L’EPFL transforme le camion en véhicule qui ne pollue presque plus

François Maréchal, chercheur de l’EPFL, a breveté un concept qui permet de capter 90% des émissions de CO2 des poids lourds. Il peut être commercialisé en quatre ans.

Image: Philippe Forney

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On peut transformer les camions en véhicules qui ne polluent quasi plus. Et on peut le faire vite. Le concept, détaillé dans l’infographie ci-dessus, consiste à capturer le gaz carbonique (CO2) à la sortie du pot d’échappement des poids lourds, là où le gaz est le plus concentré, pour le transformer en liquide et le stocker à bord du véhicule. Il a été breveté juste avant Noël par François Maréchal, qui dirige le groupe Ingénierie des procédés et des systèmes énergétiques de l’EPFL.

Pour afficher l'infographie en version agrandie, cliquez ici.

Le chercheur a imaginé qu’à chaque passage à la station-service, le chauffeur du poids lourd de demain ne se contentera plus de faire le plein de diesel, il fera également le vide. À charge pour lui de déverser dans un réservoir du garage le CO2 liquéfié qu’il a produit en roulant et qu’il aura conservé dans un réservoir ad hoc.

«Ce système permettra de réduire de 90% les émissions de CO2 des camions dans l’atmosphère», explique François Maréchal, qui l’a imaginé avec ses collègues. Il a d’autres avantages. «Il peut être facilement installé sur les véhicules existants, parce qu’il tient dans une boîte de 2 m x 0,9 x 1,2 m, que l’on peut placer sur la cabine du conducteur. Après, il faut juste ajouter un réservoir pour stocker le CO2 sous forme liquide.»

Autre atout de ce système, il peut être mis en place rapidement. «Pour y arriver, il faut changer deux choses: produire le kit qui sera installé sur les camions, afin de recueillir le C02, et adapter les stations-services, comme la chaîne logistique de gestion du gaz carbonique», précise François Maréchal.

Nombreuses sollicitations

Plusieurs solutions s’offrent au chercheur au moment de produire son kit. «On peut développer la technologie avec une start-up et un prototype qui montre l’efficacité du concept, comme on le fait souvent à l’EPFL. On peut aussi convaincre un «Elon Musk» et suivre le modèle Tesla en investissant des millions dans la conception des usines qui vont produire cette technologie de manière industrielle. Enfin, on peut vendre le brevet et laisser faire un gros acteur industriel, qui se chargera du développement et de la fabrication en série.» Selon le scénario choisi, le concept peut devenir une réalité en quelques années. «Dans le cas d’une voiture, il faut quatre ans entre le moment où elle est dessinée au crayon dans un bureau et le moment où elle sort de l’usine d’un grand fabricant d’automobiles», rappelle François Maréchal.

Depuis le dépôt du brevet, en décembre 2019, le chercheur a été contacté par de nombreux acteurs de différents pays. «Nous avons échangé avec des spécialistes de l’ajout d’équipements sur les poids lourds, mais aussi avec des propriétaires de flottes de camions ou de bateaux, qui veulent réduire leurs émissions de CO2. Et aussi avec des investisseurs. Tout dépendra de la stratégie que nous allons choisir pour entrer dans le milieu de l’automobile. C’est une chaîne où sont reliés des fabricants de camions, qui se fournissent chez des équipementiers, qui achètent chez de plus petits acteurs. À ce stade, on peut imaginer de très nombreux scénarios pour pénétrer ce business.»

Ça semble trop beau et trop simple pour être vrai? Il reste quand même quelques défis à relever. À commencer par le développement des deux outils indispensables dans cette opération: les absorbants qui vont recueillir le gaz carbonique sur les camions, et les turbocompresseurs à haute vitesse, qui sont nécessaires pour comprimer le CO2 et le transformer en liquide concentré. «Ces deux technologies existent, et ce sont deux technologies de l’EPFL, ce qui fait de moi un assembleur de technologies», sourit François Maréchal. Les absorbants à CO2 ont été développés par une voisine du chercheur, Wendy Queen, qui est elle aussi basée à Energypolis à Sion. Et les turbocompresseurs à haute vitesse ont été conçus par Jürg Schiffmann, sur le site neuchâtelois de l’EPFL.

Reste à choisir quelle utilisation sera faite du CO2 qui peut être récupéré de la sorte. Une première possibilité consiste à l’enfouir dans le sol, un peu comme si on remettait dans les profondeurs de la Terre le pétrole qui en a été extrait pour devenir le carburant de nos automobiles.

L’autre possibilité, c’est d’utiliser ce CO2 liquide pour fabriquer un carburant recyclable. «On peut l’amener dans une raffinerie, et l’utiliser pour produire par électrolyse des hydrocarbures, et donc des carburants diesels. On peut aussi ajouter une installation plus petite, à côté des stations-services, qui transformerait le CO2 en diesel sur place. C’est imaginable, parce que, déjà aujour d’hui, quand les stations-services vendent du gaz, elles sont équipées de compresseurs à gaz.»

Là encore, l’option choisie déterminera les changements qu’il faudra enfin apporter aux stations-services de demain, la dernière étape avant de transformer ce concept en réalité.

Créé: 21.02.2020, 19h03

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.