Les cadres fédéraux ont des montagnes de jours à reprendre

Un fonctionnaire fédéral a cumulé plus de 130 jours de congé. Le Conseil fédéral est-il trop laxiste avec ses cadres?

Ueli Maurer n’est pas satisfait de cette situation qui représente une dette pour la Confédération.

Ueli Maurer n’est pas satisfait de cette situation qui représente une dette pour la Confédération. Image: Walter Bieri/Keystone

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La question n’est pas taboue à Berne mais presque. Elle plonge en tout cas dans l’embarras les différents services de l’Administration fédérale qui ont des vapeurs quand on leur demande des chiffres précis sur le phénomène. De quoi parle-t-on? Des jours de congé et de vacances qui sont accumulés comme des noisettes par les hauts fonctionnaires fédéraux. Notamment ceux qui gagnent entre 20'000 et 30'000 francs par mois.

Alors que, dans le privé, on vous met sous pression dès que vous avez un stock de 5 ou 10 jours de congé à transférer sur l’année suivante, et on vous force à écluser rapidement ce dépassement sous peine de perdre vos jours, la Confédération se montre nettement plus coulante. À la fin de l’année 2019, les hauts fonctionnaires disposaient d’un stock moyen de 23,3 jours à reprendre en 2020. Soit le double de la moyenne globale de tous les employés.

La situation n’est pas aussi rose

Certains grands serviteurs de l’État cumulent parfois plusieurs mois de vacances en retard et cela pendant des années. Le champion toutes catégories 2019? Nous l’avons déniché au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Il s’agit d’un chef de mission qui cumule 137 jours de vacances en retard. Soit plus de six mois. Le Conseil fédéral, comme chaque année, a consulté récemment un rapport sur cette montagne de congés. Le document est confidentiel. Pourtant, à en croire son porte-parole, André Simonazzi, il n’y a rien de particulier à signaler. «Le stock des jours de congé à reprendre recule. Il y a une nette amélioration par rapport au passé.»

Selon nos informations, la situation n’est pas aussi rose. Le stock global de jours à reprendre dépasse toujours les 5000, et le nombre de personnes concernées a augmenté. Le ministre des Finances, Ueli Maurer, ne serait pas satisfait. Ce stock représente une dette et il peut amener l’État à devoir passer à la caisse quand le collaborateur quitte l’administration. Voilà pourquoi l’Office fédéral du personnel conseille aux Départements de planifier un désto­ckage dès 20 jours de dépassement. Et recommande d’examiner une réorganisation en cas de débordement chronique.

«Certains s’imaginent indispensables»

Quel département abuse des jours de congé? Sans conteste le DFAE. Il y a une explication rationnelle à cela. Les transferts des chefs de mission ont lieu tous les quatre ans. Ce tournus empêche parfois la prise de vacances pour pouvoir occuper le plus rapidement possible son nouveau poste. Et dans les petites missions, il est parfois difficile de prendre ses jours, surtout si la situation est tendue.

Le DFAE estime néanmoins que la situation s’améliore nettement. «Depuis 2016, les congés en retard se sont réduits de 33% pour les très hauts cadres et de 16% pour les chefs de mission gagnant moins de 20 000 francs par mois», déclare le porte-parole Pierre-Alain Eltschinger. On murmure que le secrétaire d’État Balzaretti a accumulé un stock de plus de 40 jours en raison du dossier épineux européen. «Pas de commentaire sur les personnes», répond en substance le DFAE.

Selon des gens qui connaissent bien l’Administration fédérale, il y a malheureusement aussi de moins bonnes raisons de cumuler les jours de congé. «Certains hauts fonctionnaires se font une gloriole de passer pour des bourreaux de travail. Ils s’imaginent indispensables et peinent à déléguer.» Et puis il y a aussi ceux qui trichent un peu au DFAE. Comme ils sont loin du contrôle de la centrale, ils se mettent des jours à reprendre excessivement généreux, déclarent quelques jours de maladie dans des périodes de vacances, etc.

Selon un connaisseur du département, la direction est souvent bonne pâte malgré ses professions de foi de fermeté. Sauf si elle a une tête de Turc. Alors là, elle peut se montrer impitoyable envers certains alors que d’autres se révèlent intouchables.

Un autre département, celui de la Sécurité, compte également beaucoup de jours de congé surnuméraires pour ses officiers d’état-major. En temps de paix, c’est plutôt étonnant. Le Département militaire ne nous a pas rappelés pour fournir une explication.

Créé: 22.02.2020, 22h30

Record

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C’est le nombre de jours à reprendre accumulés par un chef de mission aux Affaires étrangères.

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