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Muséographie romandeLe Musée d’Yverdon veut faire rentrer son public dans l’histoire

La nouvelle direction de l’institution régionale prépare un projet de rénovation du parcours permanent et temporaire. Une momie, les philosophes des Lumières, silex et caméras Bolex devront se faire porte-parole d’une histoire plus large.

YVERDON-LES-BAINS LE 14 DECEMBRE 2020. Le nouveau directeur du Musée d’Yverdon, Vincent Fontana. © (24 HEURES/Jean-Paul Guinnard)
YVERDON-LES-BAINS LE 14 DECEMBRE 2020. Le nouveau directeur du Musée d’Yverdon, Vincent Fontana. © (24 HEURES/Jean-Paul Guinnard)
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Dans le froid de l’hiver, Vincent Fontana jette un regard direct sur l’entrée du château d’Yverdon, charmant recoin sur lequel on tombe inévitablement en sortant de la place Pestalozzi ou du goulet de la rue du Casino. Pittoresque, mais un peu brouillé. Pour savoir que le château savoyard cache l’une des collections archéologiques (mais pas que) les plus importantes du canton, l’œil du passant doit en effet traverser un marronnier en pleine forme, échapper au monument aux morts, à l’affiche de l’Échandole qui se niche dans les caves, ou encore celle du petit musée de la mode pour enfin deviner la petite porte nichée en haut d’un mince escalier de pierre.

«Il va vraiment falloir qu’on retravaille les entrées», soupire le nouveau directeur.

Passer un cap

Nommé en mars 2020, le Genevois veut maintenant avancer sur son programme muséal. Il veut «faire passer un cap» à l’institution, «renforcer son image» et en faire «un musée de territoire qui permet de rentrer dans l’histoire.»

C’est que la muséographie actuelle peine un peu. Fruit d’une rénovation digne de Sisyphe, faite salle par salle. Si la dernière en date, abritant les collections des XVIIe et XVIIIe siècles, bénéficie ainsi de vitrines récentes, d’une sélection heureuse et d’un éclairage à jour, celle témoignant du riche passé préhistorique de la baie d’Yverdon paraît désormais, et pour ainsi dire, contemporaine du contenu de ses vitrines.

Signalétique et lumière à revoir

Vincent Fontana pousse la lourde porte en bois et acquiesce. «Le premier chantier va être de revoir la signalétique, très hétéroclite. Pareil pour la lumière. Dans la tour sud, elle doit dater des années 60, c’est presque risqué de faire entrer le public.» Une des conséquences selon lui de la structure du musée régional. «Nous sommes un musée privé, mais largement financé par le Service de la culture de la Ville, et le château dépend du Service des bâtiments. C’est une chance parce que nous avons une liberté rare.» Par contre changer la moindre ampoule peut prendre des lustres.

Le projet? Ne reprendre lourdement que les salles qui en ont le plus besoin, «se baser sur ce qui marche», dit-il, et développer une approche historique et régionale selon les bases d’un plan scientifique et culturel datant de 2018 déjà. «Nous sommes responsables des collections archéologiques cantonales d’un large périmètre, et aujourd’hui bien reconnus pour ça, c’est d’ailleurs une des réussites de la précédente directrice. Maintenant on doit faire comprendre qu’un musée de notre envergure doit pouvoir accueillir différents publics, y compris des universitaires et des chercheurs. Et ça a un coût.»

Une autre époque

Le calendrier du processus n’est pas encore tranché, ni le budget. «Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas se lancer dans un projet de refonte étalé sur trente ans: la muséographie des années 2000 n’est plus celle de 2020, on vit une autre époque. On ne pourra pas également tout mener de front. Le programme d’exposition temporaire des prochaines années devra tenir compte de la voilure du personnel. À quatre pour la conception, la production et la communication, on ne peut pas faire de miracles.»

L’idée globale est de valoriser le château, les recoins difficilement exploitables du bâtiment médiéval et bernois. «La cour pourrait avoir une petite terrasse ouverte sur la ville et la salle des tortures pourrait accueillir un espace sur la justice et le pouvoir», imagine le directeur, se faufilant dans la triste tour qui sert aujourd’hui à moitié de débarras.

Expliquer et contextualiser

Et la fameuse momie Nes-Shou qui a fait trembler tant de petits Yverdonnois? «Garder une salle d’antiquités égyptiennes comme ça ne fait plus de sens. On doit expliquer ce qu’elle fait là et la replacer dans son contexte.» Logique. Vincent Fontana est historien du droit, du XVIIIe siècle, mais aussi spécialisé en ethnologie. Le public doit s’attendre à en apprendre plus sur les intellectuels qui faisaient alors rayonner Yverdon.

L’institution veut finaliser son projet, dessiner un programme d’exposition pour l’horizon 2030, et également développer sa présence numérique, avec le passage des collections sur internet. Et chercher des financements.

«On sait qu’il y a un retard dans la valorisation du patrimoine, réagit la municipale de la Culture, Carmen Tanner. On se réjouit des demandes du musée et elles seront examinées dans le cadre d’un projet à trois ans. Maintenant impossible pour la Ville, seule, de tripler le budget. Il faudra penser aux privés, aux Communes voisines, mais aussi au Canton. S’il se préoccupe beaucoup d’Avenches, nous avons aussi une carte à jouer.»

Du local au global

Le directeur le sait, tandis qu’il passe par les barques gallo-romaines, par le plancher qui grince d’une salle chargée de vieil armement et devant les casiers des ouvriers de Leclanché et Hermès Paillard… Tout un héritage local qu’il sera difficile de modifier en vaste musée transversal et polyvalent. «Certains musées, comme à Nantes, y arrivent, nuance le Genevois. Il faut qu’on se serve de nos collections, qu’on les montre, pour servir une approche et une lecture globale, comme pour les Lumières ou la désindustrialisation par exemple. On devra se donner une identité plus forte, mais la bonne nouvelle c’est qu’on n’en est pas loin.»

1 commentaire
    Rapin

    Un excellent article pour un programme ambitieux et réaliste. Très prometteur! A bientôt à Yverdon!