Passer au contenu principal

ZurichLe Moods propose avant tout le monde des concerts en streaming

En plein Covid, le club de jazz à Zurich a une longueur d’avance grâce à ses concerts streaming vidéo. Son auditoire a certes été multiplié par trois ou quatre au printemps, mais son modèle n’est toujours pas viable.

Le concert de la formation de jazz  «Tough Tenor»  a été diffusé le  24 mai dernier en streaming vidéo.
Le concert de la formation de jazz «Tough Tenor» a été diffusé le 24 mai dernier en streaming vidéo.
KEYSTONE/Ennio Leanza

En plein Covid, le club de jazz, le Moods à Zurich, a une longueur d’avance, car il est un des rares clubs au monde à proposer ses concerts en streaming vidéo. Mais si son auditoire a été multiplié par trois ou quatre au printemps, son modèle n’est toujours pas viable.

Le Moods est un des rares clubs de jazz au monde à faire du streaming payant. Des amateurs de musique peuvent souscrire un abonnement pour une semaine, un mois ou une année, explique la patronne du Moods, la Biennoise Carine Zuber, en quarantaine dans son jardin à Zurich en raison d’un colocataire positif au Covid-19. Et 70% de l’argent généré par les abonnements est reversé aux musiciens.

Marque de fabrique du Moods

Le Smalls à New York, le Triton à Paris, le Lincoln Jazz Center à New York, le Bimhuis à Amsterdam proposent aussi leurs concerts en streaming. Et de nouveaux lieux s’y mettent. «Mais leur offre est en général gratuite et le Triton à Paris ne fait des captations que s’il trouve un financement spécifique», nuance la professionnelle.

Ce qui caractérise le Moods: une régie studio complète avec son et vidéo, des caméras automatisées ainsi que sa propre plateforme de streaming payante. Du coup, la qualité de la captation, des éclairages et du son fait la marque de fabrique du Moods.

«Nous avons tout conçu nous-mêmes», grâce à son ex-collègue Claudio Cappellari avec qui Mme Zuber a co-dirigé le Moods jusqu’en 2019. Ce pionnier du streaming avait déjà mis sur pied ce genre de structure pour le Montreux Jazz Festival. «Tout a été intégré lors de la dernière rénovation du club en 2016.»

En flèche

Comme le Moods est pionnier dans cette technologie, de nombreux autres lieux artistiques, bloqués en période de Covid, ont sollicité son expertise. «Oui, mais c’est difficile, car notre modèle a été conçu inhouse dans le cadre d’une rénovation, qui a pris six mois de boulot, explique la Romande bilingue à la barre du club zurichois depuis sept ans. Notre modèle n’est pas adaptable comme ça du jour au lendemain: cela nécessite un changement de fond.»

Côté public, autant le visionnement des vidéos en streaming a grimpé en flèche au printemps pendant le semi-confinement, autant il s’est effondré dès que celui-ci a été levé dès l’été. «Plus personne n’avait envie de rester derrière un écran. Moi non plus d’ailleurs», dit en riant la programmatrice que la France a nommée chevalier des Arts et des Lettres en 2018. La fréquentation a repris en septembre avec une hausse marquée depuis début novembre.

Publicité à l’étranger

Pendant le semi-confinement du printemps, le Moods a commencé à faire de la publicité dans différentes régions du monde, en débutant par les premiers pays confinés, l’Italie et l’Espagne, mais sans guère d’abonnements à la clé. Le club a poursuivi sa démarche dans plusieurs autres pays européens ainsi qu’aux États-Unis, au Canada et au Japon.

L’Allemagne est maintenant numéro deux derrière la Suisse en matière d’abonnements. Les Français viennent ensuite en privilégiant des abonnements courts. Suivent l’Angleterre, surtout Londres, le Canada, les États-Unis, en particulier New York et Chicago, puis de petits pays comme l’Autriche, la Belgique et les pays du Nord.

Le club zurichois a aussi tenté sa chance au Japon, un «marché demandeur», mais «comme seul 5% de la population peut lire notre écriture et que nous n’avons pas traduit notre site en japonais, la situation est pour l’instant au point mort.»

Viser l’autofinancement

Le streaming des concerts, lancé en 2017, vise l’autofinancement. Sur les 70% qui sont versés aux artistes, 20% le sont à chacun des artistes de façon égalitaire et le 50% restant au pro rata des secondes regardées par vidéo par artiste.

En période d’avant Covid, après l’euphorie des débuts, avec un concert pratiquement chaque jour en ligne, le Moods a dû changer de modèle, car il ne pouvait plus se permettre de perdre de l’argent. «On a alors décidé, comme au Triton à Paris, de ne produire que des concerts financés d’une manière ou d’une autre.»

Coproduction avec Qwest TV

Carine Zuber a trouvé des coproducteurs, des chaînes câblées comme Stingray TV, basée aux Pays-Bas, qui a acheté quelques concerts. «Nous travaillons aussi avec la chaîne de jazz Qwest TV, parrainée par Quincy Jones.» Elle espère aussi que des collaborations seront possibles avec Play Suisse, la plateforme de streaming que la SSR vient de lancer début novembre.

Créer une mémoire du jazz est aussi un des objectifs de ces captations. «C’était un manque, il y a très peu de vidéos de jazz de qualité, notamment au niveau du son.» Le Festival de Jazz de Montreux, qui a filmé tous ses concerts, l’a aussi fait de façon déficitaire au début avant de pouvoir faire fructifier cette opération.

«Les captations du Moods formeront aussi un jour un magnifique patrimoine. Pour cela, je me dis que c’est important.»

Cette expérience de streaming que le Moods mène depuis 2017 ne se révèle ainsi pas aussi positive que prévu. Invitée à de nombreux panels suisses et internationaux, Carine Zuber douche régulièrement les espoirs mis dans cette nouvelle technologie. «On attend de moi, comme pionnière dans le domaine, que je dise «ouais, génial», mais ce n’est pas le cas.»

Rien ne remplace le live

Pour elle, le streaming ne va pas sauver l’industrie musicale. «Cela donne une certaine visibilité, c’est un remplacement temporaire, mais le tout-à-l’écran, les gens en ont marre. In fine, le public veut voir du live et rien ne remplacera cela.»

En attendant la fin de sa quarantaine, Madame Jazz rêve… d’un été 2021 avec des concerts à l’extérieur, ce qui n’avait pas pu être improvisé à la dernière minute en juillet dernier. «Nous allons peut-être renoncer à une programmation de janvier à mars et imaginer une belle scène extérieure en ville.»

1 commentaire
    Thierry Amsallem

    Chère Madame Jazz,

    Vous déclarez "Créer une mémoire du jazz est aussi un des objectifs de ces captations. «C’était un manque, il y a très peu de vidéos de jazz de qualité, notamment au niveau du son.» Le Festival de Jazz de Montreux, qui a filmé tous ses concerts, l’a aussi fait de façon déficitaire au début avant de pouvoir faire fructifier cette opération.

    Renseignez-vous bien avant de faire de la désinformation.

    Je ne tiens pas à ce que la collection de Claude Nobs , 5'000 concerts enregistrés, à la pointe de la technologie avec un mixage par l'ingénieur du son de Queen, David Richards, serve de référence négative à votre folie des grandeurs. Où sont vos stars ou légendes du Jazz?

    Nos enregistrements ont permis de placer Montreux sur la scène musicale mondiale ce qui rapporta bien plus que le coût de ces captations.

    Nous en reparlerons dans 50 ans.

    Cheers,

    Thierry Amsallem

    Pres. Fondation Claude Nobs