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Expériences à vivreLe musée romain prend le temps

L’exposition de l’institution lausannoise réveille et consulte la part subjective dans notre perception des années ou des heures qui passent. Une autre façon de voir les choses!

Que découvre-t-on dans les tiroirs de la mémoire? Juste à côté de l’installation, le guéridon, sa théière et sa madeleine donne un indice…
Que découvre-t-on dans les tiroirs de la mémoire? Juste à côté de l’installation, le guéridon, sa théière et sa madeleine donne un indice…
Musée romain de Lausanne-Vidy

Si l’horloge n’est pas l’égérie principale d’une exposition qui parle du temps qui passe et de notre rapport à cette mesure inéluctable, c’est voulu! Il y a tellement d’autres choses à dire que d’être scotché au facteur précision, cet ADN si helvétique. Comme d’essayer d’échapper à cette notion qui rythme nos vies en déjouant ses vertiges et ses pièges. Comme de tenter de rappeler ses capricieux souvenirs et d’appréhender le temps qui vient, celui qui reste… Ou encore de le voir défiler à travers des jalons universels sur lesquels chacun peut coller un vécu. Des images. Et même l’impression d’appartenir à une époque révolue parce que le temps qui passe ne pardonne pas. L’époque des lits à deux draps, celui de dessus, celui de dessous! Celle du radiocassette. Il y a des marqueurs aussi ponctuels qu’une pendule de gare et qui ne pardonnent pas. Alors quand on ajoute que c’est à vivre au Musée romain de Lausanne-Vidy, institution qui a fait de l’originalité une marque de fabrique pour ses expositions, il y a de l’interaction dans l’air. Ludique et instructive à la fois!

«Seul l’ennui permet de faire vraiment l’expérience du temps.»

Emil Cioran, philosophe

«Le temps et moi» aurait dû voir le jour le 20 mars, l’exposition a eu le temps de la réflexion pendant le semi-confinement et d’être marquée par ce vécu à la fois collectif et individuel, pile dans sa thématique. «C’est une exposition post-confinement, note le directeur Laurent Flutsch. On a encore plus réfléchi à notre perception subjective, émotionnelle, naturelle du temps. Des éléments sont venus s’ajouter, des résonances se sont faites et notamment dans la possibilité donnée de s’isoler et de revivre cette expérience. De penser à un temps plus contemplatif et de s’imprégner de ce que disait le philosophe Emil Cioran: «Seul l’ennui permet de faire vraiment l’expérience du temps.»

L’empreinte d’un pied

Chapitrée – le temps qui donne le vertige en pensant au Big Bang il y a 13,8 milliards d’années, le temps qui change, qui marque, qui presse, celui de voir venir ou de vivre – l’exposition s’appuie sur une majorité d’objets contemporains et même créés pour l’occasion par des étudiants de l’ECAL. Alors quand on demande à Laurent Flutsch d’en choisir un qui résumerait l’esprit de l’exposition, l’archéologue (qui ne boude jamais son temps d’humoriste) fait un bond dans le très lointain passé. Et jette son dévolu sur une brique de l’époque romaine, prêtée par le Musée romain d’Avenches. À sa surface, l’empreinte d’un pied, d’un petit pied. «C’est celui d’un enfant et vu sa pointure, il devait avoir entre 8 et 10 ans. C’est tout ce qu’on sait de lui et c’est ce qui fait de cet objet, quelque chose de très touchant. En conservant la trace de l’existence de cet enfant pour l’éternité, cette brique marque le temps qui passe. Comme sa fugacité! Il s’est peut-être passé une demi-seconde entre le moment où il a posé son empreinte sur cette terre et celui de la cuisson de cette dernière.»

Une trace de pas d’un enfant qui a vécu au temps des Romains figée sur un carreau de terre cuite ou l’émouvante empreinte de l’existence d’un enfant dont on ne sait rien d’autre.
Une trace de pas d’un enfant qui a vécu au temps des Romains figée sur un carreau de terre cuite ou l’émouvante empreinte de l’existence d’un enfant dont on ne sait rien d’autre.
Musée romain d’Avenches, J. Zbinden

Des histoires, il y en a plein les tiroirs au Musée romain. Dont 80 tiroirs pour faire travailler la mémoire. «On peut les ouvrir et, détaille Laurent Flutsch, l’objet qui s’y trouve propose une balade dans votre propre vie à la manière de la madeleine de Proust.» Le passé revient ou ne revient pas, car le temps c’est aussi l’oubli. C’est encore la conscience d’une finitude comme le rappelle un cercueil… à essayer. Ou cette dictature, cette tyrannie. «On est dans un chronométrage permanent de nos activités, et, commente le directeur du musée, ça commence par le réveil qui sonne tous les matins. Et à ce moment-là, notre corps dit son désaccord avec le temps! Mais j’espère que cette exposition donne envie de le prendre.»

Sans tabou, l’exposition  propose aussi de réfléchir «au temps qu’il nous reste». Le cercueil est là pour être essayé.
Sans tabou, l’exposition propose aussi de réfléchir «au temps qu’il nous reste». Le cercueil est là pour être essayé.
Musée romain de Lausanne-Vidy

Lausanne-Vidy, Musée Romain
Jusqu’au 18 avril 2021, ma au dimanche (11h-18h)
www.lausanne.ch