«J’espère que le soleil prendra le pas sur l’ombre»

Après le constat d’une Fête des Vignerons lourdement déficitaire, l’abbé-président et la Confrérie entendent prendre «toutes leurs responsabilités».

François Margot, abbé-président de la Confrérie des Vignerons, n’exclut pas l’idée de faire appel au public pour combler en partie le déficit de la Fête des Vignerons. Image: Valentin Flauraud/Keystone

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Cinq semaines après la fin de cette Fête qui laisse le souvenir d’un spectacle éblouissant, l’abbé-président de la Confrérie a dû aller à Canossa, admettant un déficit de l’ordre de 16 millions de francs, résultant surtout d’un manque de recettes. François Margot, 66 ans, apparaît affable toujours, mais harassé aussi. La dernière Fête des Vignerons déficitaire datait de 1865. Le choc est financier et historique, son ampleur pouvant vider la Confrérie de ses fonds propres. Comment en est-on arrivé là?

François Margot, craignez-vous que le déficit obère le souvenir du spectacle 2019?

Bien sûr. J’aimerais que les gens se souviennent d’abord du couronnement, des couleurs de la Fête. Mais cette situation est une part d’ombre dans un rayon de soleil. J’espère que le soleil prendra le pas sur l’ombre.

Beaucoup s’interrogent sur la façon dont vous êtes arrivés à cela. On ne trouve pas de chef des finances, mais une commission: est-ce que cela n’a pas généré une dilution, un flou dans la gestion?

La Fête, c’est un système de milice, et cette commission avait à sa tête le directeur exécutif. Ces deux dernières années, il y a eu parfois des logiques d’urgence, des dépenses qui en amènent d’autres. C’est un poncif, mais je crois pouvoir dire que nonobstant ce qu’on entend ou ce qu’on lit, le contrôle a été tout à fait présent, constant, durant toute la Fête. Je suis obligé de me répéter, ce qui nous met dans cette fâcheuse position, ce n’est pas tellement les dépenses: le dépassement est par exemple dû à des charges de personnel technique plus importantes que prévu pour gérer les cinq scènes des arènes. Les chiffres sont en cours d’affinage, mais nous devrions être plus proches de 105 millions de francs que de 110. Ce fut surtout la billetterie pour les représentations de jour qui a posé problème.

16 millions de francs de déficit environ: un montant par rapport au budget, 100 millions, auquel cas il faudrait ajouter les dépassements, ou le différentiel entre charges réelles et recettes réelles?

Je suis terriblement ennuyé concernant la discussion sur les chiffres exacts, certaines factures demeurant ouvertes. Vous parlez d’un ordre de grandeur. Et le concernant, c’est votre deuxième raisonnement qui est le bon: celui du différentiel entre l’ensemble des recettes et dépenses réelles.

Un budget à 100 millions, vous obligeant à vendre entre 85 à 90% des billets, n’était-ce pas une folie des grandeurs?

Nous avons pris un risque d’entrepreneur, avec une certaine foi dans le projet que nous souhaitions proposer au public. C’était notre risque.

Avec une marge aussi infime?

Si l’inquiétude est venue, c’est relativement tard. Les premières réservations se sont bien déroulées. Et nombre de professionnels aiment à dire que le public d’aujourd’hui se détermine à la dernière minute. Alors nous n’avons été interpellés par la difficulté de vendre nos billets de jour qu’à partir du mois de juillet. Mais subsistait cette espérance en des achats dans les ultimes moments. La précision de difficultés de recettes ne s’est donc manifestée clairement que pendant l’événement, pas tellement avant. Vous pouvez supputer, mais constamment les professionnels disaient que c’était normal. Il était à ce stade bien difficile de réagir, au moment où l’issue défavorable de l’entreprise était avérée.

Daniele Finzi Pasca, c’était trop cher?

Pas du tout. Si Daniele Finzi Pasca est l’homme qui aime à rêver ces spectacles, il est aussi d’une extrême loyauté sur le plan économique. Il ne faut pas lui imputer aujourd’hui une influence sur cette problématique financière. Il a été traité de manière similaire aux autres, avec une part plus importante: il est le créateur principal. Au long du projet, c’est une discussion, une négociation constante avec tous les créateurs. Je vous prie de croire qu’il y a certains éléments qu’il aurait aimé voir se réaliser et que nous n’avons pas retenus. Parce qu’on ne s’entendait pas sur leur pertinence, ou que c’était trop cher. Cela s’est passé en parfaite entente.

Vous avez dit explorer toutes les pistes, à commencer par celle du «resserrement de facturation»: cela concernera les factures encore ouvertes ou l’ensemble de vos partenaires, y compris ceux déjà payés?

Nous allons entrer en contact avec tout le monde. Même si c’est un peu naïf, il s’agira de faire appel à de la solidarité. Comme vous dites, nous avons eu des «partenaires», durant cette aventure: ce mot veut dire quelque chose. L’idée n’est pourtant pas de discuter chaque petite facture, plutôt de voir ce qu’il est possible de faire avec les entreprises nous ayant accompagnés longtemps, avec lesquelles nous avons un lien.

La Confrérie engagera aussi ses fonds?

Oui, et j’aimerais dire ici que la Confrérie des Vignerons entend dans cette affaire prendre, dans la mesure de ses moyens financiers, toutes ses responsabilités. Nous n’avons pas la possibilité de régler tout entièrement, mais je vous rappelle que si nous sortons de cette aventure, la Confrérie aura abandonné une grosse partie de sa fortune. C’est une forme de contrition importante, d’abandonner nos actifs, représentant une dizaine de millions, dans cette opération. Ce n’est pas agréable.

Vous parlez aussi de «fundraising», et vous caressez le «crowdfunding».

Le premier mot concerne les contacts que nous pouvons prendre auprès de mécènes et de partenaires. La seconde idée est de faire appel au public: nous avons reçu beaucoup de témoignages émouvants et encourageants dans ce sens. Cette Fête a démontré qu’elle faisait partie de l’ADN de cette région. Un mouvement d’enthousiasme collectif a été suscité par nous. Mais il a eu sa propre vie.

Et l’appel aux fonds publics?

Nous pouvons discuter avec les autorités locales de la facturation de leurs prestations. Elles sont aussi l’un de nos partenaires. Mais faire appel à une subvention publique en plus, ce n’est pas notre priorité, et cela nous semble très illusoire a posteriori.

Est-ce une révolution mentale, pour la Confrérie réputée protestante, de devoir pour cause de déficit parler de son argent?

Je ne crois pas qu’il y ait lieu de considérer que c’est une révolution de la part de cette société que de se montrer transparente. Je rappelle que vous pouvez sur le site de la Confrérie voir les comptes qui sont présentés sur deux ans. Ils sont publics. Cette société n’est pas une société qui cultive le secret malgré la réputation que vous lui faites.

Quel est votre sentiment personnel, François Margot?

Je dors difficilement, ayant des pensées récurrentes sur les difficultés de la situation. Mais je n’aimerais pas faire une réponse trop individualiste. J’apprécie assez l’expression «servir et disparaître». En ce sens-là, on est un chaînon, comme abbé-président, et l’on espère juste en être digne. Je rêve ainsi qu’on dise de cette Fête qu’elle a connu l’adhésion parce qu’elle était remarquablement belle, et qu’elle a connu des difficultés économiques qui ont manqué de mettre à mal la vie de la Confrérie. Mais que celle-ci a réussi à trouver une solution. Et qu’elle s’est réinventée ensuite.

Créé: 21.09.2019, 23h00

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