«La LAMal ne doit pas financer le luxe»

BILANAux rênes d’Assura depuis janvier 2017, Ruedi Bodenmann pointe le manque d’efficience du système de santé helvétique, trop coûteux.

Ruedi Bodenmann rejette l'idée d'une franchise à 10'000 francs.

Ruedi Bodenmann rejette l'idée d'une franchise à 10'000 francs. Image: François Wavre/Lundi13

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Sur l'écran de projection ce mercredi 2 mai à Lausanne, à l’occasion de l’annonce des résultats 2017 d’Assura, trois clichés de trois cliniques suisses de prestige, dont la clinique Bürgenstock 5 étoiles (NW). D’un ton posé et sans ciller, Ruedi Bodenmann, CEO de l’assureur maladie, commente: «Ces photographies évoquent d’avantage un complexe hôtelier haut de gamme qu’un univers médicalisé classique. Aujourd’hui, la prime de base obligatoire finance pour partie des prestations annexes, souvent luxueuses, qui devraient uniquement être assumées par ceux qui choisissent d’en bénéficier. Nous estimons que l’assurance de base doit se centrer sur la mission de délivrer aux patients malades un égal accès aux meilleurs traitements possibles.» Et de relever les 20 milliards d’investissement dans les infrastructures médicales essentiellement stationnaires planifiées d’ici à 2023 en Suisse, alors même que les pouvoirs publics poussent au développement de l’ambulatoire.

«L’ASSURANCE DE BASE DOIT SE CENTRER SUR LA MISSION DE DÉLIVRER AUX PATIENTS UN ÉGAL ACCÈS AUX MEILLEURS TRAITEMENTS»

L’effort didactique est compréhensible. Après deux années successives d’augmentation substantielle des primes (+9% en 2017, +3,5% en 2018), l’assureur voit en 2017 son chiffre d’affaires décoller de 10% «en partie dû aux nouveaux assurés», et son résultat bondir de 50%, à 48 millions, auxquels s’ajoutent la dissolution d’une provision de 42 millions constituée dans le cadre d’un litige avec la clinique St. Anna. Cette manne pourrait, dans les conditions prévues par la loi, être «reversée aux assurés», promet Ruedi Bodenmann. Une façon, pour l’Appenzellois de 50 ans, de couper court à toute polémique en affichant un positionnement au plus près de ses clients.

Instaurer une franchise par maladie déclarée

La communication est d’autant mieux maîtrisée que Ruedi Bodenmann est rompu aux arcanes de l’assurance. Docteur en mathématiques de l’EPFZ, il intègre Swisslife en 2001, qu’il quitte dix ans plus tard pour rejoindre Sympany dont il assumera la direction pendant cinq années. A la tête d’Assura depuis début 2017, il rappelle que seule la responsabilisation de tous les acteurs permettra de contrôler l’augmentation des coûts de santé. En plus de son sou-tien à l’essentiel des 38 mesures proposées par le Conseil fédéral, dont la définition de listes d’interventions à effectuer en ambulatoire, il propose d’appliquer une franchise non plus annuelle, mais par maladie déclarée. Une façon selon lui de «permettre aux patients atteints de maladie chronique de ne payer qu’une fois». Certainement également de contrer le fameux effet de seuil qui amène les patients à faire un maximum d’actes médicaux une fois la franchise franchie. Pour autant, l’idée émise par la CSS d’une franchise à 10 000 francs ne le convainc pas. «Peu de gens peuvent sortir une telle somme sur une année et l’intérêt du patient doit rester prioritaire.»

Parmi les défis que se fixe Ruedi Bodenmann figure celui de faire gagner au quatrième assureur suisse des parts de marché en Suisse alémanique et italienne, 50% du chiffre d’affaires étant aujourd’hui réalisé auprès des 1,2 million de Romands. Le développe-ment d’outils digitaux, «pour mieux informer le patient sur les prestations médicales» et encore réduire en interne les coûts administratifs de gestion des prestations est également à l’ordre du jour. Toutefois, pour Ruedi Bodenmann, la transition doit être progressive: «Nous réfléchis-sons sur l’intégration de la blockchain et de l’intelligence artificielle, mais certaines technologies peuvent encore faire peur. Il faut laisser le temps à la société de digérer la digitalisation avant de pouvoir déployer tous ses effets.»

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Créé: 11.05.2018, 10h09

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