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VeveyLe monde enchanté de Monique Jacot au Musée Jenisch

Le musée veveysan consacre dès jeudi une exposition à la figure majeure du photojournalisme, qui a reçu le Prix suisse d’art et de design 2020.

Le Musée Jenisch Vevey met à l'honneur les images poétiques de Monique Jacot. Il présente jusqu'au 6 décembre une sélection de transferts polaroid, ainsi qu'un ensemble inédit de seize héliogrammes.
Le Musée Jenisch Vevey met à l'honneur les images poétiques de Monique Jacot. Il présente jusqu'au 6 décembre une sélection de transferts polaroid, ainsi qu'un ensemble inédit de seize héliogrammes.
Julien Gremaud

Dès jeudi et jusqu'au 6 décembre, le Musée Jenisch Vevey consacre une exposition à la photographe suisse Monique Jacot. Il met à l'honneur la créativité et la sensibilité de l'artiste en présentant une sélection de transferts polaroid, ainsi qu'un ensemble inédit de seize héliogrammes.

Née à Neuchâtel en 1934 et diplômée de l’Ecole des arts et métiers de Vevey, Monique Jacot devient entre 1950 et 1980 une figure majeure du photojournalisme, alors en plein essor. Elle travaille tant pour la presse suisse qu'étrangère (Schweizer Illustrierte, l'Illustré, Vogue, Du, Elle, Geo, Times, etc.).

En parallèle à son activité de reporter, l'artiste poursuit des recherches entre la photographie et l’estampe. C'est ce travail que présente le Cabinet des estampes du Musée Jenisch.

Vocabulaire visuel personnel

Monique Jacot découvre la technique du Polaroid en 1970. Sa pratique de l’instantané lui apporte une plus grande liberté de création que les commandes effectuées pour la presse.

Progressivement, sa photographie évolue vers un vocabulaire visuel personnel. En élargissant le champ de ses expériences, elle achève une formation de dessin en 1980 et côtoie, plus tard, le milieu de la gravure.

Les transferts de Monique Jacot sont des procédés créatifs du Polaroid. Pour les générer, l’artiste réinterprète ses propres tirages photographiques qu’elle reproduit sur un film Polaroid récepteur.

Réinterprétation

En interrompant la durée du développement, le négatif est séparé du positif à la main puis pressé avec un rouleau sur un beau papier à dessin, explique la commissaire de l'exposition Dora Sagardoyburu, conservatrice du cabinet des estampes. Avec savoir-faire et élégance, Monique Jacot produit ainsi des impressions uniques qui s'apparentent à de l’estampe, aux variations de couleurs imprévues et vibrantes.

À la différence de ses reportages engagés, ces images poétiques, aux confins de l’abstraction, tendent vers la contemplation, l’imaginaire et le rêve. Elles sont reliées à la mémoire.

Derrière chaque image, il y a un souvenir, souligne Dora Sagardoyburu. Les objets collectés par l'artiste, ses voyages dans le désert, les plumes noires d'un corbeau d'Ecosse. «Monique Jacot est une véritable naturaliste», s'enthousiasme la commissaire.

Imprimés à l’Atelier de Saint-Prex chez Sarto entre 2014 et 2015, les héliogrammes sont le résultat d’expérimentations à mi-chemin entre le photogramme et l’héliogravure. Le procédé consiste à graver en taille-douce l’empreinte d’un ou plusieurs objets, à partir d’une plaque en cuivre mise au contact d’une gélatine photosensible.

Fragilité et magie

Rendant compte d’un travail introspectif, ces estampes de grande taille explorent en camaïeu des matières fragiles, telles que la plume, le nid. Elles illustrent la passion de l'artiste pour la matière, ses réflexions existentielles sur le sujet.

D’une grande force narrative et lyrique, les héliogrammes nourrissent une vision qui transcende le monde sensible pour accéder à la magie. «On entre dans un monde enchanté, qui brouille les perceptions», décrit Mme Sagardoyburu.

Grâce à plusieurs donations et achats, le Musée Jenisch Vevey conserve aujourd’hui 112 oeuvres de Monique Jacot. Aujourd'hui âgée de 85 ans, elle est l'une des trois artistes qui s'est vu décerner le Prix suisse d’art et de design 2020.

ATS/NXP