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RomeLe pape François reprend les clefs des coffres du Vatican

Le souverain pontife prend le taureau par les cornes pour réformer les finances du Vatican, embourbé dans plusieurs scandales.

Sous l’implulsion du pape, tous les petits trésors en liquide des tiroirs du Saint-Siège vont être centralisées au sein d’un seul organisme.
Sous l’implulsion du pape, tous les petits trésors en liquide des tiroirs du Saint-Siège vont être centralisées au sein d’un seul organisme.
AFP

Eviction d’un cardinal suspecté de malversations, reprise en main des coffres: le pape François prend le taureau par les cornes pour accélérer sa réforme des finances du Vatican encore une fois embourbé dans les scandales.

En 2013, l’Argentin Jorge Bergoglio avait été élu pape pour en finir avec les budgets éclatés et sans contrôle au sein des nombreuses administrations du Saint-Siège, souvent dirigées par des prélats piètres gestionnaires.

Mais le pape François avait constaté fin 2017 que «réformer» la Curie romaine (gouvernement du Vatican) revenait à «nettoyer le sphinx d’Egypte avec une brosse à dents».

Une mini-révolution, réclamée par le pape voici deux ans, va néanmoins enfin se concrétiser: tous les petits trésors en liquide des tiroirs du Saint-Siège vont être centralisés au sein d’un seul organisme, l’Administration du patrimoine du siège apostolique (Apsa) qui gère notamment les milliers de biens immobiliers du Vatican.

«Nettoyer le sphinx d’Egypte»

«Si le pape me demande +avons nous l’argent pour payer les salaires+, je dois pouvoir lui donner une réponse précise. J’ai besoin de savoir immédiatement quelle est la disponibilité économique du Saint-Siège, sans devoir faire le tour de tous les dicastères» (ministères), a expliqué mardi son président, l’évêque italien Nunzio Galantino, au journal Corriere della Sera.

Chaque entité -y compris au sommet la Secrétairerie d’Etat (gouvernement central) actuellement concernée par une enquête- fera une demande de budget, tranchée par un prêtre jésuite espagnol qui a pris la tête en janvier du Secrétariat pour l’Economie.

«Le système de contrôle des opérations financières était insuffisant: nous y travaillons depuis sept ans», souligne le cardinal Oscar Maradiaga, coordinateur d’un groupe de six cardinaux (C6) conseillant le pape sur ses réformes économiques. Le plus grand obstacle rencontré? «Des ennemis internes», assène le Hondurien dans La Stampa.

«Geste napoléonien»

Changer la méthode, les hommes aussi: le pape fait le ménage au plus haut de la hiérarchie pontificale.

L’un des cardinaux les plus en vue, l’Italien Angelo Becciu, ancien numéro deux de la Secrétairerie d’Etat, a été poussé à la démission par François qui l’a reçu durant une vingtaine de minutes pour lui signifier qu’il était indigne de sa confiance car soupçonné de «détournement de fonds» par des enquêteurs.

«Un geste napoléonien», décrit Marco Politi (auteur notamment de «La solitude de François»), «avec son poing de fer, François a voulu montrer que les sanctuaires n’existent pas, qu’aucun fief n’est à l’abri".

«Pour la toute première fois, un membre de la haute hiérarchie du gouvernement du Vatican est expulsé du collège des cardinaux. François a voulu faire un exemple», insiste-t-il auprès de l’AFP.

Angelo Becciu restera cardinal, mais s’est vu retirer toutes les prérogatives accompagnant ce titre, comme la participation à l’élection du prochain pape.

«Faire un exemple»

La justice vaticane devrait préciser rapidement tous les chefs d’accusation pesant contre lui, ainsi que contre six autres employés suspendus du Vatican, dans le cadre d’une enquête sur l’acquisition douteuse par le Saint-Siège d’un immeuble de luxe à Londres.

Le prélat italien, qui défend cet investissement et clame son innocence, est aussi soupçonné d’avoir fait profiter ses trois frères des deniers de l’Eglise.

En 2014, François avait créé le tout-puissant Secrétariat à l’Economie pour mettre de l’ordre, nommant à sa tête le cardinal australien George Pell, homme très direct qui avait suscité une sourde résistance, notamment de la part d’Angelo Becciu, pointent des connaisseurs du dossier.

Le cardinal australien de 79 ans -qui s’envole mardi pour Rome pour la première fois en trois ans après avoir été acquitté en avril dans son pays dans une affaire de pédophilie- a d’ailleurs félicité le pape pour son coup d’éclat contre le prélat. «J’espère que le nettoyage des écuries continuera au Vatican», a-t-il commenté dans un texte.

Retour triomphant du cardinal Pell

L’assainissement de la jadis sulfureuse banque du Vatican, où 5000 comptes suspects ont été fermés en 2015, a été complété sous le pontificat de François.

Le Vatican a aussi dévoilé début juin une loi encadrant les appels d’offres pour ses dépenses internes, du jamais vu destiné à prévenir d’autres scandales de corruption et l’attribution bien ancrée de contrats à des amis ou parents.

Le tour de vis du pape François passe aussi par des nominations. Voici un an, il avait choisi comme président du Tribunal du Vatican Giuseppe Pignaton, un grand spécialiste italien de la lutte anti-mafia.

Ce resserrement est d’autant plus nécessaire que le Vatican s’enfonce toujours plus dans le rouge, frappé par la pandémie du coronavirus qui le prive des revenus habituels de ses célèbres musées et limite les grandes collectes de dons auprès des fidèles.

AFP/NXP