Le Centre patronal vaudois bat en retraite devant Orllati

Un cadre avait jugé suspecte l’expansion du groupe en Suisse romande. Il a été écarté. Aujourd’hui, son directeur le désavoue publiquement.

Avni Orllati, propriétaire de l’entreprise éponyme. L’irrésistible marche en avant de son groupe continue de faire des vagues.

Avni Orllati, propriétaire de l’entreprise éponyme. L’irrésistible marche en avant de son groupe continue de faire des vagues. Image: Darrin Vanselow

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L’irrésistible marche en avant du groupe Orllati continue de faire des vagues dans le secteur romand de la construction. Un cadre du Centre patronal vaudois vient d’être publiquement désavoué par son directeur après avoir critiqué l’expansion de la société fondée par une famille d’origine kosovare.

Le cadre en question, Jean-Luc Pirlot, était intervenu le 14 octobre dernier dans l’émission «Mise au Point» de la RTS, pour dénoncer l’insolent succès d’Orllati et sa capacité à engranger marché sur marché au détriment de ses concurrents.

«Comment une entreprise qui est partie de rien, s’interrogeait-il, a-t-elle réussi à grimper aussi haut aussi vite? On ne comprend pas. On ne comprend pas comment Orllati a réussi à avoir un tel parc immobilier, à faire de tels investissements et à dégager encore de tels bénéfices. […] Comment est-il possible d’obtenir des marchés à des tarifs inférieurs tout en dégageant des marges supérieures, si l’on en croit les résultats extraordinaires que fait l’entreprise Orllati?»

Jean-Luc Pirlot mettait aussi en doute l’objectivité de l’Administration cantonale, qui aurait favorisé le groupe basé à Bioley-Orjulaz (VD) au détriment de ses concurrents. Ce cadre du Centre patronal s’exprimait à l’époque en tant que secrétaire de l’Association vaudoise des graviers et des déchets (AVGD), dont sont membres Orllati et plusieurs de ses concurrents.

Réputé plutôt chatouilleux quant à sa réputation, le groupe Orllati a réagi à ces propos en interpellant le Centre patronal, employeur de Jean-Luc Pirlot. «En évoquant ses doutes et ses soupçons face aux caméras de la RTS, il s’est non seulement montré déloyal à l’égard de l’un des membres de son association, mais il a alimenté une rumeur dénuée de tout fondement, dénonce Véronique Chaignat, directrice de la communication d’Orllati. Nous sommes aussitôt intervenus auprès du Centre patronal pour que des mesures fermes et immédiates soient prises à son encontre.»

Le résultat de ces protestations ne s’est pas fait attendre. Le 15 novembre, les membres de l’AVGD, pour l’essentiel des exploitants de carrières, cimentiers ou transporteurs, apprenaient que Jean-Luc Pirlot quittait ses fonctions de secrétaire de l’association. Officiellement à cause de la «réattribution de certains mandats et d’une réorganisation de portefeuilles tenant compte de l’évolution de la charge de travail des uns et des autres». Mais il s’agissait bien d’une mise à l’écart, comme le confirme Christophe Reymond, directeur général du Centre patronal: «J’ai tout de suite vu que l’intervention de Jean-Luc Pirlot à «Mise au Point» était problématique. Il n’est pas normal ni souhaitable qu’une association prenne position sur la marche des affaires d’une entreprise en particulier.»

Christophe Reymond précise avoir pris cette décision «dans l’intérêt de la personne et de l’institution». En d’autres termes, pour calmer le jeu et éviter l’escalade avec le groupe Orllati, qui peut encore déposer une plainte pénale contre Jean-Luc Pirlot. Ce dernier n’a plus de mandats dans le secteur de la construction, mais reste employé du Centre patronal, où il représente notamment des associations de garagistes, carrossiers et transporteurs routiers.

Cet épisode démontre le pouvoir croissant du groupe Orllati, à mesure qu’il taille des croupières à ses concurrents en Suisse romande. Mais aussi les résistances tenaces que suscite son expansion. En 2017, le promoteur immobilier Bernard Nicod et certains de ses alliés avaient tenté de lui mettre des bâtons dans les roues en dénonçant de prétendues infractions environnementales dans le Gros-de-Vaud. En mars dernier, des membres de l’AVGD, emmenés par Jean-Luc Pirlot, étaient allés voir la conseillère d’État Jacqueline de Quattro pour s’inquiéter d’un soi-disant traitement de faveur de l’administration vaudoise au profit du groupe Orllati.

Un reproche totalement contesté par le Département du territoire et de l’environnement que dirige Jacqueline de Quattro. Mais qui s’explique par les liens historiques entre la conseillère d’État et le groupe Orllati. En 2017, Jacqueline de Quattro avait inauguré le projet de Tour des Cèdres, porté par Orllati en association, à l’époque, avec Bernard Nicod. Et le communicant Marc Comina, qui avait piloté sa première campagne pour le Conseil d’État en 2007, travaille aujourd’hui pour Orllati.

Créé: 12.01.2019, 23h01

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