «Je sais qu’il est trop grand pour moi toute seule, je vais sans doute avoir un trois-pièces», concède-t-elle.

La fringante retraitée connaît tout le monde dans l’immeuble. La réunion était aussi une occasion de retrouver ses voisins qui ont été éparpillés par le relogement en urgence. Alors elle espère encore pouvoir retourner dans le bâtiment lorsque celui-ci aura été rénové. Les bailleurs reconnaissent pourtant ne pas encore savoir s’il pourra être sauvé ou si une démolition sera nécessaire. «En partant, je laisserai beaucoup de souvenirs derrière moi. J’aimerais beaucoup pouvoir y revenir, même si ce n’est pas dans le même appartement», songe Sonia.

Elle a peur pour sa fille

Elle n’est pas la seule à se trouver dans une situation compliquée. Maria Alfaya tenait aussi beaucoup à l’immeuble de la Servette. Sur les 45 ans qu’elle y a vécu, elle en a été la concierge durant 33 années. À 61 ans, sa vie a basculé le 2 octobre quand les propriétaires ont demandé l’évacuation. Elle a dû quitter son appartement, son quartier et ses voisins. «On a reçu un seau d’eau froide sur la tête», rapporte la locataire. Maria s’attend à perdre de l’argent et du confort. «Nous payons 1410 fr. par mois pour notre 5,5 pièces. Nous ne retrouverons jamais ça à Genève», songe-t-elle, réaliste.

Avec son mari et sa fille, ils ont accepté le relogement, même s’il est difficile. La petite famille a été déplacée provisoirement aux Pâquis. La maman a fait part de ses craintes à Me Christian Lüscher, avocat du propriétaire La Foncière. «Ma fille sort le soir, j’ai peur qu’elle se fasse attaquer. Il y a de la violence, des morts», craint Maria. Après la réunion, elle admettait être plus habituée à son quartier de toujours. «Je ne dors pas quand ma fille n’est pas à la maison alors que je n’ai jamais eu peur à la Servette, assure la retraitée. Je pouvais sortir mon chien à 2 heures du matin.»

Du côté des Hipolito, le relogement relève du casse-tête. Ils étaient six à habiter leur 5,5 pièces. Une solution provisoire a dû être trouvée: les diviser en deux appartements. «Il n’y avait que deux chambres dans le premier, contre trois à la Servette, rapporte Henri. Cela n’allait pas car nous ne sommes pas des enfants, nous avons besoin d’intimité.» Le jeune homme vit avec ses deux frères, ses parents et sa tante. Ils ont donc finalement pu avoir un deuxième logement, dans le même immeuble, en face du premier. «Nous avons accepté car ils sont à côté. Sinon, nous aurions refusé. Nous n’avons jamais été séparés. C’est très étrange pour nous», explique Henri.

La fratrie Hipolito cumule les ennuis. Le frère d’Henri travaillait dans le McDonald’s qui était situé dans le même immeuble. L’évacuation le prive donc aussi de son emploi. «Il ne peut plus travailler mais il a passé un entretien d’embauche pour un autre McDonald’s», rapporte Henri. Ce dernier a lui aussi perdu son job. Son employeur a refusé qu’il prenne des jours de congé pour aider au déménagement. «Comme nous sommes une famille nombreuse, nous avons été obligés de prendre les devants et nous avons commencé à faire les cartons. Je ne pouvais pas faire autrement», assure le jeune homme.

Créé: 13.10.2019, 18h06

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