Le réchauffement rend les cabanes moins accessibles

Le Club alpin suisse, propriétaire de 153 cabanes dans tout le pays, s’inquiète de l’effet du réchauffement climatique sur l’accès et la stabilité de ses refuges.

Pour atteindre le refuge ultra moderne du Mont-Rose au-dessus de Zermatt, l’itinéraire qui traverse un glacier a dû être complètement modifié l’été dernier.

Pour atteindre le refuge ultra moderne du Mont-Rose au-dessus de Zermatt, l’itinéraire qui traverse un glacier a dû être complètement modifié l’été dernier. Image: Martin Ruetschi/Keystone

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En cette saison, les amateurs de ski de randonnée auraient dû commencer à s’entasser dans les dortoirs d’une grande partie des 153 cabanes du Club alpin suisse (CAS) qui s’apprêtaient à ouvrir pour la saison de printemps. Mais le coronavirus est passé par là et le CAS a recommandé aux refuges de fermer leurs portes depuis lundi dernier. Les sections locales sont responsables d’appliquer ces recommandations.

Un sacré coup dur pour les gardiens qui comptaient sur l’hiver pour faire une bonne saison. Car s’ils espèrent rouvrir l’été prochain, d’autres difficultés se multiplient sous l’effet d’un autre problème majeur: le réchauffement climatique.

Derrière les chiffres record de fréquentation de l’an passé se cache de fait une réalité beaucoup plus préoccupante. Au point que dans le dernier numéro de la revue du club, le coresponsable des cabanes et géologue Hans-Rudolf Keusen parle d’un véritable «péril sur les cabanes.» Dans l’Oberland bernois, pour la seule année 2019, il a fallu dynamiter des pans de parois qui menaçaient la Läntahütte et constater que la Mutthornhütte est entourée d’éboulements, du fait du recul du glacier qui fragilise la roche.

«Les accès changent trop vite»

Les exemples pleuvent. On bâtit des passerelles, on rallonge des échelles et on construit même des escaliers sur les glaciers, comme à la cabane du Lauteraar. Contacté, Hans-Rudolf Keusen nous l’affirme: «La tendance était perceptible mais jamais on ne pensait que ça irait si vite. Lors des cinq dernières années, tout s’est accéléré.»

Pour certains, c’est la soupe à la grimace. Joint début mars, Jean-Michel Bournissen était en plein préparatifs à la cabane des Vignettes, au-dessus d’Arolla (VS). L’été passé, les mouvements du glacier ont rendu l’accès à son refuge très difficile. Il a perdu 15% de ses clients, une chute qu’il attribue directement à cela. En place depuis dix-huit ans, il reste philosophe. «La montagne change vite, et il faudra s’adapter, comme on l’a toujours fait. On réfléchit à une solution qui n’empruntera plus le glacier.»

Non loin de là, au pied de la Dent-Blanche, le bivouac du col du même nom est resté fermé l’été dernier. Plusieurs milliers de mètres cubes de roche menacent de s’effondrer juste à l’arrière du refuge et, du fait du recul du glacier, l’itinéraire qui conduit au bivouac est désormais très exposé aux chutes de pierres.

Surveillance accrue

Souvent présentée comme un symbole, la cabane de Bertol est accrochée à son rocher tel un nid d’aigle qu’on atteint par des échelles. Forcément, la question se pose: est-elle sur un rocher qui s’effrite du fait du dégel du permafrost? Heureusement non, mais la situation est prise très au sérieux.

«Nous la surveillons grâce à des capteurs et, pour l’instant, c’est stable. Par contre, nous avons régulièrement dû rallonger les échelles cette année. Pour la première fois l’an dernier, elles étaient directement sur la roche, il n’y avait plus de neige», détaille Jean-Marc Schouller, préposé à la cabane.

Les refuges plus récents et plus modernes n’échappent pas à la règle. Rénovée en 2010, la nouvelle cabane futuriste du Mont-Rose, dans la région de Zermatt (VS), attire un grand nombre d’alpinistes mais aussi des randonneurs curieux. Or pour s’y rendre, il faut traverser un glacier. Et celui-ci a tellement reculé qu’il a fallu revoir tout l’itinéraire l’été dernier.

«On devait remettre en place les balises toutes les semaines, elles s’écroulaient. On espère avoir trouvé un itinéraire qui tiendra plus longtemps. Mais cela dépendra de la succession des étés chauds», indique Philippe Chanton, président de la section qui possède la cabane.

Important enjeu financier

Hans-Rudolf Keusen l’assène: «Depuis 2008, on a investi 54 millions dans la rénovation des cabanes mais seulement 1,5 million dans la protection contre les dangers naturels. Ce n’est pas une critique, juste le constat que la rapidité du changement était imprévisible.»

Car aujourd’hui, la sécurisation des refuges et de leurs accès est un enjeu financier important. Et le Club alpin, qui compose avec des moyens limités, doit trouver des solutions avec les collectivités publiques à qui appartiennent les chemins.

Et en la matière, c’est un peu le flou artistique. «On voit de tout, reconnaît Philippe Chanton. Souvent, on trouve des solutions et parfois, c’est plus compliqué. Il y a même des itinéraires qui ont disparu des cartes officielles pour qu’ils ne soient plus considérés comme des chemins publics.»

Vu la tendance du réchauffement climatique, ces débats deviendront récurrents. Pour Hans-Rudolf Keusen, si la question ne se pose pas encore aujourd’hui, l’éventualité d’abandonner certains refuges à plus long terme n’est plus taboue.

Créé: 21.03.2020, 22h57

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