Un Suisse sur cinq ne vote jamais

Jeune femme, célibataire, secondo et disposant d’un bas revenu: voici le portrait-robot de l’abstentionniste. Explications.

«On part du présupposé que 20% des Suisses ne votent jamais, tandis que 20 à 25% le font à chaque fois», explique Nenad Stojanovic, professeur à l’Université de Genève (Photo d'illustration).

«On part du présupposé que 20% des Suisses ne votent jamais, tandis que 20 à 25% le font à chaque fois», explique Nenad Stojanovic, professeur à l’Université de Genève (Photo d'illustration). Image: Anthony Anex/Keystone

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Le champagne est au frais dans les Chancelleries du pays. Les bouchons sauteront dimanche prochain, si le taux de participation aux élections fédérales dépasse les 48,5% enregistrés en 2015 et en 2011.

C’est un fait: en Suisse, la majorité des ayants droit n’élisent pas leurs représentants au parlement fédéral. Avec de fortes différences entre les cantons. Il y a quatre ans, 59,8% des Valaisans se sont rendus aux urnes, presque aussi bien que Schaffhouse (62,6%), seul canton où le vote est obligatoire sous peine d’une amende de 6 francs. À l’autre extrémité romande figurait Neuchâtel avec un taux de participation de 41,8%.

Les Suisses, souvent pointés du doigt dans les classements internationaux à cause de ces taux, ne sont, cela dit, pas de si mauvais citoyens. «Différentes études montrent qu’au cours d’une législature, 80% des personnes ayant le droit de vote en font usage au moins une fois, souligne Nenad Stojanovic, professeur à l’Université de Genève. On part du présupposé que 20% des Suisses ne votent jamais, tandis que 20 à 25% le font à chaque fois.»

Qui sont ces abstentionnistes réguliers? Une étude du centre FORS décortique la participation aux élections fédérales de 2015. On y apprend que les jeunes de 18-24 ans ont peu participé au scrutin (30%), tout comme les secondos (35%), les célibataires (39%) ainsi que les personnes qui gagnent moins de 4000 francs par mois (40%). C’est en ligne avec ce qu’on observe dans d’autres pays. Exception notable: en Suisse, les hommes ont été 53% à voter lors des élections fédérales de 2015, contre 46% de femmes.

Facteurs multiples

«Un seul facteur ne suffit pas à expliquer toutes les différences, fait remarquer Georg Lutz, directeur du centre de compétences national pour les sciences sociales (FORS). Concernant les femmes, c’est sans doute lié aux situations professionnelles dominantes en Suisse. Quand elles ont des enfants, beaucoup arrêtent de travailler ou se mettent à temps partiel et sont ainsi plus tournées vers l’intérieur.»

Il poursuit: «Les gens avec de hauts salaires et une éducation élevée ont davantage de ressources, au sens large du terme, pour suivre la politique, consommer de l’information et comprendre comment le système fonctionne.»

Et les jeunes? Leur forte mobilité sociale et professionnelle est avancée pour expliquer un certain manque d’intérêt à la politique. Idem pour les secondos. «Cela n’a rien à voir avec le fait qu’ils sont issus de l’immigration. On retrouve par exemple un faible taux de participation parmi les Suisses de l’étranger, qui sont eux aussi très mobiles», affirme Georg Lutz.

De manière générale, c’est donc le manque d’intérêt à la politique qui pousse à jeter son matériel de vote. «Pour beaucoup de gens, les décisions politiques restent abstraites, sans influence directe sur leur vie quotidienne. En plus, la Suisse est un pays stable. Ceux qui s’abstiennent disent que leur vote ne changerait rien.»

Est-ce le cas? Les résultats seraient-ils différents si tous les ayants droit participaient aux élections? «Non, l’effet général serait assez faible voire inexistant, observe Georg Lutz. Car les préférences de ceux qui participent ne sont pas si différentes de ceux qui ne participent pas.» Mais le professeur en science politique note: «C’est quand même souhaitable de participer à la démocratie. Et si vous ne vous exprimez pas lorsque vous avez la possibilité de le faire, vous n’avez pas de légitimité de vous énerver ensuite!»

Projet pilote à Sion

Rendre la politique intéressante et accessible. La plateforme Easyvote – qui a pour but d’intéresser les jeunes à la politique – s’est fixé un objectif à long terme: atteindre un taux de participation de 40% chez les 18 à 25 ans.

Le coup de pouce pourrait venir cette année des grèves du climat. «J’espère que cela aura un effet mobilisateur. En tout cas, nous sentons un intérêt croissant pour la politique parmi les jeunes, indique Robert Rosenow, porte-parole d’Easyvote. Parce que beaucoup se rendent compte aujourd’hui que la politique a un impact direct sur leur quotidien et leur avenir, notamment sur les questions climatiques.»

Allez voter! Si l’on entend le même message tous les quatre ans, certains chercheurs innovent pour améliorer la participation au scrutin. C’est le cas de Nenad Stojanovic qui mène un projet pilote à Sion. Vingt citoyens issus d’un tirage au sort représentatif auront pour tâche de rédiger un rapport de maximum deux pages sur l’un des objets des votations fédérales du 20 février prochain. Le feuillet sera envoyé aux Sédunois avec la brochure du Conseil fédéral.

«Notre espoir est que cela aide les personnes qui sont un peu débordées aujourd’hui par ce qu’elles reçoivent, indique Nenad Stojanovic. Elles auront une information citoyenne rédigée dans un langage simple, sur les principales raisons de voter oui ou non.» Le professeur à l’Université de Genève voit du positif dans les premiers résultats de l’expérience.

«Il y avait 55% de femmes parmi les personnes qui ont répondu à notre premier appel. À mon sens, elles ne s’intéressent pas moins à la politique, mais différemment.» On saura le 20 février si le projet a eu un effet sur le taux de participation. Même si, «il ne faut jamais se contenter de constater qu’il y a une participation élevée. L’aspect qualitatif compte. Je préfère que 40% des gens votent mais en ayant été informés que 60% par obligation», souligne Nenad Stojanovic.

Créé: 13.10.2019, 15h17

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