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Exotisme vaudois (39/41)Le milieu du monde ne se prend pas pour le centre de la terre

Le village de Pompaples est au départ de splendides balades qui s’inscrivent dans la volonté nationale d’un tourisme lent et respectueux. La région agit en pionnière.

La Tine de Conflens est un petit paradis à deux pas de Lausanne, dont la beauté s’offre au visiteur en échange d’un effort d’une petite dizaine de minutes à pied (depuis le parking), trois quarts d’heure depuis la gare de La Sarraz.
La Tine de Conflens est un petit paradis à deux pas de Lausanne, dont la beauté s’offre au visiteur en échange d’un effort d’une petite dizaine de minutes à pied (depuis le parking), trois quarts d’heure depuis la gare de La Sarraz.
Christian Brun

L’auteur de ces lignes est né au «milieu du monde», un matin de janvier à la Maternité de Pompaples, il y a bientôt un demi-siècle. On ne parle pas du centre de l’univers, certes, mais comment peut-on porter une revendication pareille et être si méconnu du grand public, à commencer par les citoyens qui y ont poussé leur premier cri? Niché juste au-dessus de La Sarraz, un peu égaré à la frontière extrême des districts de Morges et du Nord vaudois, le village semble vivre caché pour vivre heureux. Un peu à l’étroit dans ce costume qui paraît un peu large pour lui, la notion de «milieu du monde» collant plus à une mégapole, le point central d’un désert ou le sommet d’une incroyable chaîne de montagnes.

Le syndic est lui-même réticent à évoquer les lieux et brandir cette étiquette au premier passant venu, chaque reportage amenant en effet son lot de visiteurs et des soucis de places de parc pour admirer le bassin en demi-cercle du «Moulin Bornu», là où les eaux du Nozon se partagent. Elles se jettent d’un côté dans l’Orbe, le Rhin puis la mer du Nord et, de l’autre, la Venoge, le Rhône puis la Méditerranée. L’histoire serait américaine que des cars entiers – les Vaudois les premiers! – feraient des heures de route pour venir la découvrir dans un parc d’attractions qui lui serait dédié.

Un autre tourisme

Pas ici, où il faut d’abord écarter les branches du grand arbre avant de découvrir la fontaine à l’eau dormante, une sérénité qui colle d’ailleurs parfaitement à la volonté des acteurs touristiques du district qui ambitionnent de jouer les pionniers du tourisme lent. Avec le soutien de la Confédération, l’office tente en effet de mettre en valeur l’étendue d’une offre méconnue (chambres d’hôte, huilerie, vignoble, galeries, sentiers nature) mais dont les artisans n’ont pas assez d’heures au cadran de leur montre pour s’occuper, en plus, de faire du marketing. «Nous avons un nombre impressionnant de petites pépites disséminées dans presque toutes les communes et le but est d’attirer des touristes qui aiment prendre du temps et aller à la rencontre des gens du coin. Il faut cependant leur proposer une «expérience» et l’offre doit venir des prestataires eux-mêmes, ce que nous sommes en train de construire patiemment», explique Véronique Hermanjat, en charge du projet au sein de l’association régionale ARCAM.

Le fameux étang du Milieu du Monde – certains disent fontaine –, situé au pied du Moulin Bornu, fait la légende de Pompaples en lui offrant son statut de «milieu du monde». C’est en effet à cet endroit que les eaux du Nozon se partagent pour se jeter entre Rhône et Rhin.
Le fameux étang du Milieu du Monde – certains disent fontaine –, situé au pied du Moulin Bornu, fait la légende de Pompaples en lui offrant son statut de «milieu du monde». C’est en effet à cet endroit que les eaux du Nozon se partagent pour se jeter entre Rhône et Rhin.
Gérald Bosshard

«Fier de sa région»

Lors des récents ateliers mis sur pied dans ce but, les «prestataires» semblaient s’étonner eux-mêmes de la «sous-utilisation» de leurs richesses, à l’image de Miroslava Stankovic Minuz, qui se démène à travers l’association «Little Cabbage» pour que La Sarraz et ses environs ne restent pas dans l’ombre des plus grandes villes. «Le but est de montrer que nous avons de quoi être fiers de notre région et d’inviter à la découverte de notre centre-ville entièrement refait, des commerces, des projets culturels qui se dessinent à la Filature (voir lencadré) ainsi que des balades qui sont si nombreuses au départ de la gare. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la première que nous lançons en septembre s’appelle «Mythe ou réalité, voyage au milieu du monde», trépigne cette femme aux envies de partage.

«Ce coin du district est une pépite pour le touriste qui aime prendre son temps et aller à la rencontre des artisans»

Véronique Hermanjat, déléguée au tourisme régional

Les dizaines de petits panneaux jaunes des sentiers pédestres qui s’entassent sur les poteaux et les murs du bourg ne la contredisent pas et il ne faut compter que quarante-cinq minutes (à pied) pour rejoindre une autre légende: la Tine de Conflens. Une chute d’eau en pleine forêt dont l’attrait a suscité l’étonnement des autorités durant le confinement, à tel point qu’il a fallu se résoudre à fermer momentanément ce site d’une beauté sans pareille, qui change au gré des rayons du soleil. Inaccessibles pendant près de deux ans, ses abords ont été sécurisés depuis et à condition de se munir d’un solide pique-nique (et d’emporter ses détritus au retour!), il est possible de s’offrir un dépaysement total sans bourse délier. «Je viens à l’aube, avec mon chien», confie Stéphane, croisé ce matin du mois d’août comme s’il était seul au monde. «C’est comme un tableau qui prend vie sous vos yeux, avec des couleurs d’une pureté exceptionnelle qui changent à chaque fois.»

Spiritualité ou légèreté

Comme on ne peut pas se baigner au pied de ce «petit Colorado» et qu’on peut imaginer que la sortie est idéale avec des enfants, chacun peut ensuite modeler la suite de son itinéraire avec un choix méconnu encore une fois, lequel varie entre spiritualité ou «éclate totale» à la piscine de La Sarraz. C’est que les Diaconesses de Saint-Loup sont encore en activité, juste au-dessus de Pompaples, là où se trouve un chemin de prière de 1,8 kilomètre. Mais selon Sœur Lucienne, qui veille sur la communauté, «ni les eaux qui se séparent ni la notion de «milieu du monde» ne nous distingue des autres lieux de prière, car c’est l’esprit qu’on y met qui prédomine». Et il y en a vraiment pour tous les types de marcheurs qui seront sur leur faim avec ce «petit» trajet puisque les sentiers indiquent la direction toute proche de Ferreyres – et ses fameux buis qui façonnent encore la couronne du roi des Abbayes villageoises (on parle de tir à 300 mètres) - ou alors Romainmôtier, pour boucler la thématique nature et spiritualité.