Un loup de Wall Street a opéré depuis un village valaisan

En prison aux États-Unis, un Britannique a escroqué des investisseurs pour 160 millions de francs depuis Finhaut (VS).

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

De son passage à Finhaut, il ne reste qu’une Mercedes couverte de poussière, un appartement vide, et les noms de ses entreprises affichés sur la porte de son bureau situé au sous-sol d’un restaurant: Silverton SA, renommée en Wintercap SA. Son propriétaire, R. K., attend sa sentence dans la prison américaine de Plymouth depuis le 3 octobre 2018.

Ce Britannique vient de plaider coupable d’une vaste fraude, il risque 25 ans de prison. Sans le savoir, le village valaisan de 380 âmes hébergeait le cerveau d’une des pires arnaques boursières des États-Unis, évaluée à plus de 160 millions de francs. Depuis que l’homme a plaidé coupable, le 13 janvier dernier devant le tribunal de Boston, l’entier de l’acte d’accusation et des dépositions est accessible publiquement. Eclairant ainsi une affaire révélée par les autorités judiciaires américaines en tout début d’année.

À Finhaut, l’homme était peu connu. On se souvient de ses allées et venues en voiture de luxe. On le décrit un peu comme un «extraterrestre», devant être absolument à heure fixe, 15 h 30 – l’heure de l’ouverture de la Bourse à New York – dans son bureau. On apprend qu’il était un alpiniste, skieur aguerri. Mais de ces affaires, personne ne savait rien. Aujourd’hui, c’est son appartement toujours inoccupé qui agace les Fignolins.

Des avocats complices

L’homme vivait en fait à Chamonix, dans un appartement de grand luxe, à une demi-heure de route de là. Il passait la frontière presque tous les jours depuis 2015, date de la création de son bureau. Avec plusieurs complices, dont des avocats américains basés à Zurich, il a mis en place un vaste système de «Pump and Dump». Pour les cinéphiles, c’est à peu de chose près le même stratagème que celui mis en place par Jordan Belfort – incarné par Leonardo DiCaprio – dans «Le loup de Wall Street».

Pour les autres, il s’agit en pratique de faire gonfler le cours d’une société cotée en Bourse qui ne vaut rien en achetant d’énormes quantités d’actions. Le cours est alors artificiellement élevé et des investisseurs crédules sont attirés par de vastes campagnes de promotion, elles aussi frauduleuses, croyant à une bonne affaire. Lorsque le niveau est suffisamment élevé, l’imposteur – qui reste masqué – revend sa part, tirant les bénéfices et laissant les autres actionnaires avec des titres qui ne valent rien. La société de courtage de R. K. jouait ce rôle, et lui percevait 6% sur chaque transaction. Au total, il a floué des investisseurs pour un montant estimé à 164 millions de francs en à peine trois ans.

La Suisse n’a rien su de l’enquête

Mais Roger Knox a fini par voir trop grand. Le FBI a mis son nez dans l’affaire et ses collègues, sur qui l’étau se resserrait, ont fini par le trahir. Trop sûr de lui, R. K. s’est fait arrêter à son arrivée sur le sol américain, le 3 octobre 2018 à l’aéroport de Boston. En Suisse, personne n’a rien su de cette enquête américaine. À Finhaut, personne n’en savait rien.

Quant au Ministère public de la Confédération, il assure à nos confrères de CH Media que les délits boursiers commis sur des actions non cotées en Suisse ne relèvent pas de sa compétence. En revanche, trois procédures pour blanchiment d’argent sont ouvertes contre R. K. et deux de ses complices. R. K. sera fixé sur son sort le 22 avril prochain. Un arrangement pourrait lui permettre de s’en tirer avec 12 à 15 ans de prison. À Finhaut, le bureau et l’appartement sont clos, confisqués par le gouvernement américain.

Créé: 22.02.2020, 22h30

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.