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La rédactionLe mérite et la fausse promesse de l’initiative «anti-burqa»

L’interdiction du voile masquant intégralement le visage ne suffira pas à «stopper l’extrémisme».

Le suspense n’en est plus vraiment un. Sondage après sondage, tout porte à croire que l’initiative «anti-burqa» sera acceptée le 7 mars. L’UDC et le comité d’Egerkingen auront réédité leur coup, douze ans après l’interdiction des minarets en Suisse: imposer un thème scabreux dans le débat public, puis convaincre le peuple et les cantons d’adopter leur point de vue radical. Le tout en flirtant avec l’islamophobie et – c’est nouveau – en faisant mine de défendre la cause des femmes.

Si la méthode est discutable, reconnaissons un mérite à ce texte. Il mettra tous les cantons à la même enseigne en ce qui concerne la dissimulation du visage dans l’espace public. Notre pays compte aujourd’hui trois régimes différents en la matière. De zéro réglementation (Valais, Bâle-Ville notamment) à une interdiction complète du port du voile intégral et de la cagoule (Saint-Gall et Tessin), en passant par les cantons (dont Vaud et Genève) où cela est prohibé lors de manifestations ou d’événements sportifs. Une clarification sera donc bienvenue.

«J’ai beaucoup de mal à voir dans une interdiction du voile intégral un affront fait à l’égalité et au féminisme.»

Qu’en est-il de la discrimination à l’égard des quelques femmes directement concernées? C’est la question délicate que soulèvent Amnesty et une partie de la gauche. Personnellement, j’ai tendance à croire les musulmans qui s’expriment à ce sujet. Beaucoup, à l’image de Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, du politicien biennois Mohamed Hamdaoui ou de l’imam bernois Mustafa Memeti, affirment que la burqa et le niqab n’ont rien à faire dans l’islam d’aujourd’hui. Qu’ils déshumanisent et asservissent la femme. J’ai dès lors beaucoup de mal à voir dans une interdiction du voile intégral un affront fait à l’égalité et au féminisme.

Dans les faits, cette initiative ne va pas changer la Suisse. Pas plus qu’elle n’a été transformée au lendemain du vote sur les minarets en 2009. Le texte conduira tout au plus à amender quelques musulmanes, résidentes ou touristes de passage. Peut-être qu’il dissuadera certains hooligans encagoulés de sévir aux abords des stades.

Mais notre pays aura toujours à affronter un problème de fond, celui de l’islamisme radical. N’allez pas croire, comme le prétendent les affiches de l’UDC montrant une femme voilée au regard menaçant, que l’interdiction du niqab suffira à «stopper l’extrémisme». Elle ne fera rien contre les radicalisés et les candidats au djihad bien de chez nous.

Une loi à venir

Ce phénomène-là, insidieux et dangereux, doit se combattre par l’éducation, la prévention, la surveillance et la justice. À cet égard, la loi antiterroriste sur laquelle nous serons appelés à voter en juin pourrait jouer un rôle décisif. Elle entend donner les moyens à la police et aux magistrats de traquer et de punir ceux qui, souvent au nom d’une idée dévoyée de leur religion, cherchent à commettre l’abominable.

Le débat s’annonce vif, là encore. Mais son issue me paraît bien plus importante que le coup d’éclat politique de l’UDC sur la burqa.

42 commentaires
    Padua

    Personne n'est assez naïf pour imaginer un seul instant que l'interdiction de la burqa va faire disparaitre l'islamisme radical. L'islam politique, via notamment les frères musulmans, mène en Suisse et en Europe une vraie guerre asymétrique contre les valeurs des démocraties libérales, qu'il rejette en bloc. Minarets et burqa, entre autres, font partie de ces symboles forts que l'islam politique veut - voulait en ce qui concerne les minarets - inscrire dans la réalité de la Suisse. Parallèlement, ils souhaitent imposer une vision conservatrice de l'islam aux populations musulmanes en Suisse et en Europe, et nous faire croire qu'il n'existe pas d'alternative "au vrai islam" dont ils détiennent seuls la vérité. La loi anti-terroriste représente un moyen efficace, que complètera l'interdiction de la burqa, après celle des minarets. A l'instar de toute guerre asymétrique, elle nécessite des contre-mesures qui intègrent de nombreux paramètres de la vie sociale et politique. L'islam, la seule religion qui fait parler d'elle quotidiennement en Europe. Pourquoi?

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