Les futures «stars» du hockey chinois s'entraînent en Suisse

L’entraîneur Köbi Kölliker forme une quarantaine de joueurs pour les JO 2022 à Pékin. Le chemin est encore long... Reportage.

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Jingfan Zhou traverse péniblement la patinoire de Zuchwil dans sa combinaison violette. Le freinage de la traductrice chinoise est hésitant lorsqu’elle arrive à hauteur de Köbi Kölliker. L’entraîneur biennois explique un exercice à ses joueurs devant les buts. «Continuez de patiner et ensuite vous tirez!» martèle en anglais l’ancien bras droit de Ralph Krueger à la tête de l’équipe suisse. La traduction en chinois prend un moment, puis les hockeyeurs se mettent en place en hochant la tête. Comme presque tous les matins depuis septembre, une quarantaine de jeunes Chinois répètent leurs gammes dans la banlieue de Soleure. Ces hockeyeurs, âgés de 18 à 23 ans, font partie d’un programme de l’Empire du Milieu en vue des JO 2022 de Pékin. Deux contingents ont ainsi atterri cet automne dans le nord de la Suisse.

«Au début, j’ai dû leur expliquer comment se tenir debout sur la glace ou patiner en arrière» Köbi Kölliker, entraîneur

La première équipe est composée de débutants, anciens joueurs de hockey inline ou sur gazon. «Je n’avais aucune idée de leur niveau à leur arrivée, se souvient Köbi Kölliker dans la minuscule infirmerie, transformée en bureau.»

Visiblement, ses élèves ont fait des progrès. Le slapshot et la conduite du puck sont au programme de la session du jour. «Leur volonté d’apprendre m’a impressionné, poursuit l’ancien défenseur star du HC Bienne dans les années 70 et 80. Les premières semaines, ils applaudissaient à la fin de chaque leçon théorique. Désormais, ils ne le font plus. La communication est notre plus grand défi. Au final, on s’en sort, mais c’est plus compliqué quand on entre dans les détails.»

Un budget «top secret»
Les JO 2022 ne sont pas un objectif pour ces apprentis hockeyeurs. «Ils auront surtout un rôle d’ambassadeur une fois de retour dans leurs provinces, précise Xiong Zheng, ancien patineur de vitesse qui chapeaute l’équipe durant son séjour suisse. Ce genre de stages nous permet de progresser rapidement, de rattraper le retard qui nous sépare des meilleurs. Bientôt, des Chinois pourront jouer dans les plus grands clubs du monde.» La Chine a mis les moyens pour s’imprégner de cette culture hockeyistique. Des programmes similaires existent en Finlande et en République tchèque. Le chantier est pharaonique. L’Empire du Milieu compte à pleine plus de 500 licenciés – vingt fois moins qu’en Suisse – alors que le pays affiche 1,4 milliard d’habitants. La Fédération suisse (SIHF) compte bien se tailler une part du gâteau. «Le budget? C’est top secret», balaie Jingfan Zhou derrière un sourire poli. Un observateur attentif nous a glissé le chiffre de 1,5 million de francs pour ces six mois d’entraînement à Zuchwil. Une somme que la SIHF refuse de commenter, nous renvoyant vers la Fédération chinoise.

Il faut dire que la logistique est impressionnante. Les joueurs sont équipés d’un matériel dernier cri. L’équipe a débarqué à Zuchwil avec une meule flambant neuve pour aiguiser les patins, alors le chef technique ne savait pas l’utiliser.

«Pour la gloire de la patrie»
La première équipe entre à son tour sur la glace. Même si le contingent est décimé par les blessures et la maladie, le niveau de jeu est bien meilleur. «Techniquement, ce sont des joueurs intéressants, souligne Köbi Kölliker. Certains pourraient même prétendre à une place en junior élite en Suisse. Mais c’est surtout au niveau tactique que la différence se fait. Physiquement, ils ne sont pas bâtis comme nous non plus. Ils sont plus agiles et rapides mais moins solides.»

«Bien sûr, le pays nous manque. On se réjouit de retrouver nos proches» Huang Huan, joueur chinois

Lors d’un match amical face aux juniors élite du HC Bienne (perdu 11 à 1), un joueur s’est disloqué les deux épaules après un contact. «C’est la première fois que je voyais ça, se souvient le coach. Sur le banc, les gars ont perdu les pédales et appelé le médecin.» Dans les vestiaires du Sportzentrum de Zuchwil, un grand panneau rouge est fixé au mur. Un texte en chinois y apparaît devant un dragon et un logo des JO 2022. Jingfan Zhou dissipe notre surprise. «Il est écrit: «Nous nous battons pour la Chine, pour la gloire de la patrie.» C’est un slogan qui a été créé pour les Jeux. Pour le pays, ce sera un vrai combat où nous devrons lutter pour obtenir des médailles.»

Dans le bus qui les ramène à Macolin, les joueurs se reposent ou passent le temps sur leur téléphone. Ils logent au Centre national du sport sur les hauts de Bienne. Guo Luyang et Huang Huan nous ouvrent la porte de leur chambre meublée de deux lits simples. La salle de bains est au bout du couloir. Pour la photo, ils sortent un carnet rouge où le symbole du parti communiste apparaît en doré sur la couverture. «La nourriture ici est bonne, mais parfois elle ne nous convient pas trop, expliquent les deux étudiants lorsque nous remarquons la marmite dans un coin de la pièce. Alors, on cuit du riz ou des nouilles chinoises ici.»

Les joueurs chinois ont dû s’habituer au bircher, au pain ou aux pâtes. Autant d’éléments inhabituels dans leur régime. Dans un mois, ils retrouveront leur maison.

Créé: 14.02.2019, 15h54

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