Le parcours initiatique d'un Anglais au pays des Helvètes
Diccon Bewes poursuit son exploration de la suissitude dans un nouveau livre.

Un Anglais à Berne, auteur et adepte de chocolat. La carte de visite que Diccon Bewes nous tend résume bien le personnage. Tombé sous le charme de son pays d'adoption, cet ancien journaliste s'est fait connaître en brossant le portrait de la Suisse et de ses habitants avec un regard d'expat à l'humour très British.
Le rencontrer, c'est prendre le risque de repartir avec l'impression d'être un concentré de stéréotypes. Les premiers instants de notre entretien dans un café de Berne le confirment. En proposant à l'auteur, qui se dit enrhumé, de lui commander du thé, on se voit répondre en souriant: «Je ne suis pas sûr que cela serve vraiment. Mais c'est typiquement suisse, ça. Vous avez du thé pour tout, contre le rhume, les maux de tête, pour dormir. En Angleterre, du thé, c'est juste du thé.»
Petit manuel illustré
Sorti à l'automne dernier, le dernier livre de Diccon Bewes, Comment être Suisse, confirme son statut d'expert en suissitude. L'ouvrage est un petit manuel illustré sur l'art d'être suisse, une sorte de guide ludique, et documenté, à l'attention de tout aspirant au passeport rouge à croix blanche.
Pour Diccon Bewes, c'était aussi le moyen de répéter les bases: dans deux mois, il pourra déposer sa demande de naturalisation. A Berne, la procédure comprend un test écrit. Ce devrait être une formalité pour celui qui connaît aussi bien les dates-clés de l'histoire du pays que l'année de création du Toblerone.
«Ce serait embarrassant si j'échouais. Mais je pense être prêt. Je suis ponctuel, je trie mes déchets mais ne sors jamais le verre le dimanche et je ne fais pas de bruit chez moi après 22 h 30. Par contre, je ne mange pas de cervelas car je suis végétarien», s'amuse-t-il. Le fait qu'il ait appris a jouer au jass, qu'il adore boire du Apfelschorle – du jus de pomme mélangé à de l'eau gazeuse –, qu'il maîtrise l'allemand et comprenne le dialecte devraient compenser. «J'arrive à faire des blagues en allemand, ce qui est plutôt bon signe. Même si mon copain me dit que c'est mon accent qui fait rire.»
Né dans le Hampshire, Diccon Bewes, 49 ans, a étudié les relations internationales à Londres, avant de faire le tour du monde pendant deux ans puis de travailler comme journaliste voyageur pour Lonely Planet notamment. C'est pour rejoindre son compagnon suisse que, en 2005, il quitte sa vie londonienne pour Berne.
Commence la découverte en profondeur de la Suisse, de son histoire, du système politique et de ses us et coutumes. Pas toujours facile d'être un Anglais à Berne. Diccon Bewes se fait à la manière suisse de faire la queue, plus chaotique selon lui qu'en Angleterre. Il apprend à demander si une place est libre dans le train même si elle l'est clairement. Et il planifie désormais sa «spontanéité en avance». «Ici, on ne passe pas à l'improviste chez des amis. Alors j'évoque une possible visite plusieurs jours avant pour être sûr de ne pas déranger.»
Formalité helvétique
Aux yeux de l'Anglais, l'une des principales caractéristiques qui distingue Suisses et Britanniques est la plus grande formalité dans les rapports: «Faire de la petite conversation, de l'humour avec les clients d'un magasin est par exemple quelque chose qui ne se fait pas et qui peut gêner. Tout comme poser des questions personnelles à des collègues. Vie privée et professionnelle sont séparées. Mais il ne faudrait pas que cela soit perçu comme de la froideur. A mon avis, c'est plutôt de la politesse, un respect de la sphère intime de l'autre.»
Publié en 2010, son premier livre, Le Suissologue, s'est écoulé à plus de 100 000 exemplaires. Un succès qui lui a permis de quitter son poste dans une grande libraire de Berne. Sa connaissance de toutes ces petites choses qui font la Suisse, et qui distinguent ses habitants des Britanniques, en fait un interlocuteur privilégié du secteur touristique. Des établissements hôteliers font appel à lui pour savoir comment mieux recevoir leurs clients britanniques. «J'explique notamment l'importance à leurs yeux d'un accueil souriant. En Suisse, on considère souvent que l'efficacité et la politesse suffisent pour offrir un service de qualité.» Diccon Bewes donne aussi des conférences aux employés de multinationales pour apprendre aux Suisses et aux étrangers à se comprendre dans toutes leurs différences.
Sa manière de décrypter avec un humour ce qui caractérise notre pays ne plaît cependant pas à tout le monde. Il lui est arrivé de recevoir des messages d'insultes, qu'on lui dise de rentrer chez lui. «J'adore vivre en Suisse, je ne suis pas un expat qui ne fait que de se plaindre. Mais comme toute relation, celle que j'entretiens avec la Suisse n'est pas parfaite.»
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