Passer au contenu principal

Carte blancheLe Palais des juges vaut bien une bataille

Attendue depuis longtemps, l’extension du Tribunal cantonal sur son site de l’Hermitage provoque l’ire des Verts lausannois: ça ne vous rappelle rien?

Comme un petit diable politique sortant de sa boîte, monté sur ressort, voici que «l’Hermitage» surgit dans l’actualité. La mise à l’enquête du projet d’extension du Tribunal cantonal a été lancée mardi. Juché au sommet de la campagne de l’Hermitage, aux portes du bois de Sauvabelin, le siège principal du Tribunal cantonal a besoin de plus de place. Le Conseil d’état avait fini par l’admettre en 2017. Après des lustres d’activisme tenace des juges et des députés, le grand argentier-constructeur Pascal Broulis a délié les cordons de la bourse. Dévoilé l’an dernier, le futur corps de bâtiment de sept étages réaliserait l’objectif de réunir tous les juges cantonaux sur un seul site. Car l’actuel Palais de Justice de l’Hermitage, c’est son nom, n’abrite pas toutes ses cours. Il lui faut deux autres sites en ville: l’un voisin, l’autre à quelques kilomètres.

Après une telle attente, les Verts lausannois s’indignent. Ils commencent par déposer une opposition dans le cadre de la mise à l’enquête. Le cylindre de béton et de bois ne s'intègre pas au site historique, disent-ils ( «24 heures» du 14 mai). Ils se plaignent de n’avoir jamais été écoutés par la DGIP (Direction générale des immeubles et du patrimoine, dans le département de Pascal Broulis, prononcez «Jeep»). La Municipalité et les riverains n’ont pas été consultés, avancent-ils. Leur proposition de rehausser le Palais de Justice pour raboter le cylindre a été ignorée. Tout comme leurs souhaits de verdir l’enveloppe, poser des panneaux solaires, améliorer les transports publics.

«Leurs griefs sur l’Hermitage en rappellent d’autres, au registre des «poumons verts» de la ville»

Bref, ça n’est pas assez vert pour les Verts. À moins d’un an des élections communales, ça leur fait une occasion de dérouler le programme du parti. D’autant plus que leurs griefs sur l’Hermitage en rappellent d’autres, au registre des «poumons verts» de la ville. La rampe Vigie-Gonin s’intégrait très mal dans la forêt du Flon, tout comme une construction privée dans la campagne de Rovéréaz. Sur ces deux points, ils ont gagné.

Si le blocage promis sur l’Hermitage donne une impression de déjà-vu, c’est parce qu’il rappelle une bataille retentissante des années nonante. L’Hermitage, ce n’est pas que le Musée établi dans une maison de maître du milieu du XIXe siècle ou le Palais de Justice de 1986. C’est un aussi un champ libre entre les deux. En 1996, la Ville de Lausanne voulait y construire un collège de 9000 m2. Socialistes, Popistes, centristes et Radicaux étaient pour. Libéraux et Verts étaient contre. Référendum. Les Lausannois finirent par dire non à plus de 70%. Plus qu’ils ne pourraient le faire aujourd’hui avec la forêt du Flon ou Rovéréaz, les Verts ont inscrit cette victoire retentissante dans leur ADN et dans l’histoire locale. Ils en sont d’ailleurs les seuls héritiers, puisque les libéraux se sont fondus parmi les radicaux.

Un site symbolique

Aujourd’hui, pour les Verts, l’enjeu paraît moindre. D’abord, sur le terrain, on ne coulerait pas autant de béton qu’on l’aurait voulu il y a un quart de siècle. Ensuite, une votation semble improbable. La nouvelle bataille de l’Hermitage se jouera peut-être dans la négociation ou devant les tribunaux. Mais la force symbolique du site, classé à l’inventaire fédéral, reste puissante. Conjuguée au succès électoral des Verts, serait-elle à même de faire corriger le projet d’extension?

Quand il s’agissait du nouveau parlement à la Cité, le ministre des constructions ne s’était pas trop embarrassé du respect du geste architectural initial pour raboter le toit. Il faut dire que le siège du Grand Conseil était menacé par un référendum. Aujourd’hui, c’est le même dilemme: perdre du temps, ou perdre de l’allure.