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Le meurtre d'une jeune Roumaine élucidé un an plus tard

Une conférence de presse s'est tenue ce jeudi à Besançon.
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Une vaste enquête franco-suisse vient de résoudre un crime particulièrement sordide et violent, perpétré en toute discrétion dans le Gros-de-Vaud. Il y a presque un an. Les faits ont été communiqués jeudi à la Cour d'appel de Besançon.

Tout remonte à décembre 2016, quand une promeneuse tombe par hasard sur ce qui s'apparente à une scène de crime dans la rase campagne, à Sullens. La police découvre sur place ce qu'elle qualifie pudiquement de «traces» sur un chemin de remaniement, ainsi que la carte d'identité d'une Roumaine alors âgée de 18 ans. Sans domicile connu en Suisse. Côté vaudois, l'enquête pour homicide se met en route. Elle se rapproche d'une femme travaillant dans la région lausannoise, qui n'a pas donné signe de vie depuis la nuit du 29 au 30 novembre. On sait aujourd'hui que sa mort est vraisemblablement «liée au domaine de la prostitution».

26 coups de couteau

Quelques jours plus tard, autre découverte macabre, cette fois-ci en France, non loin des fameuses cascades du Hérisson. Dans un terrain escarpé, sous un tas de feuilles mortes, des bûcherons tombent sur le cadavre nu d'une jeune fille. La tête est méconnaissable, fracassée, tous les os et dents brisés, le corps affreusement marqué.

Cause de la mort? «Il semble qu'on lui ait frappé la tête à plusieurs reprises sur quelque chose de dur. Peut-être le sol, évoque aujourd'hui le lieutenant-colonel Pascal Péresse, commandant de la Gendarmerie de Bourgogne-Franche-Comté. Selon les constatations légistes, ce corps aurait passé entre trois et quatre jours sur place.» Dans la forêt du Frasnois donc. S'ajoutent des blessures affreuses: 26 coups de couteau répartis entre la gorge et l'abdomen de la jeune fille. «Des entailles profondes de 3 cm environ», poursuit le responsable de l'enquête française. Le ton froid, il précise que les blessures sont ante mortem.

ADN d'abord muet

Sur le corps, de l'ADN masculin, absent des bases de données européennes et extra-européenne. De même que celui de l'inconnue du Frasnois. Les fichiers de personnes disparues sont muets. La cellule d'enquêteurs spécialement dédiée à l'affaire se consacre ensuite au profil génétique de la jeune femme. La gendarmerie tente un portrait-robot, qui fascine alors toute la presse française: mais qui est la jeune «inconnue sans visage» du Frasnois? Hélas, le portrait se révélera inexact.

C'est finalement un simple contact, entre la Section de recherche de Besançon et la Sûreté de Lausanne, dont les enquêteurs se connaissent depuis une histoire antérieure, qui permet de faire le lien entre les deux affaires. Là, les deux parquets fonctionneront en parallèle. Cette coopération, intensive dès cet été, produira des recherches inédites dans les annales de la police scientifique. Les enquêteurs iront jusqu'à prélever le béton du chemin de Sullens pour en extraire de l'ADN au Centre romand de médecine légale. Celui de la victime. Il sera analysé afin de retrouver sa famille, en Roumanie. Ils dénicheront finalement sa mère en septembre dernier.

«Il dit qu'il s'est blessé la main en voulant achever un chevreuil, heurté par sa voiture»

Les agents vont inspecter toutes les consultations dans les hôpitaux de la région, à la recherche de quelqu'un qui se serait blessé la main au couteau. Un établissement du Doubs reconnaîtra avoir soigné quelqu'un au moment de la disparition de la travailleuse lausannoise. Un homme qui avait demandé à se faire recoudre. Il était fait. Symbole de cette collaboration franco-suisse, le procureur vaudois Christian Buffat, après avoir mis le suspect sous étroite surveillance pendant dix jours, laissera la gendarmerie française l'interpeller à son domicile, mardi dernier. «On n'a pas voulu jouer à faire la course, c'était normal de leur laisser le privilège de l'arrêter», souligne le magistrat.

Placé en garde à vue, confondu par son ADN, ce Français de 30 ans domicilié dans le Doubs et vivant en couple nie toute implication. Son casier est vierge. Il travaillait dans une entreprise de sécurité dans la région de Lausanne. Son mobile est inconnu. Il aurait choisi Sullens «par hasard» et voulu ensuite cacher le corps de sa victime, qu'il ne connaissait apparemment pas outre mesure. Sa défense? «Il dit qu'il s'est blessé la main en voulant achever un chevreuil, heurté par sa voiture», répond la gendarmerie française, dubitative. Le Canton de Vaud prévoit de déléguer la suite des poursuites pénales au parquet de Besançon. Le suspect encourt la réclusion criminelle à perpétuité.