On sait (enfin) ce qui fait augmenter le risque de dépression post-partum

FEMINALa raison mise en évidence par des chercheurs d’Harvard: la douleur qui reste vive dans le corps des jeunes mamans après un accouchement.

On se focalise sur les douleurs liées à l'accouchement. Mais malheureusement, celles ressenties après la naissance sont encore négligées...

On se focalise sur les douleurs liées à l'accouchement. Mais malheureusement, celles ressenties après la naissance sont encore négligées... Image: Getty

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La tristesse qui ne vous lâche plus, ce mal-être profond qui vous hante, ces heures vides qui vous paraissent s’éterniser. 10 à 15% des mères seraient touchées par la dépression post-partum note un sondage français réalisé par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. D’où proviennent ces crises de larmes intempestives et cette affreuse sensation d’être constamment épuisée? Des chercheurs américains se sont intéressés à ce sujet et ont pointé du doigt une cause bien trop souvent négligée: la douleur.

Car non, cette dernière ne cesse pas dès que l’on a passé par la case «accouchement», comme l’explique de docteur Jie Zhou, anesthésiste et chercheur auprès de la Harvard Medical School:

Depuis des années, nous nous intéressons aux douleurs pendant l’accouchement et négligeons, à tort, celles ressenties par les femmes après avoir donné naissance à un enfant. Nous devons nous centrer davantage sur les façons de soulager efficacement ces douleurs post-partum.

Image: Unsplash

Un suivi médical à mettre en place

Plus de 4000 femmes ont participé à cette étude. Les chercheurs ont ensuite comparé les évaluations des jeunes mères souffrant de dépression post-partum avec les douleurs physiques ressenties. Et le résultat est sans appel: le risque de baby blues prolongé grimpe en flèche lorsque l’on souffre après l’accouchement. Et selon l’auteur de l’étude, les médicaments donnés actuellement sont loin de suffire… «Bien que l’ibuprofène et les analgésiques du même type soient considérés comme adéquats, il est clair que certaines patientes ont besoin d’aide supplémentaire pour gérer la douleur. Nous devons mieux identifier les femmes qui risquent de souffrir ainsi de douleurs post-partum et nous assurer qu’elles reçoivent des soins adéquats.»


Quand l’accouchement ne se passe pas comme prévu

par Anne Laure Gannac
Cela devrait être la plus belle expérience de leur vie. Pourtant, de nombreux couples ressentent la grossesse et la venue d’un bébé comme un immense choc. Dépression post-partum, stress post-traumatique: Antje Horsch, psychologue responsable de recherche au Département Femme-mère-enfant du CHUV, fait le point.

FEMINA: Que désigne-t-on précisément par traumatisme périnatal?
DR ANTJE HORSCH: Suivant la définition du traumatisme proposé par le manuel diagnostique officiel, le DSM, cette expression recouvre tout événement qui peut être vécu comme une menace pour la vie – la sienne ou celle d’un autre, notamment le bébé – aussi bien durant la période de la grossesse, que celle de l’accouchement et du post-partum.

Dans le cas d’accouchement difficile, de fausse couche ou de décès à la naissance?

Pas seulement. Il y a en effet des accouchements qui constituent une menace objective sur la vie. Mais il existe aussi des naissances qui se déroulent sans complication, mais que la mère ou le père peuvent ressentir comme une grande menace. Ce type de traumatisme est très peu évoqué, mais il est plus courant qu’on ne le soupçonne.

Qui est touché?

Un tiers des femmes disent avoir vécu un accouchement traumatisant. Cela ne veut pas dire qu’elles développeront un stress post-traumatique ou une dépression post-partum. Mais tout de même, le choc est bien présent. Ensuite, selon de récentes études, 1 à 6% des mères et des pères souffrent de stress post-traumatique à la suite d’un accouchement sans complication. Ce chiffre grimpe à 25% lorsque la venue au monde du bébé est difficile. Si l’on rapporte cela aux 85'000 naissances enregistrées par an en Suisse, on comprend que ce n’est pas un problème marginal. Surtout, cela nous montre que le ressenti de la personne importe plus que ce qu’elle a objectivement traversé. C’est ce facteur que l’équipe médicale, mais aussi les proches, doivent prendre en considération durant toute la période d’accompagnement de la grossesse.

Les personnes sujettes à l’anxiété ou à la dépression sont-elles plus concernées?

Il est certain que chez une personne qui a connu des épisodes d’anxiété ou de dépression au cours de la grossesse, le risque de connaître des complications pendant l’accouchement est plus élevé, tout comme celui de développer un stress post-traumatique ou une dépression post-partum. Mais personne n’est à l’abri: ce genre de traumatisme peut frapper tout le monde. Le problème est que très souvent, on n’ose pas en parler. Et le sentiment d’isolement accroît les risques, y compris sur le nouveau-né, car les parents ne sont pas les seuls à subir la situation. Du coup, le risque de transmission du trauma à la génération suivante peut être très grand. On sait aujourd’hui combien l’accueil fait à l’enfant joue un rôle capital sur son développement cognitif, émotionnel, social et sur sa capacité de tolérance face au stress.

Comment savoir si l’on souffre d’un traumatisme ou juste d’un coup de blues?

Il est fréquent que les mères ressentent des troubles de l’humeur passagers durant les jours suivant l’accouchement. Ceux-ci sont liés au changement hormonal et, généralement, ils ne se prolongent pas au-delà de trois à quatre semaines. On parle alors de baby blues. La probabilité d’en souffrir est évidemment plus grande dans le cas d’un accouchement difficile, car le corps et le mental font leur «travail». Si ces troubles persistent et s’aggravent, qu’on se laisse gagner par des pensées noires, des cauchemars, des flash-back ou encore des images envahissantes – comme le sentiment de revivre les scènes douloureuses – il ne faut pas hésiter à consulter rapidement. Plus la prise en charge intervient tôt, plus elle est efficace. Mais il faut encore que le diagnostic soit exact: le stress post-traumatique est souvent pris pour une dépression post-partum.

Quelle est la différence entre les deux?

Les points communs sont nombreux: des troubles de l’humeur, du sommeil, de la concentration. Et, dans la moitié des cas, le stress post-traumatique est accompagné de dépression. Mais ce qui fait sa réelle spécificité par rapport à la dépression post-partum, est ce que nous avons décrit auparavant: la présence de souvenirs envahissants, qui reviennent comme des flash-back involontaires, le jour ou la nuit, sous forme de cauchemars.

Comment soigne-t-on un stress post-traumatique?

Une fois que le diagnostic est posé – au plus tôt un mois après l’accouchement – plusieurs types de prises en charge sont proposés. L’EMDR – soit la désensibilisation et le retraitement des informations à l’aide des mouvements oculaires – ainsi que les thérapies cognitives comportementales spécialisées dans la gestion du traumatisme se révèlent très efficaces. De plus, un travail doit être accompli avec l’enfant, de façon à soutenir et à favoriser l’attachement. Au CHUV, par exemple, les services de psychiatrie ou de pédopsychiatrie de liaison, au sein du Département de psychiatrie, peuvent être consultés. L’autre élément fondamental est de pouvoir compter sur le soutien de l’entourage, d’avoir quelqu’un à qui se confier, de se sentir écouté par l’équipe médicale, les sages-femmes, mais également par les proches, les amis ou par des personnes ayant traversé ce genre de difficultés. Sortir du silence est fondamental pour que la personne touchée, le couple, mais également le bébé, se sentent mieux.

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Créé: 24.10.2018, 10h00

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